Accueil Projet Liens Contact
e

 

MOIS DE MARS

choisir un jour

 


 

CHOIX D'UN AUTRE MOIS

 


 

60/1er Mars

SOUVENIRS DE VENDANGES A SAINT- AUBIN.

C’est la fin de l‘été, les vendanges n’ont point encore commencé. Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Saint- Romain ( souvenir de la veille ) , trois amis de « fac » séjournent dans une vieille bâtisse au lieu dit Baubigny en attendant la rentrée universitaire de 1964.

Alfred le lorrain, Michel l’alsacien et votre serviteur occupons nos journées à découvrir une contrée à la fois sauvage et attachante. Non loin de là se dresse l’imposant château de La Rochepot, que nous contournons sans relâche pour arpenter nombre de sentiers au travers de vignobles dont chaque jour les couleurs se transforment en une palette allant du jaune pâle au rouge sombre.

Bernard le breton après un séjour en Provence, a promis de nous rejoindre. Un soir ,à une heure avancée de la nuit, une voiture s’arrête devant notre refuge. Bernard est accompagné d’un homme qui ne peut cacher ses origines bourguignonnes, tant son accent révélateur nous surprend. Il avait recueilli notre camarade qui faisait du stop sur le bord de la nationale 6. Profitant de cette rencontre impromptue, notre homme nous propose de venir le rejoindre sous deux jours pour faire les vendanges durant une petite quinzaine sur la commune de Saint-Aubin. L’occasion est trop belle et même insolite.

Cet automne 1964 fut pour une révélation. Une quasi apparition mystique dans l’univers du vin. On allait toucher de près l’évènement exceptionnel. C’était les mêmes sensations que Bernard Clavel lorsqu’il racontait ses premières vendanges : « il faut croire que la vigne est dotée d’une force secrète ,car ,dès les premiers jours, en dépit de la fatigue, de la souffrance, je me suis mis à l’aimer ».(1)

Grâce à la famille Ponavoy-Bouzereau, fut connu la révélation et l’immédiate conversion à la cause œnologique.

La découverte de ce petit village de Saint-Aubin a de quoi relever de l’extraordinaire ; Il forme un carré magique avec ses communes avoisinantes qui ont pour noms prestigieux : Gamay, Chassagne-Montrachet, Puligny- Montrachet. Le paradis des vins blancs à la portée des yeux et des mains.

Nous avons découvert une famille riche en amabilité et soucieuse de faire partager un métier étonnamment exemplaire, de par les émotions qu’il exprime, les enthousiasmes, la convivialité et le sens du partage. Côté vignoble, même si les rouges restent dominants de par leur encépagement en Gamay et Pinot, les blancs se développent sous l’effet des voisins. Blotties entre deux versants, les nombreuses parcelles s’étalent tel un patchwork où les couleurs forment un damier aux couleurs harmonieuses.

Quel bonheur de découvrir successivement les 29 lieux-dits, dispersés selon les 16 climats. Quelle fierté, d’avoir vendangé en Remilly, puis les Dents-de-Chien, voire le Sentier-du-Clou et jusqu’aux Champlots . Nous avons ainsi goûté des vins sublimes comme des Saint -Aubin Premiers Crus rouges et des Saint-Aubin blancs, des Puligny blancs et des Chassagne et des Montrachet blancs.

Durant six années, chaque automne ce lieu magique devint un véritable lieu de dévotion et notre centre de pèlerinage.

Aujourd’hui déguster un vin de chez Roux et Fils, ou de Marc Colin, ou du domaine Clerget est un retour aux sources originelles.

Béni soit Saint Aubin,

Tu m’as montré le chemin

Des plus illustres vins

D’où ma passion sans fin.

« Taille au jour de Saint Aubin,

Pour avoir de gros raisins. »

« Sil pleut à la Saint Aubin,

L’eau sera plus chère que le vin »


61/2 Mars

 

L’IVRESSE DE CHARLES CHANTAIT L‘ÂME DU VIN.

« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles »

Charles Baudelaire

Charles Baudelaire est de ceux qui se sont très largement exprimés sur le vin, en témoignent ses multiples ouvrages.

Nous ne citerons que ceux dans lesquels il déploya le plus d’éloge et d’expression à la gloire du vin.

D’abord ses poèmes qu’égrènent son recueil « Les fleurs du mal » (*)

« Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,

les baumes pénétrants que ta panse féconde

garde au cœur altéré du poète pieux ;

Tu lui verses l’espoir ,la jeunesse et la vie,

Et l’orgueil, ce trésor de toute gueuserie,

Qui nous rend triomphants et semblables aux dieux. »

L’âme du vin….

« Car j’éprouve une joie immense quand je tombe

Dans le gosier d’un homme usé par ses travaux,

Et sa chaude poitrine est une douce tombe

Où je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »….

Et en hommage à tous ces pauvres ères : clochards, chiffonniers, bougnats , Charles invoque « le fils sacré du Soleil »

« Pour noyer la rancœur et bercer l’indolence

De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,

Dieu touché de remords, avait fait le sommeil ;

L’Homme ajout le Vin, fils sacré du Soleil ! »

Dans le Spleen de Paris, souvenons-nous de ce passage où Charles rencontre un compagnon de jeux avec qui les libations vont bon train, et qui tout en gardant la tête froide s’exclame après une dernière coupe pleine jusqu’au bord : « A votre immortelle santé, vieux Bouc !… »

Enfin, dans les Paradis artificiels, il nous donne une véritable leçon d’œnologie, pour affirmer fermement :

« Rien n’égale la joie de l’homme qui boit, si ce n’est la joie du vin d’être bu. En effet, le vin joue un rôle intime dans la vie de l’humanité, si intime que je ne serais pas étonné, que séduit par une idée panthéistique, quelques esprits raisonnables lui attribuassent une espèce de personnalité….. »

www.stellaweb.ch/ nadar/pg/baudelaire.htm

(*) Dans la première version de ses poèmes en 1857, Baudelaire fut censuré de six poèmes par le procureur Pinard, quelle coïncidence burlesque !


62/3 Mars

LE PETIT POUCET DES VIGNES : CHÂTILLON-EN-DIOIS.

Pénétrons dans cette Drôme du nord, sur les contreforts des Alpes aux environs de Die, célèbre pour sa « clairette ».

Située sur les bords de la Drôme, cette toute petite contrée s’est vue décerner le 3 Mars 1975,

l’appellation d’origine contrôlée pour sa production d’Aligoté et Chardonnay, il s’agit des vins de Châtillon-en-Diois.

La production en rouge est issue du Gamay associé à la Syrah et au Pinot.

Sur une surface de quelques hectares, la production atteint à peine les 1500 hectolitres.

En résumé, nous rencontrons dans ce secteur éloigné des vins du Rhône, des vins de montagne à la fois tranquilles et simples.

Quatre ans plus tôt, la clairette de Die gagnait ses lettres de noblesses, donnant à cette région un vin pétillant au goût de Muscat prisé par les amateurs de dessert.

Vignobles des environs de Die. Photo de Michael Busselle



63/4 Mars

LA PAIX DES GRAVES, CAR GRAVES SONT LEURS VINS.

Aux abords mêmes de la capitale bordelaise s’étend un immense territoire viticole appelé « Graves ».

Une étendue complexe où dominent les vins blancs et où depuis le classement de 1855, la partie sud « féraille » avec la partie nord.

C’est bien le 4 Mars 1937 que fut décerné l’appellation contrôlée pour les vignobles de Graves et de Graves Supérieures, situé rive gauche de la Garonne et allant des faubourgs de Bordeaux jusqu’aux abords de Langon, 45 kilomètres plus au sud.

50 ans plus tard, en 1987, la scission entre le nord et le sud est consommée. L’appellation Pessac-Léognan consacre les blancs et les rouges avec pour chef de file le Château Haut-Brion avec la bénédiction du Château Pape-Clément.

Rien ne fait obstacle à l’éclosion de ces grands vins, pas même le développement effréné de la civilisation urbaine ( l’extension des immeubles des banlieues sud de Bordeaux, l’emprise de l’aéroport de Mérignac, le passage du TGV sud ouest, ainsi que la traversée de l’autoroute A 62 …).

Quel vignoble peut se targuer d’un tel environnement ? et pourtant , l’un des vins les plus sublimes se niche dans ce dédale bétonné.

Comme le souligne élégamment Florence Mothe (37) , dans ce pays des « graves », « le premier des bonheurs a un nom, il s’appelle Haut-Brion »

Toujours d’après elle, le Haut-Brion blanc ne souffre pas de la comparaison avec Yquem, c’est dire !

Parcourir et découvrir les vins « Graves » reste pour le non initié quelque chose de complexe.

Il faut avoir goûté aux Fieuzal, Haut-Bailly, Smith-Haut-Lafitte pour comprendre la durée de l’apprentissage.

Cette partie du Bordelais, nous laissera un souvenir impérissable sur la finesse des blancs « verts comme des hautbois, doux comme des prairies ».

Nous avons personnellement découvert réellement cette contrée grâce à des déplacements plus professionnels que touristiques, et qui ont été chaque fois l’occasion de s’initier à la dégustation d’un vin que nous avons immédiatement adopté : le blanc du Château Haut-Nouchet élaboré par Louis Lurton, un des dix enfants de la dynastie Lurton, dont le père a transmis en héritage dix sublimes propriétés vinicoles.

Faisons également honneur à un autre Lurton, André de son prénom qui avec maîtrise préside aux destinées du Château La Louvière,

Même si les « nordistes » dominent par le niveau de la qualité des vins, les « sudistes » font tout pour gagner en célébrité et c’est ainsi que sous la férule de la Présidente du syndicat des Graves, Françoise Lévèque, cette contrée peut s’enorgueillir de tenir tête à ses voisins de l’autre rive, la droite celle là, qui a nom : Médoc.

Parler des Graves, c’est toujours un peu avec gravité. C’est pourquoi nous redonnons la plume à Florence Mothe :

« Les Graves sont, élégantes et obstinées. Elles ont de la race plus encore que de la classe….Les Graves où le soleil illumine les semailles obscures, sont une terre plurielle. Epanchées et fécondes, elles cèdent au visiteur dans un accomplissement plein de réserve, où la grâce le dispute à la dignité. »

Extrait revue Amateur de Bordeaux N°51 (1996)


64/5 Mars

L’OLIVE ET LE RAISIN, UN MARIAGE NATUREL.

« Il y a deux liqueurs très agréables au corps humain,

à usage interne le vin, à usage externe ,l’huile »

Pline, XIV, XXIX, 150

En ce jour de la Saint Olive, on ne peut qu’associer immédiatement le nom d’olive à son extraction qu’est l’huile.

Ainsi, l’huile est à l’olive ce que le vin est au raisin. Deux fruits, issus de deux plants méditerranéens, l’olivier et la vigne.

Les comparaisons et les rapprochements sont nombreux. On parle de vin naturel et d’huile vierge, comme d’un vin de première presse ou d’une huile de première pression. L’olive noire est au raisin rouge, ce que l’olive verte est au raisin blanc.

Comme le souligne Christiane Amiel, « tandis que le vin nourrit le corps en profondeur, à l’huile s’attachent des usages tout de surface. » (38)

Convivialité suprême au profit des bienfaits du corps, huile et vin font corps selon la recette universelle et originale de N.Chomel ( 1741) pour donner l’huile rougie :

« Pour faire cette huile, prenez une livre d’huile d’olive, une chopine de vin, une bonne poignée de feuilles de roses, le tout mis ensemble dans un pöelon, il faut le bien faire bouillir jusqu’à ce que ces herbes soient cuites, les passer ensuite dans un linge, et les bien presser pour en tirer le suc que vous garderez dans une fiole. »

Huile et vin consacrent l’enfant qui vient de naître. Sur le plan religieux, c’est la cérémonie du baptême où l’enfant se voit le front enduit de l’huile sainte par le prêtre, puis célébré ensuite par les parents par un « arrosage » festif.
De façon plus profane, l’huile assure la cicatrisation du ventre du nouveau-né après la chute du cordon ombilical, alors que le vin fortifie par humidification les lèvres du bébé.

L’enfant est définitivement affranchi de l’univers de l’eau et du sang grâce au mariage de l’onction et de la libation.

L’essentiel de la liturgie catholique prône l’usage de l’huile et du vin pour les sacrements.

L’Eglise est donc bien à l’origine du développement économique, et des vignes et des plantations d’oliviers.

C’est ainsi que prospèrent vignes parmi les oliviers et réciproquement autour des monastères du midi de la France.

La communion de l’huile et du vin est à son paroxysme lorsqu’un bon vin capiteux et lourd laisse apparaître ses larmes suscitant l’extase du goûteur. Emile Peynaud grand œnologue parle de vin qui « file et coule sans bruit ».

D’ailleurs, ne dit-on pas communément d’un bon vin, qu’il « se laisse boire comme de l’huile » et pour montrer sa satisfaction après avoir bien bu, de proclamer « s’être graissé le gosier » !

Pour rencontrer le mariage naturel de la vigne et de l’olivier, il faut se rendre dans la Drôme provençale, et découvrir leur progéniture que sont les moulins à huile de Nyons et les caves de Vinsobres sa voisine. Ces hauts lieux mériteront votre recueillement puis votre assouvissement, comme s’il s’agissait d’un retour sur les fonds baptismaux.

Plus loin, vers les Corbières, allez faire pèlerinage à NotreDame de l’Olive, adorable chapelle située à la sortie de Saint -Jean- de- Barrou !


65/6 Mars

COLETTE: DE LA TREILLE A LA PLUME.

On sait que tous les grands écrivains ont peu ou prou écrit sur le vin. Des ouvrages innombrables attestent ce lien sacré entre l’écrit et le vin ( écri vain).

De tous ces auteurs littéraires, Colette fut sans nul doute, le plus lyrique et le plus prolixe.

Photo René Dazy ( B.N.)

Il ne s’agit pas d’évoquer pour ce jour dédié à Colette, toutes les références et extraits qui ont façonné le nombre impressionnant d’ouvrages qu’elle a légués à ses lecteurs.

Les titres évocateurs comme : la Treille Muscate ou les Vrilles de la Vigne témoignent de cet engouement et cette expertise à évoquer les plus subtils arômes et les plus extraordinaires sensations gustatives.

C’est sans doute dans son livre intitulé « Prisons et Paradis » que l’on atteint le sommet de la référence œnologique.

Juste quelques petites phrases pas tout à fait prises au hasard:

« A l’âge où l’on lit à peine, j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d’éblouissants Yquem. »

« J’ai tari le plus fin de la cave paternelle, godet à godet, délicatement…Ma mère rebouchait la bouteille entamée, et contemplait sur mes joues la gloire des crus français. »

« Le vin, c’est selon sa qualité et son terroir, un tonique nécessaire, un luxe, l’honneur des mets. »

« Depuis l’enfance, je connais le vin français et je le tutoie »

Colette, dans son parcours des provinces françaises a eu les plus larges occasions de s’initier aux ressources gastronomiques dont bien sûr les productions viticoles. De la Bourgogne ( Saint-Sauveur-en Puisaye ) , la Franche-Comté ( les Monts Boucons ) en passant par le Sud -Ouest ( Castel Novel ), et La Provence ( La Treille Muscate ), pour terminer son parcours à Paris au Palais-Royal. Comble de la référence, elle occupa un logement situé au 9 rue du Beaujolais, à deux pas du Grand Véfour.

Ce qui nous frappe à propos de Colette, c’est qu’il fallu attendre plus de 30 ans pour redécouvrir ses textes, alors que nous conservions en mémoire la quantité de dictées qui avaient assombrit tant de journées de notre école primaire.

Ouvrir aujourd’hui un livre de Colette, c’est comme « décoiffer » une de ces dives bouteilles, celles qu’elle a tant su apprécier et décrire avec une tendresse et une culture dignes d’un expert en collection.

 

NB1: Il faut absolument citer Marie Laure Chamusy-Bouteille qui a réalisé une étude sur « Colette, un vin d’écrivain » ( prix coup de cœur de l’Académie Amorin ) ( 39 )

NB2 :On ne peut quitter cette journée consacrée à Colette, sans évoquer une congénère locale en la personne de Colette Faller qui dirige avec ses deux filles, de main de femmes, le clos des Capucins à Weinbach ( traduisez: « la rivière de vin » ) près de Kaysesberg dans le Haut-Rhin.

NB3: sous la houlette de Sainte Colette, fut créé l’ordre monacal des Colettines!


66/7 Mars

LE VIN SELON SAINT THOMAS D’AQUIN

www.thomas-d-aquin.com

Le 7 Mars consacre la fête à la fois de Sainte Félicité et de Saint Thomas d’Aquin. Sainte Félicité bénéficie de la présente référence calendaire, alors qu’elle mourut il y a un peu plus de 1800 ans persécutée après avoir assisté à la mise à mort de ses 7 enfants.

C’est aussi un 7 Mars, mais en 1274 que mourut Saint Thomas d’Aquin, le grand théologien dominicain qui marqua de ses œuvres scolastiques tous les siècles après le XIII ème. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il est à l’origine de nombre réflexions, d’écrits et de cours sur le vin.

D’après notre religieux philosophe, le fait de « déguster (du vin ), fait penser » !

En s’appuyant sur une étude de Michel Marie Dufeil (40), on apprend que Thomas l’érudit parle du vin sous trois aspects : le vin en tant que substance( principe de la dégustation ), le vin en tant que mythe (principe de l’écriture ), et le vin en tant que signe ( principe de la consécration).

Le vin est d’abord une substance issue de la fermentation du raisin et pour devenir « consacrable », il doit subir le processus de vinification selon une logique de soins particuliers. Il affirme également que « le vin réchauffe et réjouit, et à ce titre, il peut être administré aux faibles pour les réconforter, mais pas aux malades enfiévrés »

En matière d’abus de consommation, il admet ceux de « la délectation charnelle, de l’erreur spirituelle et de la punition divine »

Et notre auteur d’ajouter : « à quoi répondent quatre saintes et belles ivresses : larmes de componction, calice de passion, incendie d’amour et torrents de divines délices. »

Le vin en tant que mythe, cause joie chaleureuse, d’après notre philosophe. D’ailleurs, il affirme que « les hommes au poumon vif et amateurs de vin sont plus audacieux, car cette chaleur gonfle et grandit le cœur. »

On nous précise, que la doctrine divine est semblable au vin, « car elle presse en arguant, incendie en enflammant, enivre en consolant. »

Le vin demeure la figure suprême duplus sacré des liquides, à savoir le sang, comme la marque du passage du mythe de la vigueur ( lignage sanguin) à la mystique de la rédemption ( sang divin).

Le vin en tant que signe, signifie pour le théologien Thomas l’essence même du sang du Christ. Pour les spécialistes, nous sommes dans la démonstration du phénomène de transsubstantiation. Foi aux miracles du changement de l’eau en vin, et du vin en sang. Et M.M. Dufeil de conclure en ces termes :

« La consécration du vin est sacrifice, faire secret sacré, et sacrement, le sacré lui même, pour effacer le désordre et participer à l’ordre du Christ reconstitué, en le buvant. »

En somme déguster l’intelligence de Saint Thomas, ou un gouleyant vin de Bourgogne, c’est vouloir atteindre le sacre de la vrai vie par la grâce du vin suprême.



67/8 Mars

LA MISE EN BOUTEILLE DE LA DECLARATION DU ROI

C’était le 8 mars 1735 (41), le règlement du Roi donnait toutes instructions sur la manière de fabriquer les objets en verre destinés à recevoir le vin. (Bouteilles, carafes et verres).


68/9 Mars

FRANCOISE OU LE VIN AU FEMININ.

Ce prénom, aussi répandu et aussi national ( français ), demeure presque étranger au monde du vin.. Peut être existe-t-il un clos ou un château, peut être une vigne, une cuvée qui porterait ce prénom apte à honorer les vins de France . Nos recherches furent vaines …

En revanche, le hasard nous a conduit vers des femmes dont la profession présente un lien avec le vin et qui plus est portent le prénom magique de Françoise.


Elles ont été remarquées par Isabelle Abello, dans son livre intitulé « Elles et Bacchus » (42).

Trois Françoise !

Françoise Vade-Felon : Courtière en Vins et Spiritueux. Elle propose à ses clients en majorité sommeliers, une palette impressionnante de vins d’origines diverses. Parisienne, elle s’est prise d’une passion sans limite pour le vin.

Françoise Rigord : Exploitante de la Commanderie de Peyrassol dans les Côtes de Provence. Installée dans une ancienne demeure des Templiers, elle veille aux 150 hectares de vignes situées non loin de Le Luc.

Fière de distribuer aux quatre coins du monde ces vins provençaux, elle conduit son domaine de main de maître(sse) de …chais !

Françoise Dupuis : Caviste en charge de la vente de vins dans sa boutique du 8°. Naguère antiquaire, elle s’est, sous l’influence de son père bourguignon, convertie en collectionneuse de vins rares.

On peut ainsi découvrir sa riche collection et en déguster les originalités guidé ses conseils avisés de sommelière.

Trois Françoise, trois métiers en rapport avec la vigne et les vins, trois femmes qui nous démontrent que le raisin, le vin, le domaine, le tonneau, le verre, sont sûrement masculins, la grappe, la vigne, la cave, la cuve, la bouteille, revendiquent sereinement le féminin.

Vénus rejoint Bacchus au pinacle du temple du vin.

Dessin de Michel Tolmer

PS: Dans l’ouvrage intitulé « Le vin aussi est affaire de femmes » (2) , on relève 3 Françoise de plus :

Françoise Année-Beaugé ( publicitaire), Françoise Flao-Bodet (DG Caves de Grenelle), Françoise Foucault (vigneronne) (3)



69/10 Mars

SAINT-VIVIEN DANS LES VIGNES DE MONTRAVEL.

A mi chemin entre Bordeaux et Bergerac, les vins de Montravel dont fait partie la cave de Saint- Vivien (*), se caractérisent d’après Montaigne ( dont le château Saint-Michel -de-Montaigne est voisin ) comme les plus bordelais des vins de Dordogne. Il est vrai qu’ils appartenaient aux archevêques de Bordeaux.

L’AOC Montravel, vin blanc ou moelleux est constitué de Sauvignon, Muscadelle et Sémillon. Il se déguste tout particulièrement comme apéritif ou au dessert.

La complexité de la réglementation locale fait que selon le cépage, et selon la vinification en rouge ou en blanc sec, liquoreux ou moelleux, les appellations diffèrent et avec elles les étiquettes.

Toujours est-il que la cave de Saint-Vivien, comme ses voisines de Port-Sainte- Foy, de Montcaret et de Lamothe Montravel fait exception par rapport aux nombreux producteurs locaux.

Illustrations extraites de l’annuaire des marques et appellations d’origine des vins de France ( 1943-44)

Notons enfin, que Saint Vivien était évêque de Saintes et qu’il est invoqué dans les cas de « petite coupure ». Ce que l’on ne sait pas, c’est s’il s’agit de coupure lors de la cueillette au cours des vendanges , ou s’il s’agit de petite coupure du vin lors de certains assemblages, ou alors pour régler le vigneron moyennant petites coupures.

L’ancien maire de Bordeaux, le grand Michel Eyquem de Montaigne se plaisait à dire, en contemplant ses vignes de Montravel :

« il ne convient pas d’aimer le vin modérément : on pourrait croire que vous tenez ce don de Dieu pour peu de chose. » (43)

(*) N’oublions pas qu’il existe, plus à l’ouest , au début de l’estuaire de la Gironde, une commune touristique appelée Saint-Vivien-de-Médoc.



70/11 Mars

JULIENAS PREMIER AMBASSADEUR DU BEAUJOLAIS.

Après le décret de 1937 sur les AOC Beaujolais, c’est le 11 Mars 1938 que Juliénas se voit décerner la célèbre distinction AOC cette fois rattachée au nom du cru local et par là- même baptisé comme la commune du même nom qui trouva vite sa renommée entre Lyon et Paris.

Du petit théâtre du Guignol Mourguet de Lyon avec Gnafron au nez rubicond, jusqu’au satirique dessinateur du Canard Enchaîné, Henri Monnier, Juliénas se fait par leur intermédiaire une renommée qui dépasse ainsi largement le cercle intime de la contrée de Beaujeu.

Le vignoble de Juliénas, d’une surface supérieure à 500 hectares, produit un Gamay dont la large palette olfactive en fait une des originalités parmi les célèbres neuf crus.

Lorsque l’on évoque Juliénas on retiendra outre Mourguet , et Monnier, les noms qui sous-tendent le rôle d’ambassadeur des vins du Beaujolais :

Jules César , l’Empereur qui peut être laissa son empreinte patronymique sur cette vigne ancestrale

Victor Peyret, le plus célèbre enfant du pays, qui donna naissance au Cellier de la Vieille Eglise.

Allain Renoux peintre local dont les aquarelles illustrent finement les paysages de vignes

Bernard Frangin journaliste écrivain qui a su guider le pèlerin en quête de cette boisson mythique

Louis Orizet écrivain poète dont les écrits exhalent l’enthousiasme de « cette montagne qui nous parle , chante, gronde ou pleure », un éden qui a pour nom : Juliénas

Terminons cette brève incursion en Beaujolais, un verre de Juliénas en main, en veillant à respecter le proverbe local :

« il faut se méfier de ceux qui boivent leur verre de Juliénas d’un seul coup »

Juliénas, aquarelle d’Allain Renoux


71/12 Mars

MÉTIERS ET CORPORATIONS VINEUSES D’AUTREFOIS.

Le vin est à l’origine d’un nombre impressionnant de métiers qui gravitent autour du vin depuis sa fabrication jusqu’à sa commercialisation.

Généralement, les corporations, associations, groupements de spécialistes étaient soumis à une réglementation stricte et fort évolutive au rythme des régnants et gouvernants.

Citons en ce jour du calendrier, l’origine du premier corps des métiers viniques (44) :

LES COURTIERS DE VINS

Ce sont les « conciliateurs » des marchés, entre vendeurs et acheteurs

Le 12 Mars 1321, Charles IV dit le Bel crée la première corporation à Paris, constituée de soixante membres. Ils veillent à la solvabilité, examinent la conformité du jaugeage des tonneaux, enregistrent prix, et qualité.

LES JURES VENDEURS DE VINS

Se situeraient au dessus des courtiers

Par une ordonnance du roi Jean le 30 janvier 1350 ,les jurés vendeurs de vins sont considérés comme les grands contrôleurs du commerce des vins

LES CRIEURS DE VINS

Sortes d’intermédiaires ( annonceurs )entre les marchands et les acheteurs, ils proposent à la « criée »des niveaux de prix et de qualité du vin

L’Ordonnance de Saint Louis en 1268 témoigne des origines déjà lointaines de ce métier.

LES JURES CRIEURS DE CORPS ET DE VINS

C’est sous Charles VI en 1415 que la corporation des jurés crieurs se voient en charge d’une fonction plus large

celle d’annoncer aussi les morts ! !

LES COURTIERS GOURMETS PIQUEURS DE VINS

L’origine remonte à Napoléon avec le décret du 15 décembre 1813

Dégustateurs et experts sur la qualité des vins vendus moyennant enregistrement, ils annoncent la corporation des dégustateurs professionnels, appelés aujourd’hui œnologues .



72 /13 Mars

LES TROIS M DU BORDELAIS.

M, c’est la treizième lettre de l’alphabet, et qui plus est, nous sommes le treizième jour du mois de Mars…et un Mardi(en 2007).

Derrière cette lettre magique se cachent trois mystérieuses célébrités qui se consacrèrent à la fois au monde des mots et au monde des vins.

Trois écrivains bordelais : Montaigne, Montesquieu, Mauriac

Montaigne , de son prénom Michel, est issu d’une famille de marchands ; après son magistère, il devient premier magistrat de la ville de Bordeaux en 1581 et 1583.

C’est ainsi que dans sa gestion des affaires municipales, il instaura « une traite foraine » sur les marchandises qui franchissaient les murailles de Bordeaux.

En matière de vins, il raffole des Graves mais c’est à la limite de la Dordogne que l’auteur des « Essais » s’établit dans ce manoir appelé aujourd’hui le Château de Montaigne.

Située plus précisément à Saint-Michel, la célèbre Tour de Montaigne abrite la merveilleuse librairie qui donne sur le massif planté de majestueuses vignes. On peut lire sur les vieux madriers de cette maison : « Tout n’est que vanité »

 

Montesquieu, auteur des « Lettres persanes » était un militant des Graves et pas du Médoc.

De son manoir situé au milieu d’un magnifique plan d’eau, il s’imposa comme le maître de ses vignes situées à la fois sur son domaine de la Brède et sur les terres de la commune mitoyenne de Martillac.

Ni musée, ni maison relique, cependant dans une des chambres, parmi les meubles anciens, se trouve la malle de voyage du magistrat prête pour de perpétuelles missions à travers le monde. Et au dessus de l’entrée de sa bibliothèque, on peut lire cette maxime : « Ici les morts apprennent aux vivants à mourir »

 

Mauriac François, écrivain bordelais a jeté son dévolu sur « une maison solaire et aérienne ouverte sur un paysage de Toscane atlantique » écrivait J.P.Kaufmann. Cette maison a pour nom Malagar.

« Dans cette pauvre maison déguisée en manoir » comme tenait à le souligner Mauriac, tout évoquait le « Mystère Frontenac ». Ici tout est propice à la mémoire et à la méditation.

Situé à Saint-Maixant, Malagar produit un premier Côtes de Bordeaux moelleux, dont les grands millésimes restent à venir.

François Mauriac n’avait rien d’un Maître de chais, mais comme le souligne son fils Claude. Lorsque la menace se faisait sur sa vigne et que soulevant les feuilles des vignes il y décelait des traces de mildiou, il disait « c’est la maladie qui tombe ».

Il savait apprécier un Bordeaux autre que le Malagar rouge étendu d’eau ou le Malagar blanc à l’odeur de soufre, soulignant l’esprit de finesse d’un Margaux ou d’un Mouton, comme on peut savourer un morceau de musique de Mozart.

Merci à vous trois.


73/14 Mars

MATILDE, LA FILLE DU CARDINAL

Au lendemain de la dernière grande guerre, après celle du Philloxéra, naissait à Rome une jeune pousse nommée Matilde. Ses parents voulant sans doute à leur nouvelle progéniture garantir une destinée célèbre écrivirent le prénom de Matilde dégagé de la lettre h pour ne pas créer de confusion avec la non moins célèbre Mathilde originaire de Westphalie qui épousa le roi Henry Ier appelé « l’ Oiseleur ». Il ne s’agissait pas de confondre cette Germanie qui fit d’Aix la Chapelle la ville des sacres, avec l’Italie et sa ville sacrée et éternelle que représente Rome. Le houblon pour les saxons et la vigne pour les latins.

Le père de Matilde s’appelait Cardinal . L’arbre généalogique de l’éminence indique que ses origines californiennes étaient rehaussées par ses allures de « peaux rouges » sans rapport avec ses aïeux franco-hongrois ( d’un père ardéchois du nom de Alphonse Lavallée et d’une mère hongroise appelée Flame Tokay ).

Le Cardinal au gré de ses implantations successives rencontra un jour une belle méditerranéenne qui se nommait Italia. Elle avait pour père un riche terrien du nom de Muscat de Hambourg, qui malgré ses ascendances nordiques , apportait dans la corbeille de la mariée des jeunes feuilles aux couleurs d’un jaune tendre et orangé. La mère d’Italia était surnommée par ses voisins de sol : Bicane ; les registres des états agraires ne révèlent rien sur ses origines. Ses autres descendants par contre se sont répandus en Roumanie, en Yougoslavie et jusqu’en Australie.

Ainsi le Cardinal, arborant sa parure rouge et violacée savait qu’en mariant Italia toujours de jaune vêtue , allait pouvoir grâce à leur enfant Matilde développer de nouveaux fruits et donc de nouveaux vins.

Or Matilde grandit modestement malgré ses formes généreuses . Produisant une grappe à grosses baies d’un jaune vert , elle s’offrait aux « clients » qui appréciaient sa chaire croquante.

Plus les années passaient, plus Matilde s’éloignait de la destinée dont avaient rêvé ses parents.

Petit à petit , lorsque Matilde se présentait à table, généralement lors du dessert , le goût des convives était marqué par la déception. Croquer Matilde laissait de plus en plus une saveur insipide et neutre.

Peinture de J.C.Chauray

Telle fut l’aventure de ce modeste cépage issu d’une des nombreuses familles ampélographiques que compte la communauté des Cépages et qui se sont établis sur la totalité du Globe et dont on dénombre aujourd’hui grâce au dernier recensement de P.Gallet plus de 9600 inscrits.

Cet univers ampélographique a donné naissance à de nombreux et magnifiques ouvrages.

C’est ce que nous avons voulu célébrer, le jour suivant, soit le 15 Mars.


 

74/15 Mars

ILLUSTRES CÉPAGES OU CES PAGES ILLUSTREES.

En I852, le médecin chirurgien Jean Louis Stolz dresse la liste des cépages cultivés dans la vallée du Rhin.

Il achève la publication de son « Ampélographie rhénane » le 15 Mars 1852 à Andlau, comme l’atteste la préface de son ouvrage. (46)

Malheureusement la plupart des supports sont devenus introuvables.
Mais un éditeur récent « édition Coprur » publie en 1994 ce que pouvait représenter l’ouvrage et les planches écrites et dessinées par J.L.Stolz.

De nombreux ouvrages sont apparus au fil de l’histoire, dans lesquels de véritables artistes-savants ont illustré les innombrables cépages que compte notre planète.

Ces milliers de planches ont imagé les bibliothèques viniques, les salons œnologiques, les appartements des châteaux , les salles à manger des restaurateurs, les caveaux des vignerons et tous ces lieux dédiés à la plante ancestrale, symbolisant le règne végétal de notre civilisation .

Citons quelques uns de ces ouvrages célèbres (45):

  • François Rozier (abbé ): Cours complet d’agriculture, pratique, économique et de médecine rurale et vétérinaire

Paris Hotel Serpente ; 1781-1805 en 12 volumes , avec plus de 270 planches

  • H.Mares : Descrition des cépages principaux de la région méditerranéenne de la France 1890 ( 30 planches)

 

  • Alphonse Mas et Victor Pulliat, Le vignoble ou Histoire, culture et description ( 288 planches coloriées ), Paris Masson 1874- 1879

  • Revue de Viticulture (collection la plus complète et la plus importante en termes de publication viticole). Cette collection était placée sous la direction de Viala et Ravaz, puis de Viala et Brunet 1894 à 1939, soit 91 tomes reliés en 45 volumes (150 planches lithographiées en couleur)

  • V.Renau :Ampélographie française INA 1857

  • P.Viala et V.Vermorel, Ampélographie, traité général de viticulture( le plus grand traité de tous les temps) Paris Masson 1901-1910 : 7 volumes et plus de 570 planches.
  • Pierre Galet, Cépages et Vignobles de France (4 tomes)
  • J.Robinson, Le livre des cépages Hachette
  • Patrick Galant et Régis Cotencin : Cépages, ouvrage en coffret de liège édité chez Glénat 1991
  • Fernand Woutaz, Guide des cépages d’Europe (MA édition) 1990
  • Pierre Galet, Précis d’Ampélographie pratique et le Dictionnaire encyclopédique des Cépages paru chez Hachette en 2000.

75/16 Mars

DEO OPTIMO MAXIMO , LA LIQUEUR DE FÉCAMP.

En 1534, lorsque François Ier visita l’abbaye bénédictine de Fécamp, il goûta un délicieux breuvage composé de vin de cognac distillé et mélangé à de nombreuses herbes (27 au total) et adouci de miel.

L’histoire nous rapporte que le visiteur royal donna le nom de bénédictine à cette précieuse liqueur en hommage à l’abbaye bénédictine de Fécamp.

Ainsi, les moines exploitèrent ce filon médicinal, faisant de cette boisson un élixir suprême.

Une façon aussi de combler le déficit de vignes de cette contrée, mais dont les ressources naturelles glanées au rythme des cueillettes allaient faire de cette liqueur un produit de renommée mondiale.

C’est ainsi que sur les précieux flacons, on trouve les trois lettres D.O.M. qui ne se rapportent pas au nom des DOMinicains ou à Sainte Bénédicte, mais à la devise de la communauté monacale de Saint Benoît (voir le 11 juillet) : « Deo Optimo Maximo » qui signifie « Pour Dieu, le meilleur en tout ».

Au lendemain de la Révolution, la congrégation reconstruisit sur les ruines de l’abbaye une fantastique distillerie dans un style à la fois Renaissance et gothique.

A l’instar des moines bretons, d’autres communautés s’adonnèrent à la production d’elixirs, ou de breuvages sirupeux, dont les plus connus aujourd’hui ont pour nom :

l’ Aiguebelle , liqueur originaire de l’abbaye cistercienne en Isère

la Sénacole , liqueur de l’abbaye de Sénanque en Provence

la Chartreuse, la plus mystérieuse et la plus romantique, produite sur les pentes du Vercors

la Lérina , fabriquée par les moines des Iles de Lérins

la Trappistine fabriquée à l’abbaye de la Grâce Dieu

toutes des substances au goût et à l’arôme propice à l’épanouissement de l’esprit, et que l’on appelle justement « spiritueuses » .

Cette rencontre de vins modestes avec le monde des plantes, jalousement conservée, codifiée, était un moyen pour les communautés religieuses de combler l’absence de vignoble.

Ces breuvages aux recettes tenues secrètes, renchérissaient le caractère mystérieux et mystique de ces communautés éloignées et solitaires. Aussi, entre dévotions et prières, les moines s’érigeaient en façonniers de liquides qui « donnent la vie » (c’est à dire, les « eaux de vie »).

Louise Abbéma, la renommée de la Bénédictine de Fécamp, 1899


76/17 Mars

LE MUSCADET SUR LIE ANNONCE LE PRINTEMPS.

Nous sommes le troisième jeudi du mois de Mars, (dans le choix de notre année calendaire) et la coutume en Muscadet veut que la mise en bouteille du « sur lie » ne se fasse qu’à partir de ce jour annonciateur du printemps.

En effet , la tradition vigneronne recommande à chaque vigneron de réserver un tonneau pour les fêtes de famille; Cette barrique dite de « noce » donne naissance au vin « sur lie » qui repose de la Saint Martin ( voir 30 novembre) jusqu’au mois de mars. Les Muscadets ainsi conservés se nourrissent de leur lie fine, que sont les levures naturelles de fermentation, et qui reposent au fond des barriques.

Après la mise en bouteille de ce précieux breuvage protégé de l’oxydation, on obtient un vin qui possède la propriété originale de receler un gaz très léger appelé le « perlant »

Cette méthode est devenue une appellation et confère aux Muscadets sur lie leur spécificité de gaieté tout en restituant des arômes de finesse et de rondeur.

Photo de Michel Plassard

Découvrir les vins du Muscadet, c’est sillonner la région de Nantes au sud de la Loire. Comme on l’affirme à l’envi, le Muscadet a le pied marin et le cep en terre ferme, une invitation à marier les fruits de mer à ce vin au cépage unique qu’est le Melon.

Entre la Sèvre et le Maine empruntez la route touristique des vins nantais et arrêtez-vous chez l’un des 1800 vignerons, vous ne regretterez pas d’emporter dans vos bagages un Muscadet de Saint-Fiacre

(Voir le 30 août) ou de Saint-Lumine-de-Clisson ou peut être de Saint-Crespin-sur -Moine. Et en souhaitant ne pas avoir fait offense au saint de ce jour : Saint Patrice.

Or Saint Patrice se situe plus en amont de la Loire près du confluent avec l’Indre dans les vignobles de Bourgueil.

Le 17 mars, c’est lafête de la Saint Patrice. Certes, mais c’est aussi jour de la consécration du Muscadet sur lie. Marié-le à une étuvée de Saint-Jacques, croyez moi alors, c’est la montée au paradis !


77/ 18 Mars

L’ARMAGNAC, L’OR NOIR DES GASCONS.

A peine crée début 1790, le département de l’Armagnac est séparé en deux pour donner naissance au département du Gers le 18 mars 1790. C’est encore la Révolution en France.

En 1909, le Président Fallière délimite les trois zones de production : Bas-Armagnac, Ténarèze et Haut-Armagnac, qui obtiennent leur appellation contrôlée sous le gouvernement de Léon Blum.

Trois dates qui ont marqué le développement des armagnacs. Ce vin du sud-ouest tout droit sorti des alambics, devient l’or noir de la Gascogne.

Aujourd’hui le département du Gers est totalement associé au noble produit gascon qui en fait sa principale réussite, comme aimait à le répéter d’Artagnan en ces termes : « Je ne suis gascon que lorsque je réussis ».

Citons quelques faits liés à la célébrité de l’Armagnac :

· Le Marquis de Bonas construisit la première distillerie moderne dans son château ( 1797)

· Vic-Fezensac possède la première cave coopérative, ( 1939)

· Les forces françaises de l’intérieur (FFI) purent déployer leurs véhicules contre l’ennemi allemand grâce à l’alcool en provenance des distilleries, en lieu et place de l’essence.

· On attribue la découverte de l’Armagnac à deux moines frères appelés Cloud et Clet sur les coteaux de Laujuzan.

· La richesse des arômes de l’Armagnac provient du mariage subtil de l’alcool avec le chêne de la forêt domaniale de Montlezun dans le Bas-Armagnac.

· Le Floc est devenu le premier apéritif naturel gascon (vin de liqueur)

· La belle Sandrine est le pousse-rapière du pays (liqueur d’armagnac + écorces d’orange + vin pétillant du Gers)

· Le conditionnement de l’armagnac se fait dans des « basquaises » ou des « pots gascons » (cf : illustrations)

· L’âge de conservation en fût est labellisé en trois niveaux :

1) à partir du compte 1 : les trois étoiles, soit jusqu’à quatre années

2) à partir du compte 4 : Very Old (VO), Very superior Old Pale( VSOP) et réserves

3) à partir du compte 5 : autres appellations : Extra, Napoléon, Vieille réserve, Extra Old (XO)

· Quelques grands négociants :

· Baron de Sigognac à Bordeaux

· Armagnac Croix-de-Salles à Nogaro

· Gelas et Fils à Vic-Fezensac

· Marquis de Montesquiou à Eauze

· Quelques-uns parmi des propriétaires éleveurs célèbres :

· Albert Darzacq, H.Dufréchou, Henry Lamor, Francis Blondeau en Bas Armagnac

Roger Laporte, Louis Marcellin, Henri Faget, Hector Theaux en Ténarèze

Pierre Grassa (84 ans) né dans la misère, il est le créateur de la plus grosse exploitation (47)

Deux grands Chefs adorateurs d’armagnac : André Daguin de l’Hotel-de-France à Auch et

Michel Guérard au Pré-d’Eugénie

· Deux écrivains œnologues : Henri Dufor et Paul Duffart

« A nous le Trou Gascon » (nom également d’un restaurant du XVIIè arrondissement de Paris)


78/19 Mars

SAINT- JOSEPH ET SES VINS CHARPENTES.

Une fois passé Condrieux et Château-Grillet, tout en se dirigeant vers le sud, côté droit du Rhône, on aborde l’aire délimitée de Saint- Joseph, une AOC reconnue depuis 1956 et qui s’allonge sur les versants est du Haut-Vivarais.

Le Saint- Joseph est bien la représentation de son saint parrain : discret, tout en nuance et qui se confirme dans la possession d’une charpente assez solide. Raymond Huard, sculpteur, érigea la statue du saint sur les hauteurs de Chateaubourg.

Statue de Saint Joseph (sculpture de Raymond Huard)

La Syrah est au Saint- Joseph ce que la Roussanne est au Saint-Peray, petite appellation contiguë. La Syrah est assurément le cépage unique qui s’étend sur plus de 650 hectares.

On se souvient de l’affaire sur la révision de l’aire de Saint- Joseph qui s’est soldée par un vote très serré des vignerons locaux, le 15 février 1991, conduisant à l’exclusion de près de 50% des surfaces classées en 1969. ( sur 308 votants, on dénombra 168 « oui » et 140 « non » ). Cette révision prouve en effet qu’il y eut une véritable prise de conscience des viticulteurs au profit d’un vin de qualité.

C’est grâce à l’Ordre de Saint- Joseph de Rochevine, qui a ses quartiers à Saint-Désirat que la confrérie vineuse peut « porter loin le renom de Saint- Joseph et du Haut-Vivarais ».

Saint- Joseph reste cependant bien entouré et partage d’enthousiastes destinées œnologiques avec Saint-Jean-de-Muzols, Saint-Pierre-de-Bœuf, Saint-Vallier et bien sûr Saint-Désirat.

Le 19 Mars , dans la religion chrétienne on célèbre Saint Joseph, l’époux de Marie , père nourricier de l’enfant Jésus qui vivait de son métier de charpentier.

Il y avait autrefois, Joseph le charpentier, il y a aujourd’hui le Saint-Joseph charpenté ! !


79/20 Mars

DAME LA VIGNE CHANTE LE PRINTEMPS.

Nous sommes à l’équinoxe de printemps, le soleil entre dans la Constellation du Taureau, symbole des germinations. Nous sommes dans le premier des quatre éléments de la terre originelle, sous la protection de Saint Luc ( voir 18 octobre ) le premier des quatre sarments du Cep de Vie .

Les travaux de la vigne étaient autrefois réservés aux femmes. On désherbe, on lie les sarments, on arrache les gourmands.

C’est le mois de la féminité, celui de la vigne qui va germer. C’est aussi l’apparition des oiseaux qui chantent entre échalas et ceps remplis de sève. D’abord l’alouette et la mésange charbonnière, puis le merle siffleur annonçant pour avril les mélodies du rossignol et du loriot des vignes.

Cheveux d’anges dans la vielle vigne, photo Marc Heimermann

Quelques dictons glanés au gré du calendrier viticole

« Taille tôt, taille tard,

Rien ne vaut la taille de mars »

Et

« Quand les pluies, en mars monderont la terre,

De gaîté, vigneron, vide vingt fois ton verre »

Et encore

« La vigne dit

En mars me lie

En mars me taille

En mars il faut que l’on me travaille »



80/21 Mars

ÉLOGE DU VIN, AMOUR DIVIN.

Le verset 21 (3X7) du Coran parle des aveugles et des sourds, qui pour recouvrer la vue ou l’ouïe, doivent ou voir la lumière de Dieu et ou entendre la parole divine.

Comprenons que Dieu est la Vigne et que sa parole est la substance qui nous enivre.

En nous plongeant dans « LA KHAMRIYA »- traduisez « l’éloge du Vin »- nous découvrons un poème unique et mystique écrit par Ibn Al Faridh. (48)

En effet, le verset 14 (2X7) de ce poème que l’on peut rapprocher de celui du Coran dit :

« un aveugle-né qui le (Dieu) recevrait dans son cœur recouvrerait aussitôt la Vue. Le bruissement de son filtre fait entendre les sourds. »

Comprenons de façon similaire, que le vin reste la symbolique centrale qui transcende le temporel en immatériel.

Comment une religion telle que l’Islam s’appuie-t-elle en permanence sur la symbolique bachique à l’instar de toutes les religions mystiques? Pour l’Islam vigne et vin relèvent du divin.

Revenons au premier verset du poème « l’éloge du vin » :

« Nous avons bu à la mémoire du bien-aimé un vin qui nous a enivré avant la création de la vigne. »

Et Abdalghani an Nabolosi de nous expliquer selon les textes soufis que Vin signifie ce que Dieu a infusé de désir et d’amour. Sa création provient de l’amour.

Le vin signifie la boisson de l’Amour Divin et cet amour engendre l’ivresse et l’oubli de ce qui existe au monde.

Grâce à l’effluve de cette liqueur nous sommes parvenus à l’oubli même de notre oubli !

Dans les mystères antiques, vigne, raisin, vin, et coupe, se retrouvent comme autant d’images qui mènent au Mystère de l’au-delà.

L’interdiction de boire le vin matériel dans la religion islamique accentue encore la portée de cette symbolique.

La lecture de ce poème est une évasion magique qui montre à quel point l’univers du vin est l’essence même de l’Univers.

Puisse votre imagination s’évader à la lecture des trois derniers versets :

« Si tu t’enivres de ce vin, fut-ce la durée d’une seule heure, le temps sera ton esclave docile et tu auras la puissance »

« Il n’a pas vécu ici-bas celui qui a vécu sans ivresse, et celui-là n’a pas de raison qui n’est pas mort de son ivresse. »

« Qu’il pleure sur lui-même, celui qui a perdu sa vie sans en prendre sa part. »


81/22 Mars

VINGT DEUX GUIDES POUR DENICHER DES VINS DE RÊVES.

On ne compte plus, ces dernières années, la quantité de guides sur le vin qui paraissent régulièrement.

La publication de ceux-ci émanent soit d’éditeurs connus, soit d’œnologues éminents, soit de groupements de sommeliers ou de dégustateurs, soit encore d’organismes viticoles. Ils ont pour point commun de nous faire découvrir la meilleure façon de se procurer des vins, moyennant nombre de renseignements plus ou moins détaillés sur les vignerons, leurs domaines, leurs châteaux, et leurs caves.

Le rythme de publication de ces guides emprunte celui du calendrier de la production viticole et de la mise en bouteilles.

Nous en avons sélectionné VINGT DEUX .pour ce 22 mars. (Période située entre 1984 et 2000)

1 Guide de poche du vin, laffont, 1988


2 Vignerons, itinéraires de vacances, vins de France

 

3 Guide Hachette des vins de France, 1986

 

4 Guide des vins de France, gault millaut, 1984


5 Guide des caves particulières, 1986


6 Guide Dussert Gerbert des vins de France, albin michel, 1989


7 Le guide des routes du vin, cvf, 1991


8 Guide pratique du vin Hachette, Ribéreau Gayon, 1994

 


9 Guide des vins de France, Renvoisé G., solar, 1981

10 Le guide des vins de France médaillés,Termine G.,taillandier,1992


11 Guide pratique des vins de France, j.tordjman, 1995


12 Vins et santé, Azria S., voyage, 1999


13Les vins à moins de 50F, Routard 2000, hachette, 2000


14 Guide du vin, connaître, déguster et conserver, Bettane Desauve, librio2000

 

15 Guide Malesan des vins de France 2001, Burtschy B., solar2000


16 Vins et vignobles de france,Guerbelle Convreur, rivages, 1997

 


17 Guide des vins des sommeliers, 1999, critérion, 1998

 

18 Petit futé ,guide des vins les 1000 meilleurs, nelle édit univers,1999

 

19 Les grands vins à petits prix, Mancio Eric, livre de poche, 1999

20 Guide Gisserot de tous les vins de France, Ségelle Chassangisserot, gastron, 1999


21 Guide des châteaux, demeures et grandes étapes des vignobles,1995

22 Le dico des vins abordables 2001, Bordeaux, Pousson,Xiradakis, milan, 2000

 

Un jour, sera peut être publié le Guide des guides sur le vin, une façon originale de désembouteiller les artères où se pressent et se mêlent vrais sélectionneurs professionnels et amateurs publicitaires.


82/23 Mars

SOUVENIRS DES CAVES DE SAINT-MORAND.

Il y a plus d’une quarantaine d’années, notre famille habitait la petite ville de Delle située à la frontière franco-suisse.

Lors des repas, notre père se servait un vin de table au nom de Cave de Saint- Morand. L’étiquette d’un ton marron aux caractères rouges et noires arborait la silhouette d’un moine vêtu de la bure sombre et brandissant la dive bouteille.

D’ailleurs, d’autres produits faisaient référence à ces communautés religieuses et tout particulièrement les boîtes de camembert, dont un des frères collectionnait les précieuses étiquettes.

A quelques dizaines de kilomètres de Delle, en direction du nord, nous nous trouvions dans le sud de l’Alsace et coïncidence, à proximité de la capitale sundgovienne, Altkirch, se trouve un petit village nommé Saint-Morand.

L’histoire locale nous révèle que Saint Morand, prieur du couvent d’Altkirch au XIIè siècle se serait nourri pendant tout un carême d’une seule grappe de raisin. Les narrateurs de l’époque nous expliquent par ailleurs qu’il aurait réussi à remplir un grand tonneau avec le jus d’une seule grappe. Ainsi, ce jour là, le vin aurait coulé dans tous les abreuvoirs pour les bêtes de la commune.

Saint Morand demeure parmi les saints protecteurs de la vigne celui dont la fête est célébrée le 23 mars, période de l’équinoxe. Son patronage n’aurait pas dépassé cette contrée du Sundgau entre Altkirch et Thann.

Deux lieux illustrent cette dévotion viticole, Steinbach près de Cernay et la collégiale de Thann où Saint- Morand apparaît sur l’un des deux contreforts, en compagnie de Saint Urbain ( voir le 25 mai ) autre saint patron des vignerons, le plus célèbre d’Alsace.

Cette petite contrée, à la naissance des contreforts du Jura suisse ne connaît plus la présence de la culture de la vigne. Ce qui n’empêche pas les riverains de bénéficier des vins célèbres que sont au nord les vins d’Alsace, au sud les vins d’Arbois, à l’est les blancs du Revermont ( Jura Suisse ), et à l’ouest les rouges de Champlitte ( Haute Saône).

Fac similé d’une ancienne carte du Sundgau



83/24 Mars

LE FÛT SAINTE-CATHERINE.

Au cœur du vignoble alsacien, dans la non moins célèbre localité viticole de Riquewihr, on peut découvrir chez l’un des viticulteurs les plus connus , Hugel et fils, le plus ancien fût encore en service ; dit le fût « Sainte-Catherine »

Fût Sainte-Catherine Cave Hugel, Riquewihr

Ce fût daté de 1715, mesure 2,30 mètres de diamètre et contient jusqu’à près de 8800 litres des meilleurs crus du secteur.

Le 24 mars ont fête Sainte Catherine de Suède, la patronne des femmes enceintes. Nous sommes bien dans le cycle végétatif de la naissance de la vigne, symbole de fécondité.

Une autre Catherine est célébrée le 25 novembre, il s’agit de Catherine d’Alexandrie.


84/25 Mars

L’ANNONCE FAITE A NOTRE DAME DES VIGNES.

Le printemps c’est l’annonce à Marie fêtée le 25 mars par l’archange Gabriel fêté le 24 mars.

Neuf mois d’attente et de patience pour donner naissance aux raisins les plus précieux, ceux qu’on vendange avant la Noël pour donner les vins rares devant lesquels seule est de mise la prosternation.

En somme, le printemps, c’est l’annonce, le prélude à la naissance prochaine des fruits de la vigne, celle que l’on considère comme la mère nourricière des amoureux du nectar divin.

C’est pour quoi de nombreux lieux illustrent la dévotion à la Vierge Marie dans la religion catholique en associant Marie et le fruit de la vigne.

La vigne est par ailleurs symboliquement liée au Christ. C’est pourquoi tout au long des deux premiers millénaires d’innombrables représentations de la Vierge associée au raisin ou à la vigne décorent, sous forme de statues, images ou sculptures, les églises, chapelles, prieurés, calvaires, cathédrales, couvents, reposoirs. Et ce sur toute la partie occidentale de l’Europe.

Pierre Mignard: « la Vierge à la grappe » illustration Croix rouge 2003


85/26 Mars

ADIEU BERCY. BONJOUR LE PARIS DE LA SOIF.

En remontant la Seine du quai Saint-Paul (arrivée des vins du Midi), puis du quai Saint-Nicolas (arrivée des vins d’Espagne), puis du quai Saint-Bernard (arrivée des vins de Bourgogne et des bois flottés), c’est là que devant l’accroissement des débarquements de tonneaux, Louis XIV ordonna en 1656 la construction des premières halles aux vins entre l’abbaye Saint-Victor et le pont de la Tournelle.

150 ans plus tard, soit le 26 mars 1808, par décret, le ministre de l’intérieur , et par ailleurs chimiste promis à la postérité à savoir, Chaptal, autorisa la construction des entrepôts de Bercy abandonnant à jamais le quai Saint-Bernard, pour le quai de Bercy.

C’est ainsi que ce vaste domaine qui abritaient les riches demeures bourgeoises de cette fin de XVIII ème siècle fut voué aux saccages des révolutionnaires puis promulgué commune quartier autonome.

A ce territoire enchanteur, propice aux grandes réceptions, promenades galantes et soirées festives à l’ombre des grands ifs et saules, devait succéder le centre névralgique du trafic national des vins et spiritueux au grand dam des anciens occupants des halles.

Napoléon 1er confirma en 1811 la nécessité de développer un tel centre malgré les réticences du Préfet de la Seine qui défendait le projet Chabons.

L’édification des entrepôts, caves, tunnels et voies d’accès durera une dizaine d’années, sur 43 hectares, pour aboutir en 1885 au regroupement en toute sorte de futailles de l’ensemble prestigieux des vins des provinces de France, voire d‘Europe.

100 ans plus tard, la décision est prise de fermer les entrepôts. Jusqu’en 1993, tout ce qui a fait le centre œnologique de la Capitale est réduit à néant pour faire place à des reconfigurations immobilières modernes laissant aux jeunes générations et plus particulièrement à celles du XIIe arrondissement, des souvenirs mélancoliques.

Adieu, la chaîne d’embouteillage de la Maison Gering . Adieu, les voies ferrées enserrées dans les rues pavées et bordées d’arbres géants. Adieu, la Maison Fanton, l’un des plus prestigieux négociants éleveur. Adieu, la pause casse-croûte et ses coups de beaujolais. Adieu, les tonneliers de la rue du Roussillon. Adieu, les videurs de wagons foudres. Adieu, les mariages de raison entre filles de maîtres de chais et premiers garçons. Adieu, l’alignement des douves et barriques dans la rue du Médoc. Adieu, les cantines où se retrouvaient les innombrables employés des dépôts de Bercy; les restaurants et guinguettes où se dégustait l’entrecôte de Bercy.

Adieu, les trafiquants et dégustateurs et tous les « soiffards » et « chapardeurs » de bouteilles. Adieu les habitués du bal Mabille et du Château-Rouge. Adieu à tous ces ouvriers du vin et flâneurs des allées, exploitants de caves et dégustateurs oisifs, gestionnaires des livraisons et assidus des cabarets.

Adieu les entrepôts de vin de Bercy.

Aujourd’hui, tel un musée à demi éteint, Bercy ne conserve que le cours Saint-Emilion et les bâtiments Lheureux, ne laissant que peu de bonheur aux visiteurs du dimanche de ce nouveau Bercy Village. Bercy c’est dorénavant, le spectacle d’un mercantilisme moderne, la promenade du dimanche des « bobos » de Paris. Merci pour les entrepôts de vin de Bercy . Bonjour le Paris de la soif !

Photo Marc Heimermann, 2004


86/27 Mars

LA CUVÉE DE L’ESPOIR.

C’est ainsi que le Figaro du 27 Mars 1995 titrait une de ses rubriques concernant l’actualité sur le chômage.

C’est en effet l’année où le chômage en France est à son paroxysme. Mais alors, quel lien avec le vin ou l’œnologie ?

L’imagination n’a pas de limite pour diffuser son CV en vue de trouver un emploi.

Aussi, un groupement de vignerons du Fronton (Tarn- et- Garonne) , eut-il, sur sollicitation d’un groupe d’étudiants de Toulouse, l’idée d’utiliser des bouteilles comme supports, en y apposant des contre étiquettes mentionnant leur recherche d’emploi.

Le fait que la table soit également un lieu d’échange pour hommes d’affaires, où se trament nombre de contrats et accords, le pas est vite franchi d’y proposer des requêtes diverses comme cela pourrait se faire sur n’importe quel autre support.

C’est ainsi que les vignerons du Fronton, ont, en liaison avec les agences locales , déniché un millier de demandeurs d’emploi à travers toute la France, à l’intention desquels lesquels ont été imprimées un millier d’étiquettes qui mentionnaient toutes les informations utiles.

Puis les bouteilles ont été mises à la vente.

En espérant que celles-ci ont été bues par les bons destinataires moyennant l’appréciation qualitative nécessaire.

Malheureusement on ne connaît pas le résultat de cette opération. Sans doute, est-il sans abus et avec modération.


 

87/28 Mars

REPAS DE CARÊME.

« C’était le plus beau repas de Carême qu’il est possible de voir, les plus beaux poissons, les mieux apprêtés, les meilleurs ragoûts, le meilleur cuisinier, jamais un soupé n’a été si joliment bon. On vous y souhaite bien sincèrement ; mais le vin de Saint Laurent ( du Var ) renouvelle si bien votre souvenir que ce fut un chamaillis de petits verres, qui faisait assez voir que cette liqueur venait de chez vous ! »

Lettre de Madame de Sévigné à sa fille

Le 28 Mars 1689

Photos gourmandes; nature morte d’Etienne Heimermann



88/29 Mars

JONAS ET LE SIGNE DU POISSON.

Jonas est fêté au sortir du signe du Poisson. En effet après trois jours passés dans les ténèbres du ventre de la baleine, Jonas retrouve la lumière.

Les trois signes du zodiaque que sont Capricorne, Verseau et Poisson représentent les ténèbres au sortir desquelles triomphera le soleil.

D’ailleurs, lorsque notre regard se tourne vers le ciel étoilé, nous découvrons la constellation de la Baleine dans le signe du Poisson. Le cycle végétal de la vigne évolue donc selon l’astre de lumière.

Les vignerons d’autrefois l’avaient bien compris. A preuve la façon de décorer les tonneaux.

Le tonneau est sans doute le récipient à vin qui a été le plus décoré au cours de l’histoire. Que se soit sur les traverses des douves ou sur les clés de tonneaux, et ce depuis la période Antique. Les thèmes iconographiques symbolisent le monde aquatique. On découvre des silènes, des sirènes, des dauphins et autres baleines.

L’eau rejoint paradoxalement le vin !

L’immersion est le prélude à la régénération. Noé, le premier vigneron a échappé au déluge et a ainsi redonné vie à la vigne.

L’eau (baptismale) élément de fécondité préside à une nouvelle naissance.

Le vin dans le tonneau ( berceau ), se prépare à une naissance, produit d’une transformation d’une eau sucrée, en alcool-feu .C’est Jonas dans le ventre de la baleine appelé à renaître à la lumière tel le nouveau-né ou le petit roi ( appelé aussi le dauphin ) sortant du ventre de sa mère.

Tonneau décoré, 1781, Musée Unterlinden Colmar


89/30 Mars

LE VIGNOBLE EN FÊTE À SAINT-MONT.

Tous les ans, commence le dernier vendredi du mois de mars, comme aujourd’hui, la fête de la vigne à Saint-Mont dans le Gers.

La journée du vendredi est traditionnellement réservée aux écoliers qui font le tour des caves pour s’initier à la fabrication des vins et surtout en apprendre le goût.

Puis la vrais fête démarre le samedi pour se terminer le dimanche soir .

La fête commence avec la mise en perce du Faîte de Saint-Mont, le vin vedette de l’appellation.

Puis on peut assister à une reconstitution historique avec évocation de l’époque où les moines vignerons de Saint-Mont accueillaient les pèlerins en voyage pour Saint-Jacques-de-Compostelle ( voir 25 juillet ) et à cette occasion leur offraient un vin comme reconstituant.

Cette fête renouvelle la cérémonie de la bénédiction du vin nouveau par les « moines revisités ». Ce vin enrichi de grâce est alors offert à la population qui peut alors entamer son pèlerinage jacquaire à travers les communes viticoles de l’appellation : Plaisance, Marciac, Aignan, Sabazan, Riscle, autant de noms qui sonnent la Gascogne et l’Armagnac.

Ce petit vignoble Plaimont produit des vins rosés et rouges ( Tannat ) et des vins blancs. Il est dans le prolongement du Madiran, mais n’est encore que VDQS, depuis 1981, en attendant de pouvoir obtenir l’AOC.

Autre curiosité, la bouteille de Faîte de Saint-Mont se distingue par son étiquette en bois et est destinée à devenir un vin de garde de dix ans grâce à l’assemblage des vins issus de Plaisance, Aignan. et Saint-Mont

A signaler enfin, quelques appellations données à des vins de prestige comme:

« Les vignes retrouvées« (comme par miracle)

« Esprit de vigne » (si tu es là)

« Monastère de Saint Mont » (comme il se doit)


90/31 Mars

LE VIN, NECTAR DES DIEUX, GÉNIE DES HOMMES.

Du 19/10/2004 au 03/04/2005
une exceptionnelle exposition est organisée à Lyon. Elle est dédiée à l'histoire de la vigne et du vin dans l'antiquité, à ses origines et à la diffusion de la culture du vin dans le monde antique, _ du Proche -Orient à la Gaule en passant par la Grèce et l' Italie_ et ses différents modes de consommation.

Nous n’avons pas hésité un instant à visiter cette exposition. C’était pour nous une manière de mettre un point d’orgue à une aventure littéraire sur les vins.

En effet, c’est le 31 Mars 2005, (3 jours avant la fermeture de l‘exposition), soit le dernier jour de notre long travail rédactionnel ( trois ans ), que nous nous sommes rendus à Lyon.

L’histoire est faite de symboles et d’associations uniques. Achever un voyage œnologique par l’Antiquité, c’est comme vouloir revenir aux sources de ces nectars divins qui ont façonné toutes les civilisations indo-européennes.

Nous revenions à Lyon, ville que nous avions quittée professionnellement, , il y a 9 mois à peine, et qui avait été notre point de départ professionnel, il y a plus de trente ans.

Lyon cette ville bouchonnée dans le présent mais ouverte sur l’histoire.

Nous n’avons pu que nous émerveiller de la réussite de cette exposition, dont est issue la parution d’un livre remarquable, magnifiquement illustré et patronné par le département du Rhône. Il s’intitule sobrement: « LE VIN, nectar des dieux et génie des hommes. » (49)

C’est le 1360ème ouvrage de notre bibliothèque bachique.

Cette exposition se devait de trouver place dans cet almanach « des Saints et des Vins ».

On a apprécié, On a dégusté, on s’est rassasié d‘images, d‘objets et de découvertes.

Le musée des profondeurs avait des odeurs de terre cuites et de caves et la colline de Fourvière dégageait des senteurs de début de printemps, celles que l‘on retrouve dans les vins jeunes et gouleyants.

Le temps d’une halte sur les gradins de pierre du théâtre antique, et nous pouvions appercevoir la lointaine origine de notre existence qui contemple aujourd’hui les dieux de la vigne et déguste les nectars du génie humain.


CHOIX D'UN AUTRE MOIS

 


 

....Copyright © 2006 Marc HEIMERMANN .