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60/1er
Mars
SOUVENIRS
DE VENDANGES A SAINT- AUBIN.
C’est
la fin de l‘été, les vendanges n’ont
point encore commencé. Nous sommes à une dizaine
de kilomètres de Saint- Romain ( souvenir de la veille
) , trois amis de « fac » séjournent
dans une vieille bâtisse au lieu dit Baubigny en attendant
la rentrée universitaire de 1964.
Alfred
le lorrain, Michel l’alsacien et votre serviteur occupons
nos journées à découvrir une contrée
à la fois sauvage et attachante. Non loin de là
se dresse l’imposant château de La Rochepot,
que nous contournons sans relâche pour arpenter nombre
de sentiers au travers de vignobles dont chaque jour les
couleurs se transforment en une palette allant du jaune
pâle au rouge sombre.
Bernard
le breton après un séjour en Provence, a promis
de nous rejoindre. Un soir ,à une heure avancée
de la nuit, une voiture s’arrête devant notre
refuge. Bernard est accompagné d’un homme qui
ne peut cacher ses origines bourguignonnes, tant son accent
révélateur nous surprend. Il avait recueilli
notre camarade qui faisait du stop sur le bord de la nationale
6. Profitant de cette rencontre impromptue, notre homme
nous propose de venir le rejoindre sous deux jours pour
faire les vendanges durant une petite quinzaine sur la commune
de Saint-Aubin. L’occasion est trop belle et même
insolite.
Cet
automne 1964 fut pour une révélation. Une
quasi apparition mystique dans l’univers du vin. On
allait toucher de près l’évènement
exceptionnel. C’était les mêmes sensations
que Bernard Clavel lorsqu’il racontait ses premières
vendanges : « il faut croire que la vigne est
dotée d’une force secrète ,car ,dès
les premiers jours, en dépit de la fatigue, de la
souffrance, je me suis mis à l’aimer ».(1)
Grâce
à la famille Ponavoy-Bouzereau, fut connu la révélation
et l’immédiate conversion à la cause
œnologique.
La
découverte de ce petit village de Saint-Aubin a de
quoi relever de l’extraordinaire ; Il forme un carré
magique avec ses communes avoisinantes qui ont pour noms
prestigieux : Gamay, Chassagne-Montrachet, Puligny- Montrachet.
Le paradis des vins blancs à la portée des
yeux et des mains.
Nous
avons découvert une famille riche en amabilité
et soucieuse de faire partager un métier étonnamment
exemplaire, de par les émotions qu’il exprime,
les enthousiasmes, la convivialité et le sens du
partage. Côté vignoble, même si les rouges
restent dominants de par leur encépagement en Gamay
et Pinot, les blancs se développent sous l’effet
des voisins. Blotties entre deux versants, les nombreuses
parcelles s’étalent tel un patchwork où
les couleurs forment un damier aux couleurs harmonieuses.
Quel
bonheur de découvrir successivement les 29 lieux-dits,
dispersés selon les 16 climats. Quelle fierté,
d’avoir vendangé en Remilly, puis les Dents-de-Chien,
voire le Sentier-du-Clou et jusqu’aux Champlots .
Nous avons ainsi goûté des vins sublimes comme
des Saint -Aubin Premiers Crus rouges et des Saint-Aubin
blancs, des Puligny blancs et des Chassagne et des Montrachet
blancs.
Durant
six années, chaque automne ce lieu magique devint
un véritable lieu de dévotion et notre centre
de pèlerinage.
Aujourd’hui
déguster un vin de chez Roux et Fils, ou de Marc
Colin, ou du domaine Clerget est un retour aux sources originelles.
Béni
soit Saint Aubin,
Tu
m’as montré le chemin
Des
plus illustres vins
D’où
ma passion sans fin.
«
Taille au jour de Saint Aubin,
Pour
avoir de gros raisins. »
«
Sil pleut à la Saint Aubin,
L’eau sera plus chère que le vin »
61/2
Mars
L’IVRESSE
DE CHARLES CHANTAIT L‘ÂME DU VIN.
«
Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles
»
Charles Baudelaire
Charles
Baudelaire est de ceux qui se sont très largement
exprimés sur le vin, en témoignent ses multiples
ouvrages.
Nous
ne citerons que ceux dans lesquels il déploya le
plus d’éloge et d’expression à
la gloire du vin.
D’abord
ses poèmes qu’égrènent son recueil
« Les fleurs du mal » (*)
«
Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
les
baumes pénétrants que ta panse féconde
garde
au cœur altéré du poète pieux
;
Tu
lui verses l’espoir ,la jeunesse et la vie,
Et
l’orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
Qui
nous rend triomphants et semblables aux dieux. »
L’âme
du vin….
«
Car j’éprouve une joie immense quand je tombe
Dans
le gosier d’un homme usé par ses travaux,
Et
sa chaude poitrine est une douce tombe
Où
je me plais bien mieux que dans mes froids caveaux. »….
Et
en hommage à tous ces pauvres ères : clochards,
chiffonniers, bougnats , Charles invoque « le fils
sacré du Soleil »
«
Pour noyer la rancœur et bercer l’indolence
De
tous ces vieux maudits qui meurent en silence,
Dieu
touché de remords, avait fait le sommeil ;
L’Homme
ajout le Vin, fils sacré du Soleil ! »
Dans
le Spleen de Paris, souvenons-nous de ce
passage où Charles rencontre un compagnon de jeux
avec qui les libations vont bon train, et qui tout en gardant
la tête froide s’exclame après une dernière
coupe pleine jusqu’au bord : « A votre immortelle
santé, vieux Bouc !… »
Enfin,
dans les Paradis artificiels, il nous donne
une véritable leçon d’œnologie,
pour affirmer fermement :
«
Rien n’égale la joie de l’homme qui boit,
si ce n’est la joie du vin d’être bu.
En effet, le vin joue un rôle intime dans la vie de
l’humanité, si intime que je ne serais pas
étonné, que séduit par une idée
panthéistique, quelques esprits raisonnables lui
attribuassent une espèce de personnalité…..
»
www.stellaweb.ch/
nadar/pg/baudelaire.htm
(*)
Dans la première version de ses poèmes en
1857, Baudelaire fut censuré de six poèmes
par le procureur Pinard, quelle coïncidence
burlesque !
62/3
Mars
LE
PETIT POUCET DES VIGNES : CHÂTILLON-EN-DIOIS.
Pénétrons
dans cette Drôme du nord, sur les contreforts des
Alpes aux environs de Die, célèbre pour sa
« clairette ».
Située
sur les bords de la Drôme, cette toute petite contrée
s’est vue décerner le 3 Mars 1975,
l’appellation
d’origine contrôlée pour sa production
d’Aligoté et Chardonnay, il s’agit des
vins de Châtillon-en-Diois.
La
production en rouge est issue du Gamay associé à
la Syrah et au Pinot.
Sur
une surface de quelques hectares, la production atteint
à peine les 1500 hectolitres.
En
résumé, nous rencontrons dans ce secteur éloigné
des vins du Rhône, des vins de montagne à la
fois tranquilles et simples.
Quatre
ans plus tôt, la clairette de Die gagnait ses lettres
de noblesses, donnant à cette région un vin
pétillant au goût de Muscat prisé par
les amateurs de dessert.
Vignobles
des environs de Die. Photo de Michael Busselle
63/4 Mars
LA
PAIX DES GRAVES, CAR GRAVES SONT LEURS VINS.
Aux
abords mêmes de la capitale bordelaise s’étend
un immense territoire viticole appelé « Graves
».
Une
étendue complexe où dominent les vins blancs
et où depuis le classement de 1855, la partie sud
« féraille » avec la partie nord.
C’est
bien le 4 Mars 1937 que fut décerné l’appellation
contrôlée pour les vignobles de Graves et de
Graves Supérieures, situé rive gauche de la
Garonne et allant des faubourgs de Bordeaux jusqu’aux
abords de Langon, 45 kilomètres plus au sud.
50
ans plus tard, en 1987, la scission entre le nord et le
sud est consommée. L’appellation Pessac-Léognan
consacre les blancs et les rouges avec pour chef de file
le Château Haut-Brion avec la bénédiction
du Château Pape-Clément.
Rien
ne fait obstacle à l’éclosion de ces
grands vins, pas même le développement effréné
de la civilisation urbaine ( l’extension des immeubles
des banlieues sud de Bordeaux, l’emprise de l’aéroport
de Mérignac, le passage du TGV sud ouest, ainsi que
la traversée de l’autoroute A 62 …).
Quel
vignoble peut se targuer d’un tel environnement ?
et pourtant , l’un des vins les plus sublimes se niche
dans ce dédale bétonné.
Comme
le souligne élégamment Florence Mothe (37)
, dans ce pays des « graves », « le
premier des bonheurs a un nom, il s’appelle Haut-Brion
»
Toujours
d’après elle, le Haut-Brion blanc ne souffre
pas de la comparaison avec Yquem, c’est dire !
Parcourir
et découvrir les vins « Graves » reste
pour le non initié quelque chose de complexe.
Il
faut avoir goûté aux Fieuzal, Haut-Bailly,
Smith-Haut-Lafitte pour comprendre la durée de l’apprentissage.
Cette
partie du Bordelais, nous laissera un souvenir impérissable
sur la finesse des blancs « verts comme des hautbois,
doux comme des prairies ».
Nous
avons personnellement découvert réellement
cette contrée grâce à des déplacements
plus professionnels que touristiques, et qui ont été
chaque fois l’occasion de s’initier à
la dégustation d’un vin que nous avons immédiatement
adopté : le blanc du Château Haut-Nouchet élaboré
par Louis Lurton, un des dix enfants de la dynastie Lurton,
dont le père a transmis en héritage dix sublimes
propriétés vinicoles.
Faisons
également honneur à un autre Lurton, André
de son prénom qui avec maîtrise préside
aux destinées du Château La Louvière,
Même
si les « nordistes » dominent par le niveau
de la qualité des vins, les « sudistes »
font tout pour gagner en célébrité
et c’est ainsi que sous la férule de la Présidente
du syndicat des Graves, Françoise Lévèque,
cette contrée peut s’enorgueillir de tenir
tête à ses voisins de l’autre rive, la
droite celle là, qui a nom : Médoc.
Parler
des Graves, c’est toujours un peu avec gravité.
C’est pourquoi nous redonnons la plume à Florence
Mothe :
«
Les Graves sont, élégantes et obstinées.
Elles ont de la race plus encore que de la classe….Les
Graves où le soleil illumine les semailles obscures,
sont une terre plurielle. Epanchées et fécondes,
elles cèdent au visiteur dans un accomplissement
plein de réserve, où la grâce le dispute
à la dignité. »

Extrait
revue Amateur de Bordeaux N°51 (1996)
64/5
Mars
L’OLIVE
ET LE RAISIN, UN MARIAGE NATUREL.
«
Il y a deux liqueurs très agréables au corps
humain,
à
usage interne le vin, à usage externe ,l’huile
»
Pline, XIV, XXIX, 150
En
ce jour de la Saint Olive, on ne peut qu’associer
immédiatement le nom d’olive à son extraction
qu’est l’huile.
Ainsi,
l’huile est à l’olive ce que le vin est
au raisin. Deux fruits, issus de deux plants méditerranéens,
l’olivier et la vigne.
Les
comparaisons et les rapprochements sont nombreux. On parle
de vin naturel et d’huile vierge, comme d’un
vin de première presse ou d’une huile de première
pression. L’olive noire est au raisin rouge, ce que
l’olive verte est au raisin blanc.
Comme
le souligne Christiane Amiel, « tandis que le
vin nourrit le corps en profondeur, à l’huile
s’attachent des usages tout de surface. » (38)
Convivialité
suprême au profit des bienfaits du corps, huile et
vin font corps selon la recette universelle et originale
de N.Chomel ( 1741) pour donner l’huile rougie :
«
Pour faire cette huile, prenez une livre d’huile d’olive,
une chopine de vin, une bonne poignée de feuilles
de roses, le tout mis ensemble dans un pöelon, il faut
le bien faire bouillir jusqu’à ce que ces herbes
soient cuites, les passer ensuite dans un linge, et les
bien presser pour en tirer le suc que vous garderez dans
une fiole. »
Huile
et vin consacrent l’enfant qui vient de naître.
Sur le plan religieux, c’est la cérémonie
du baptême où l’enfant se voit le front
enduit de l’huile sainte par le prêtre, puis
célébré ensuite par les parents par
un « arrosage » festif.
De façon plus profane, l’huile assure la cicatrisation
du ventre du nouveau-né après la chute du
cordon ombilical, alors que le vin fortifie par humidification
les lèvres du bébé.
L’enfant
est définitivement affranchi de l’univers de
l’eau et du sang grâce au mariage de l’onction
et de la libation.
L’essentiel
de la liturgie catholique prône l’usage de l’huile
et du vin pour les sacrements.
L’Eglise
est donc bien à l’origine du développement
économique, et des vignes et des plantations d’oliviers.
C’est
ainsi que prospèrent vignes parmi les oliviers et
réciproquement autour des monastères du midi
de la France.
La
communion de l’huile et du vin est à son paroxysme
lorsqu’un bon vin capiteux et lourd laisse apparaître
ses larmes suscitant l’extase du goûteur. Emile
Peynaud grand œnologue parle de vin qui «
file et coule sans bruit ».
D’ailleurs,
ne dit-on pas communément d’un bon vin, qu’il
« se laisse boire comme de l’huile » et
pour montrer sa satisfaction après avoir bien bu,
de proclamer « s’être graissé
le gosier » !
Pour
rencontrer le mariage naturel de la vigne et de l’olivier,
il faut se rendre dans la Drôme provençale,
et découvrir leur progéniture que sont les
moulins à huile de Nyons et les caves de Vinsobres
sa voisine. Ces hauts lieux mériteront votre recueillement
puis votre assouvissement, comme s’il s’agissait
d’un retour sur les fonds baptismaux.
Plus
loin, vers les Corbières, allez faire pèlerinage
à NotreDame de l’Olive, adorable chapelle située
à la sortie de Saint -Jean- de- Barrou !
65/6
Mars
COLETTE:
DE LA TREILLE A LA PLUME.
On
sait que tous les grands écrivains ont peu ou prou
écrit sur le vin. Des ouvrages innombrables attestent
ce lien sacré entre l’écrit et le vin
( écri vain).
De
tous ces auteurs littéraires, Colette fut sans nul
doute, le plus lyrique et le plus prolixe.

Photo
René Dazy ( B.N.)
Il
ne s’agit pas d’évoquer pour ce jour
dédié à Colette, toutes les références
et extraits qui ont façonné le nombre impressionnant
d’ouvrages qu’elle a légués à
ses lecteurs.
Les
titres évocateurs comme : la Treille Muscate
ou les Vrilles de la Vigne témoignent de
cet engouement et cette expertise à évoquer
les plus subtils arômes et les plus extraordinaires
sensations gustatives.
C’est
sans doute dans son livre intitulé «
Prisons et Paradis » que l’on atteint
le sommet de la référence œnologique.
Juste
quelques petites phrases pas tout à fait prises au
hasard:
«
A l’âge où l’on lit à peine,
j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux
rouges anciens et légers, d’éblouissants
Yquem. »
«
J’ai tari le plus fin de la cave paternelle, godet
à godet, délicatement…Ma mère
rebouchait la bouteille entamée, et contemplait sur
mes joues la gloire des crus français. »
«
Le vin, c’est selon sa qualité et son terroir,
un tonique nécessaire, un luxe, l’honneur des
mets. »
«
Depuis l’enfance, je connais le vin français
et je le tutoie »
Colette,
dans son parcours des provinces françaises a eu les
plus larges occasions de s’initier aux ressources
gastronomiques dont bien sûr les productions viticoles.
De la Bourgogne ( Saint-Sauveur-en Puisaye ) , la Franche-Comté
( les Monts Boucons ) en passant par le Sud -Ouest ( Castel
Novel ), et La Provence ( La Treille Muscate ), pour terminer
son parcours à Paris au Palais-Royal. Comble de la
référence, elle occupa un logement situé
au 9 rue du Beaujolais, à deux pas du Grand Véfour.
Ce
qui nous frappe à propos de Colette, c’est
qu’il fallu attendre plus de 30 ans pour redécouvrir
ses textes, alors que nous conservions en mémoire
la quantité de dictées qui avaient assombrit
tant de journées de notre école primaire.
Ouvrir
aujourd’hui un livre de Colette, c’est comme
« décoiffer » une de ces dives bouteilles,
celles qu’elle a tant su apprécier et décrire
avec une tendresse et une culture dignes d’un expert
en collection.
NB1:
Il faut absolument citer Marie Laure Chamusy-Bouteille qui
a réalisé une étude sur « Colette,
un vin d’écrivain » ( prix coup de cœur
de l’Académie Amorin ) ( 39 )
NB2
:On ne peut quitter cette journée consacrée
à Colette, sans évoquer une congénère
locale en la personne de Colette Faller qui dirige avec
ses deux filles, de main de femmes, le clos des Capucins
à Weinbach ( traduisez: « la rivière
de vin » ) près de Kaysesberg dans le Haut-Rhin.
NB3:
sous la houlette de Sainte Colette, fut créé
l’ordre monacal des Colettines!
66/7
Mars
LE
VIN SELON SAINT THOMAS D’AQUIN

www.thomas-d-aquin.com
Le
7 Mars consacre la fête à la fois de Sainte
Félicité et de Saint Thomas d’Aquin.
Sainte Félicité bénéficie de
la présente référence calendaire, alors
qu’elle mourut il y a un peu plus de 1800 ans persécutée
après avoir assisté à la mise à
mort de ses 7 enfants.
C’est
aussi un 7 Mars, mais en 1274 que mourut Saint Thomas d’Aquin,
le grand théologien dominicain qui marqua de ses
œuvres scolastiques tous les siècles après
le XIII ème. Mais ce que l’on sait moins, c’est
qu’il est à l’origine de nombre réflexions,
d’écrits et de cours sur le vin.
D’après
notre religieux philosophe, le fait de « déguster
(du vin ), fait penser » !
En
s’appuyant sur une étude de Michel Marie Dufeil
(40), on apprend que Thomas l’érudit parle
du vin sous trois aspects : le vin en tant que substance(
principe de la dégustation ), le vin en tant que
mythe (principe de l’écriture ), et le vin
en tant que signe ( principe de la consécration).
Le
vin est d’abord une substance issue de la
fermentation du raisin et pour devenir « consacrable
», il doit subir le processus de vinification selon
une logique de soins particuliers. Il affirme également
que « le vin réchauffe et réjouit, et
à ce titre, il peut être administré
aux faibles pour les réconforter, mais pas aux malades
enfiévrés »
En
matière d’abus de consommation, il admet ceux
de « la délectation charnelle, de l’erreur
spirituelle et de la punition divine »
Et
notre auteur d’ajouter : « à quoi
répondent quatre saintes et belles ivresses : larmes
de componction, calice de passion, incendie d’amour
et torrents de divines délices. »
Le
vin en tant que mythe, cause joie chaleureuse,
d’après notre philosophe. D’ailleurs,
il affirme que « les hommes au poumon vif et amateurs
de vin sont plus audacieux, car cette chaleur gonfle et
grandit le cœur. »
On
nous précise, que la doctrine divine est semblable
au vin, « car elle presse en arguant, incendie en
enflammant, enivre en consolant. »
Le
vin demeure la figure suprême duplus sacré
des liquides, à savoir le sang, comme la marque du
passage du mythe de la vigueur ( lignage sanguin) à
la mystique de la rédemption ( sang divin).
Le
vin en tant que signe, signifie pour le théologien
Thomas l’essence même du sang du Christ. Pour
les spécialistes, nous sommes dans la démonstration
du phénomène de transsubstantiation. Foi aux
miracles du changement de l’eau en vin, et du vin
en sang. Et M.M. Dufeil de conclure en ces termes :
«
La consécration du vin est sacrifice, faire secret
sacré, et sacrement, le sacré lui même,
pour effacer le désordre et participer à l’ordre
du Christ reconstitué, en le buvant. »
En
somme déguster l’intelligence de Saint Thomas,
ou un gouleyant vin de Bourgogne, c’est vouloir atteindre
le sacre de la vrai vie par la grâce du vin suprême.
67/8
Mars
LA
MISE EN BOUTEILLE DE LA DECLARATION DU ROI
C’était
le 8 mars 1735 (41), le règlement du Roi donnait
toutes instructions sur la manière de fabriquer les
objets en verre destinés à recevoir le vin.
(Bouteilles, carafes et verres).
68/9
Mars
FRANCOISE
OU LE VIN AU FEMININ.
Ce
prénom, aussi répandu et aussi national (
français ), demeure presque étranger au monde
du vin.. Peut être existe-t-il un clos ou un château,
peut être une vigne, une cuvée qui porterait
ce prénom apte à honorer les vins de France
. Nos recherches furent vaines …
En
revanche, le hasard nous a conduit vers des femmes dont
la profession présente un lien avec le vin et qui
plus est portent le prénom magique de Françoise.
Elles ont été remarquées par Isabelle
Abello, dans son livre intitulé « Elles et
Bacchus » (42).
Trois
Françoise !
Françoise
Vade-Felon : Courtière en Vins et
Spiritueux. Elle propose à ses clients en majorité
sommeliers, une palette impressionnante de vins d’origines
diverses. Parisienne, elle s’est prise d’une
passion sans limite pour le vin.
Françoise
Rigord : Exploitante de la Commanderie
de Peyrassol dans les Côtes de Provence. Installée
dans une ancienne demeure des Templiers, elle veille aux
150 hectares de vignes situées non loin de Le Luc.
Fière
de distribuer aux quatre coins du monde ces vins provençaux,
elle conduit son domaine de main de maître(sse) de
…chais !
Françoise
Dupuis : Caviste en charge de la vente
de vins dans sa boutique du 8°. Naguère antiquaire,
elle s’est, sous l’influence de son père
bourguignon, convertie en collectionneuse de vins rares.
On
peut ainsi découvrir sa riche collection et en déguster
les originalités guidé ses conseils avisés
de sommelière.
Trois
Françoise, trois métiers en rapport avec la
vigne et les vins, trois femmes qui nous démontrent
que le raisin, le vin, le domaine, le tonneau, le verre,
sont sûrement masculins, la grappe, la vigne, la cave,
la cuve, la bouteille, revendiquent sereinement le féminin.
Vénus
rejoint Bacchus au pinacle du temple du vin.

Dessin de Michel Tolmer
PS:
Dans l’ouvrage intitulé « Le vin aussi
est affaire de femmes » (2) , on relève 3 Françoise
de plus :
Françoise
Année-Beaugé ( publicitaire), Françoise
Flao-Bodet (DG Caves de Grenelle), Françoise Foucault
(vigneronne) (3)
69/10
Mars
SAINT-VIVIEN
DANS LES VIGNES DE MONTRAVEL.
A
mi chemin entre Bordeaux et Bergerac, les vins de Montravel
dont fait partie la cave de Saint- Vivien (*), se caractérisent
d’après Montaigne ( dont le château Saint-Michel
-de-Montaigne est voisin ) comme les plus bordelais des
vins de Dordogne. Il est vrai qu’ils appartenaient
aux archevêques de Bordeaux.
L’AOC
Montravel, vin blanc ou moelleux est constitué de
Sauvignon, Muscadelle et Sémillon. Il se déguste
tout particulièrement comme apéritif ou au
dessert.
La
complexité de la réglementation locale fait
que selon le cépage, et selon la vinification en
rouge ou en blanc sec, liquoreux ou moelleux, les appellations
diffèrent et avec elles les étiquettes.
Toujours
est-il que la cave de Saint-Vivien, comme ses voisines de
Port-Sainte- Foy, de Montcaret et de Lamothe Montravel fait
exception par rapport aux nombreux producteurs locaux.
Illustrations
extraites de l’annuaire des marques et appellations
d’origine des vins de France ( 1943-44)
Notons
enfin, que Saint Vivien était évêque
de Saintes et qu’il est invoqué dans les cas
de « petite coupure ». Ce que l’on ne
sait pas, c’est s’il s’agit de coupure
lors de la cueillette au cours des vendanges , ou s’il
s’agit de petite coupure du vin lors de certains assemblages,
ou alors pour régler le vigneron moyennant petites
coupures.
L’ancien
maire de Bordeaux, le grand Michel Eyquem de Montaigne se
plaisait à dire, en contemplant ses vignes de Montravel
:
«
il ne convient pas d’aimer le vin modérément
: on pourrait croire que vous tenez ce don de Dieu pour
peu de chose. » (43)
(*)
N’oublions pas qu’il existe, plus à l’ouest
, au début de l’estuaire de la Gironde, une
commune touristique appelée Saint-Vivien-de-Médoc.
70/11
Mars
JULIENAS
PREMIER AMBASSADEUR DU BEAUJOLAIS.
Après
le décret de 1937 sur les AOC Beaujolais, c’est
le 11 Mars 1938 que Juliénas se voit décerner
la célèbre distinction AOC cette fois rattachée
au nom du cru local et par là- même baptisé
comme la commune du même nom qui trouva vite sa renommée
entre Lyon et Paris.
Du
petit théâtre du Guignol Mourguet de Lyon avec
Gnafron au nez rubicond, jusqu’au satirique dessinateur
du Canard Enchaîné, Henri Monnier, Juliénas
se fait par leur intermédiaire une renommée
qui dépasse ainsi largement le cercle intime de la
contrée de Beaujeu.
Le
vignoble de Juliénas, d’une surface supérieure
à 500 hectares, produit un Gamay dont la large palette
olfactive en fait une des originalités parmi les
célèbres neuf crus.
Lorsque
l’on évoque Juliénas on retiendra outre
Mourguet , et Monnier, les noms qui sous-tendent le rôle
d’ambassadeur des vins du Beaujolais :
Jules
César , l’Empereur qui peut être
laissa son empreinte patronymique sur cette vigne ancestrale
Victor
Peyret, le plus célèbre enfant du
pays, qui donna naissance au Cellier de la Vieille Eglise.
Allain
Renoux peintre local dont les aquarelles illustrent
finement les paysages de vignes
Bernard
Frangin journaliste écrivain qui a su guider
le pèlerin en quête de cette boisson mythique
Louis
Orizet écrivain poète dont les écrits
exhalent l’enthousiasme de « cette montagne
qui nous parle , chante, gronde ou pleure », un éden
qui a pour nom : Juliénas
Terminons
cette brève incursion en Beaujolais, un verre de
Juliénas en main, en veillant à respecter
le proverbe local :
«
il faut se méfier de ceux qui boivent leur verre
de Juliénas d’un seul coup »
Juliénas,
aquarelle d’Allain Renoux
71/12
Mars
MÉTIERS
ET CORPORATIONS VINEUSES D’AUTREFOIS.
Le
vin est à l’origine d’un nombre impressionnant
de métiers qui gravitent autour du vin depuis sa
fabrication jusqu’à sa commercialisation.
Généralement,
les corporations, associations, groupements de spécialistes
étaient soumis à une réglementation
stricte et fort évolutive au rythme des régnants
et gouvernants.
Citons
en ce jour du calendrier, l’origine du premier corps
des métiers viniques (44) :
LES COURTIERS DE VINS
Ce
sont les « conciliateurs » des marchés,
entre vendeurs et acheteurs
Le
12 Mars 1321, Charles IV dit le Bel crée la première
corporation à Paris, constituée de soixante
membres. Ils veillent à la solvabilité, examinent
la conformité du jaugeage des tonneaux, enregistrent
prix, et qualité.
LES
JURES VENDEURS DE VINS
Se
situeraient au dessus des courtiers
Par
une ordonnance du roi Jean le 30 janvier 1350 ,les jurés
vendeurs de vins sont considérés comme les
grands contrôleurs du commerce des vins
LES
CRIEURS DE VINS
Sortes
d’intermédiaires ( annonceurs )entre les marchands
et les acheteurs, ils proposent à la « criée
»des niveaux de prix et de qualité du vin
L’Ordonnance
de Saint Louis en 1268 témoigne des origines déjà
lointaines de ce métier.
LES
JURES CRIEURS DE CORPS ET DE VINS
C’est
sous Charles VI en 1415 que la corporation des jurés
crieurs se voient en charge d’une fonction plus large
celle
d’annoncer aussi les morts ! !
LES
COURTIERS GOURMETS PIQUEURS DE VINS
L’origine
remonte à Napoléon avec le décret du
15 décembre 1813
Dégustateurs
et experts sur la qualité des vins vendus moyennant
enregistrement, ils annoncent la corporation des dégustateurs
professionnels, appelés aujourd’hui œnologues
.
72 /13
Mars
LES
TROIS M DU BORDELAIS.
M,
c’est la treizième lettre de l’alphabet,
et qui plus est, nous sommes le treizième jour du
mois de Mars…et un Mardi(en
2007).
Derrière
cette lettre magique se cachent
trois mystérieuses célébrités
qui se consacrèrent à la fois au monde
des mots et au monde
des vins.
Trois
écrivains bordelais : Montaigne,
Montesquieu, Mauriac
Montaigne
, de son prénom Michel,
est issu d’une famille de marchands
; après son magistère,
il devient premier magistrat
de la ville de Bordeaux en 1581 et 1583.
C’est
ainsi que dans sa gestion des affaires municipales,
il instaura « une traite foraine » sur les marchandises
qui franchissaient les murailles
de Bordeaux.
En
matière de vins, il raffole des Graves mais c’est
à la limite de la Dordogne que l’auteur des
« Essais » s’établit dans ce manoir
appelé aujourd’hui le Château de Montaigne.
Située
plus précisément à Saint-Michel,
la célèbre Tour de Montaigne
abrite la merveilleuse librairie
qui donne sur le massif planté
de majestueuses vignes. On
peut lire sur les vieux madriers
de cette maison : « Tout
n’est que vanité »
Montesquieu,
auteur des « Lettres persanes » était
un militant des Graves et pas
du Médoc.
De
son manoir situé au
milieu d’un magnifique
plan d’eau, il s’imposa comme le maître
de ses vignes situées à la fois sur son domaine
de la Brède et sur les terres de la commune mitoyenne
de Martillac.
Ni
musée, ni maison
relique, cependant dans une des chambres, parmi les meubles
anciens, se trouve la malle
de voyage du magistrat prête
pour de perpétuelles missions
à travers le monde.
Et au dessus de l’entrée de sa bibliothèque,
on peut lire cette maxime :
« Ici les morts apprennent
aux vivants à mourir
»
Mauriac
François, écrivain bordelais a jeté
son dévolu sur « une maison
solaire et aérienne ouverte sur un paysage de Toscane
atlantique » écrivait J.P.Kaufmann. Cette maison
a pour nom Malagar.
«
Dans cette pauvre maison déguisée
en manoir » comme tenait
à le souligner Mauriac,
tout évoquait le « Mystère
Frontenac ». Ici tout est propice à la mémoire
et à la méditation.
Situé
à Saint-Maixant, Malagar
produit un premier Côtes de Bordeaux moelleux,
dont les grands millésimes
restent à venir.
François
Mauriac n’avait rien
d’un Maître de
chais, mais comme le souligne
son fils Claude. Lorsque la menace
se faisait sur sa vigne et que soulevant les feuilles des
vignes il y décelait des traces de mildiou,
il disait « c’est la maladie
qui tombe ».
Il
savait apprécier un Bordeaux autre que le Malagar
rouge étendu d’eau ou le Malagar
blanc à l’odeur de soufre, soulignant l’esprit
de finesse d’un Margaux
ou d’un Mouton, comme
on peut savourer un morceau
de musique de Mozart.
Merci
à vous trois.
73/14
Mars
MATILDE,
LA FILLE DU CARDINAL
Au
lendemain de la dernière grande guerre, après
celle du Philloxéra, naissait à Rome une jeune
pousse nommée Matilde. Ses parents voulant sans doute
à leur nouvelle progéniture garantir une destinée
célèbre écrivirent le prénom
de Matilde dégagé de la lettre h pour ne pas
créer de confusion avec la non moins célèbre
Mathilde originaire de Westphalie qui épousa le roi
Henry Ier appelé « l’ Oiseleur ».
Il ne s’agissait pas de confondre cette Germanie qui
fit d’Aix la Chapelle la ville des sacres, avec l’Italie
et sa ville sacrée et éternelle que représente
Rome. Le houblon pour les saxons et la vigne pour les latins.
Le
père de Matilde s’appelait Cardinal . L’arbre
généalogique de l’éminence indique
que ses origines californiennes étaient rehaussées
par ses allures de « peaux rouges » sans rapport
avec ses aïeux franco-hongrois ( d’un père
ardéchois du nom de Alphonse Lavallée et d’une
mère hongroise appelée Flame Tokay ).
Le
Cardinal au gré de ses implantations successives
rencontra un jour une belle méditerranéenne
qui se nommait Italia. Elle avait pour père un riche
terrien du nom de Muscat de Hambourg, qui malgré
ses ascendances nordiques , apportait dans la corbeille
de la mariée des jeunes feuilles aux couleurs d’un
jaune tendre et orangé. La mère d’Italia
était surnommée par ses voisins de sol : Bicane
; les registres des états agraires ne révèlent
rien sur ses origines. Ses autres descendants par contre
se sont répandus en Roumanie, en Yougoslavie et jusqu’en
Australie.
Ainsi
le Cardinal, arborant sa parure rouge et violacée
savait qu’en mariant Italia toujours de jaune vêtue
, allait pouvoir grâce à leur enfant Matilde
développer de nouveaux fruits et donc de nouveaux
vins.
Or
Matilde grandit modestement malgré ses formes généreuses
. Produisant une grappe à grosses baies d’un
jaune vert , elle s’offrait aux « clients »
qui appréciaient sa chaire croquante.
Plus
les années passaient, plus Matilde s’éloignait
de la destinée dont avaient rêvé ses
parents.
Petit
à petit , lorsque Matilde se présentait à
table, généralement lors du dessert , le goût
des convives était marqué par la déception.
Croquer Matilde laissait de plus en plus une saveur insipide
et neutre.

Peinture
de J.C.Chauray
Telle
fut l’aventure de ce modeste cépage issu d’une
des nombreuses familles ampélographiques que compte
la communauté des Cépages et qui se sont établis
sur la totalité du Globe et dont on dénombre
aujourd’hui grâce au dernier recensement de
P.Gallet plus de 9600 inscrits.
Cet
univers ampélographique a donné naissance
à de nombreux et magnifiques ouvrages.
C’est
ce que nous avons voulu célébrer, le jour
suivant, soit le 15 Mars.
74/15
Mars
ILLUSTRES
CÉPAGES OU CES PAGES ILLUSTREES.
En
I852, le médecin chirurgien Jean Louis Stolz dresse
la liste des cépages cultivés dans la vallée
du Rhin.
Il
achève la publication de son « Ampélographie
rhénane » le 15 Mars 1852 à Andlau,
comme l’atteste la préface de son ouvrage.
(46)
Malheureusement
la plupart des supports sont devenus introuvables.
Mais un éditeur récent « édition
Coprur » publie en 1994 ce que pouvait représenter
l’ouvrage et les planches écrites et dessinées
par J.L.Stolz.
De
nombreux ouvrages sont apparus au fil de l’histoire,
dans lesquels de véritables artistes-savants ont
illustré les innombrables cépages que compte
notre planète.
Ces
milliers de planches ont imagé les bibliothèques
viniques, les salons œnologiques, les appartements
des châteaux , les salles à manger des restaurateurs,
les caveaux des vignerons et tous ces lieux dédiés
à la plante ancestrale, symbolisant le règne
végétal de notre civilisation .
Citons
quelques uns de ces ouvrages célèbres (45):
-
François Rozier
(abbé ): Cours complet d’agriculture, pratique,
économique et de médecine rurale et vétérinaire
Paris Hotel Serpente ; 1781-1805 en 12 volumes , avec plus
de 270 planches
-
H.Mares : Descrition des cépages
principaux de la région méditerranéenne
de la France 1890 ( 30 planches)
-
Alphonse Mas et Victor Pulliat, Le vignoble
ou Histoire, culture et description ( 288 planches coloriées
), Paris Masson 1874- 1879
-
Revue de Viticulture (collection la plus
complète et la plus importante en termes de publication
viticole). Cette collection était placée
sous la direction de Viala et Ravaz, puis de Viala et
Brunet 1894 à 1939, soit 91 tomes reliés
en 45 volumes (150 planches lithographiées en couleur)
- V.Renau
:Ampélographie française INA 1857
-
P.Viala et V.Vermorel,
Ampélographie, traité général
de viticulture( le plus grand traité de tous les
temps) Paris Masson 1901-1910 : 7 volumes et plus de 570
planches.
-
Pierre Galet, Cépages et Vignobles
de France (4 tomes)
- J.Robinson,
Le livre des cépages Hachette
-
Patrick Galant et Régis Cotencin :
Cépages, ouvrage en coffret de liège édité
chez Glénat 1991
- Fernand
Woutaz,
Guide des cépages d’Europe (MA édition)
1990
-
Pierre Galet,
Précis d’Ampélographie pratique et
le Dictionnaire encyclopédique des Cépages
paru chez Hachette en 2000.
75/16
Mars
DEO
OPTIMO MAXIMO , LA LIQUEUR DE FÉCAMP.
En
1534, lorsque François Ier visita l’abbaye
bénédictine de Fécamp, il goûta
un délicieux breuvage composé de vin de cognac
distillé et mélangé à de nombreuses
herbes (27 au total) et adouci de miel.
L’histoire
nous rapporte que le visiteur royal donna le nom de bénédictine
à cette précieuse liqueur en hommage à
l’abbaye bénédictine de Fécamp.
Ainsi,
les moines exploitèrent ce filon médicinal,
faisant de cette boisson un élixir suprême.
Une
façon aussi de combler le déficit de vignes
de cette contrée, mais dont les ressources naturelles
glanées au rythme des cueillettes allaient faire
de cette liqueur un produit de renommée mondiale.
C’est
ainsi que sur les précieux flacons, on trouve les
trois lettres D.O.M. qui ne se rapportent pas au nom des
DOMinicains ou à Sainte Bénédicte,
mais à la devise de la communauté monacale
de Saint Benoît (voir le 11 juillet) : « Deo
Optimo Maximo » qui signifie « Pour Dieu, le
meilleur en tout ».
Au
lendemain de la Révolution, la congrégation
reconstruisit sur les ruines de l’abbaye une fantastique
distillerie dans un style à la fois Renaissance et
gothique.
A
l’instar des moines bretons, d’autres communautés
s’adonnèrent à la production d’elixirs,
ou de breuvages sirupeux, dont les plus connus aujourd’hui
ont pour nom :
l’
Aiguebelle , liqueur originaire de l’abbaye
cistercienne en Isère
la
Sénacole , liqueur de l’abbaye de
Sénanque en Provence
la
Chartreuse, la plus mystérieuse et la plus
romantique, produite sur les pentes du Vercors
la
Lérina , fabriquée par les moines
des Iles de Lérins
la
Trappistine fabriquée à l’abbaye
de la Grâce Dieu
toutes
des substances au goût et à l’arôme
propice à l’épanouissement de l’esprit,
et que l’on appelle justement « spiritueuses
» .
Cette
rencontre de vins modestes avec le monde des plantes, jalousement
conservée, codifiée, était un moyen
pour les communautés religieuses de combler l’absence
de vignoble.
Ces
breuvages aux recettes tenues secrètes, renchérissaient
le caractère mystérieux et mystique de ces
communautés éloignées et solitaires.
Aussi, entre dévotions et prières, les moines
s’érigeaient en façonniers de liquides
qui « donnent la vie » (c’est à
dire, les « eaux de vie »).

Louise
Abbéma, la renommée de la Bénédictine
de Fécamp, 1899
76/17
Mars
LE
MUSCADET SUR LIE ANNONCE LE PRINTEMPS.
Nous
sommes le troisième jeudi du mois de Mars, (dans
le choix de notre année calendaire) et la coutume
en Muscadet veut que la mise en bouteille du « sur
lie » ne se fasse qu’à partir de ce jour
annonciateur du printemps.
En
effet , la tradition vigneronne recommande à chaque
vigneron de réserver un tonneau pour les fêtes
de famille; Cette barrique dite de « noce »
donne naissance au vin « sur lie » qui repose
de la Saint Martin ( voir 30 novembre) jusqu’au mois
de mars. Les Muscadets ainsi conservés se nourrissent
de leur lie fine, que sont les levures naturelles de fermentation,
et qui reposent au fond des barriques.
Après
la mise en bouteille de ce précieux breuvage protégé
de l’oxydation, on obtient un vin qui possède
la propriété originale de receler un gaz très
léger appelé le « perlant »
Cette
méthode est devenue une appellation et confère
aux Muscadets sur lie leur spécificité de
gaieté tout en restituant des arômes de finesse
et de rondeur.

Photo
de Michel Plassard
Découvrir
les vins du Muscadet, c’est sillonner la région
de Nantes au sud de la Loire. Comme on l’affirme à
l’envi, le Muscadet a le pied marin et le cep en terre
ferme, une invitation à marier les fruits de mer
à ce vin au cépage unique qu’est le
Melon.
Entre
la Sèvre et le Maine empruntez la route touristique
des vins nantais et arrêtez-vous chez l’un des
1800 vignerons, vous ne regretterez pas d’emporter
dans vos bagages un Muscadet de Saint-Fiacre
(Voir
le 30 août) ou de Saint-Lumine-de-Clisson ou peut
être de Saint-Crespin-sur -Moine. Et en souhaitant
ne pas avoir fait offense au saint de ce jour : Saint Patrice.
Or
Saint Patrice se situe plus en amont de la Loire près
du confluent avec l’Indre dans les vignobles de Bourgueil.
Le
17 mars, c’est lafête de la Saint Patrice. Certes,
mais c’est aussi jour de la consécration du
Muscadet sur lie. Marié-le à une étuvée
de Saint-Jacques, croyez moi alors, c’est la montée
au paradis !
77/
18 Mars
L’ARMAGNAC,
L’OR NOIR DES GASCONS.
A
peine crée début 1790, le département
de l’Armagnac est séparé en deux pour
donner naissance au département du Gers le 18 mars
1790. C’est encore la Révolution en France.
En
1909, le Président Fallière délimite
les trois zones de production : Bas-Armagnac, Ténarèze
et Haut-Armagnac, qui obtiennent leur appellation contrôlée
sous le gouvernement de Léon Blum.
Trois
dates qui ont marqué le développement des
armagnacs. Ce vin du sud-ouest tout droit sorti des alambics,
devient l’or noir de la Gascogne.
Aujourd’hui
le département du Gers est totalement associé
au noble produit gascon qui en fait sa principale réussite,
comme aimait à le répéter d’Artagnan
en ces termes : « Je ne suis gascon que lorsque je
réussis ».
Citons
quelques faits liés à la célébrité
de l’Armagnac :
·
Le Marquis de Bonas construisit la première
distillerie moderne dans son château ( 1797)
·
Vic-Fezensac possède la première
cave coopérative, ( 1939)
·
Les forces françaises de l’intérieur
(FFI) purent déployer leurs véhicules
contre l’ennemi allemand grâce à l’alcool
en provenance des distilleries, en lieu et place de l’essence.
·
On attribue la découverte de l’Armagnac à
deux moines frères appelés Cloud et
Clet sur les coteaux de Laujuzan.
·
La richesse des arômes de l’Armagnac
provient du mariage subtil de l’alcool avec le chêne
de la forêt domaniale de Montlezun dans le Bas-Armagnac.
·
Le Floc est devenu le premier apéritif
naturel gascon (vin de liqueur)
·
La belle Sandrine est le pousse-rapière
du pays (liqueur d’armagnac + écorces d’orange
+ vin pétillant du Gers)
·
Le conditionnement de l’armagnac
se fait dans des « basquaises » ou des «
pots gascons » (cf : illustrations)
·
L’âge de conservation en fût
est labellisé en trois niveaux :
1)
à partir du compte 1 : les trois étoiles,
soit jusqu’à quatre années
2)
à partir du compte 4 : Very Old (VO), Very superior
Old Pale( VSOP) et réserves
3)
à partir du compte 5 : autres appellations : Extra,
Napoléon, Vieille réserve, Extra Old (XO)
·
Quelques grands négociants :
·
Baron de Sigognac à Bordeaux
·
Armagnac Croix-de-Salles à Nogaro
·
Gelas et Fils à Vic-Fezensac
·
Marquis de Montesquiou à Eauze
·
Quelques-uns parmi des propriétaires éleveurs
célèbres :
·
Albert Darzacq, H.Dufréchou, Henry Lamor, Francis
Blondeau en Bas Armagnac
Roger Laporte, Louis Marcellin, Henri Faget, Hector Theaux
en Ténarèze
Pierre Grassa (84 ans) né dans la misère,
il est le créateur de la plus grosse exploitation
(47)
Deux grands Chefs adorateurs d’armagnac
: André Daguin de l’Hotel-de-France à
Auch et
Michel
Guérard au Pré-d’Eugénie
·
Deux écrivains œnologues :
Henri Dufor et Paul Duffart
«
A nous le Trou Gascon » (nom également d’un
restaurant du XVIIè arrondissement de Paris)
78/19
Mars
SAINT-
JOSEPH ET SES VINS CHARPENTES.
Une
fois passé Condrieux et Château-Grillet, tout
en se dirigeant vers le sud, côté droit du
Rhône, on aborde l’aire délimitée
de Saint- Joseph, une AOC reconnue depuis 1956 et qui s’allonge
sur les versants est du Haut-Vivarais.
Le
Saint- Joseph est bien la représentation de son saint
parrain : discret, tout en nuance et qui se confirme dans
la possession d’une charpente assez solide. Raymond
Huard, sculpteur, érigea la statue du saint sur les
hauteurs de Chateaubourg.

Statue
de Saint Joseph (sculpture de Raymond Huard)
La
Syrah est au Saint- Joseph ce que la Roussanne est au Saint-Peray,
petite appellation contiguë. La Syrah est assurément
le cépage unique qui s’étend sur plus
de 650 hectares.
On
se souvient de l’affaire sur la révision de
l’aire de Saint- Joseph qui s’est soldée
par un vote très serré des vignerons locaux,
le 15 février 1991, conduisant à l’exclusion
de près de 50% des surfaces classées en 1969.
( sur 308 votants, on dénombra 168 « oui »
et 140 « non » ). Cette révision prouve
en effet qu’il y eut une véritable prise de
conscience des viticulteurs au profit d’un vin de
qualité.
C’est
grâce à l’Ordre de Saint- Joseph de Rochevine,
qui a ses quartiers à Saint-Désirat que la
confrérie vineuse peut « porter loin le renom
de Saint- Joseph et du Haut-Vivarais ».
Saint-
Joseph reste cependant bien entouré et partage d’enthousiastes
destinées œnologiques avec Saint-Jean-de-Muzols,
Saint-Pierre-de-Bœuf, Saint-Vallier et bien sûr
Saint-Désirat.
Le
19 Mars , dans la religion chrétienne on célèbre
Saint Joseph, l’époux de Marie , père
nourricier de l’enfant Jésus qui vivait de
son métier de charpentier.
Il
y avait autrefois, Joseph le charpentier, il y a aujourd’hui
le Saint-Joseph charpenté ! !
79/20
Mars
DAME
LA VIGNE CHANTE LE PRINTEMPS.
Nous
sommes à l’équinoxe de printemps, le
soleil entre dans la Constellation du Taureau, symbole des
germinations. Nous sommes dans le premier des quatre éléments
de la terre originelle, sous la protection de Saint Luc
( voir 18 octobre ) le premier des quatre sarments du Cep
de Vie .
Les
travaux de la vigne étaient autrefois réservés
aux femmes. On désherbe, on lie les sarments, on
arrache les gourmands.
C’est
le mois de la féminité, celui de la vigne
qui va germer. C’est aussi l’apparition des
oiseaux qui chantent entre échalas et ceps remplis
de sève. D’abord l’alouette et la mésange
charbonnière, puis le merle siffleur annonçant
pour avril les mélodies du rossignol et du loriot
des vignes.

Cheveux
d’anges dans la vielle vigne, photo Marc Heimermann
Quelques
dictons glanés au gré du calendrier viticole
«
Taille tôt, taille tard,
Rien
ne vaut la taille de mars »
Et
«
Quand les pluies, en mars monderont la terre,
De
gaîté, vigneron, vide vingt fois ton verre
»
Et
encore
«
La vigne dit
En
mars me lie
En
mars me taille
En
mars il faut que l’on me travaille »
80/21
Mars
ÉLOGE
DU VIN, AMOUR DIVIN.
Le
verset 21 (3X7) du Coran parle des aveugles et des sourds,
qui pour recouvrer la vue ou l’ouïe, doivent
ou voir la lumière de Dieu et ou entendre la parole
divine.
Comprenons
que Dieu est la Vigne et que sa parole est la substance
qui nous enivre.
En
nous plongeant dans « LA KHAMRIYA »- traduisez
« l’éloge du Vin »- nous découvrons
un poème unique et mystique écrit par Ibn
Al Faridh. (48)
En
effet, le verset 14 (2X7) de ce poème que l’on
peut rapprocher de celui du Coran dit :
«
un aveugle-né qui le (Dieu) recevrait dans son cœur
recouvrerait aussitôt la Vue. Le bruissement de son
filtre fait entendre les sourds. »
Comprenons
de façon similaire, que le vin reste la symbolique
centrale qui transcende le temporel en immatériel.
Comment
une religion telle que l’Islam s’appuie-t-elle
en permanence sur la symbolique bachique à l’instar
de toutes les religions mystiques? Pour l’Islam vigne
et vin relèvent du divin.
Revenons
au premier verset du poème « l’éloge
du vin » :
«
Nous avons bu à la mémoire du bien-aimé
un vin qui nous a enivré avant la création
de la vigne. »
Et
Abdalghani an Nabolosi de nous expliquer selon les textes
soufis que Vin signifie ce que Dieu a infusé de désir
et d’amour. Sa création provient de l’amour.
Le
vin signifie la boisson de l’Amour Divin et cet amour
engendre l’ivresse et l’oubli de ce qui existe
au monde.
Grâce
à l’effluve de cette liqueur nous sommes parvenus
à l’oubli même de notre oubli !
Dans
les mystères antiques, vigne, raisin, vin, et coupe,
se retrouvent comme autant d’images qui mènent
au Mystère de l’au-delà.
L’interdiction
de boire le vin matériel dans la religion islamique
accentue encore la portée de cette symbolique.
La
lecture de ce poème est une évasion magique
qui montre à quel point l’univers du vin est
l’essence même de l’Univers.
Puisse
votre imagination s’évader à la lecture
des trois derniers versets :
«
Si tu t’enivres de ce vin, fut-ce la durée
d’une seule heure, le temps sera ton esclave docile
et tu auras la puissance »
«
Il n’a pas vécu ici-bas celui qui a vécu
sans ivresse, et celui-là n’a pas de raison
qui n’est pas mort de son ivresse. »
«
Qu’il pleure sur lui-même, celui qui a perdu
sa vie sans en prendre sa part. »
81/22
Mars
VINGT
DEUX GUIDES POUR DENICHER DES VINS DE RÊVES.
On
ne compte plus, ces dernières années, la quantité
de guides sur le vin qui paraissent régulièrement.
La
publication de ceux-ci émanent soit d’éditeurs
connus, soit d’œnologues éminents, soit
de groupements de sommeliers ou de dégustateurs,
soit encore d’organismes viticoles. Ils ont pour point
commun de nous faire découvrir la meilleure façon
de se procurer des vins, moyennant nombre de renseignements
plus ou moins détaillés sur les vignerons,
leurs domaines, leurs châteaux, et leurs caves.
Le
rythme de publication de ces guides emprunte celui du calendrier
de la production viticole et de la mise en bouteilles.
Nous
en avons sélectionné VINGT DEUX .pour
ce 22 mars. (Période située entre
1984 et 2000)
1
Guide de poche du vin, laffont, 1988
2 Vignerons, itinéraires de vacances, vins de France
3
Guide Hachette des vins de France, 1986
4
Guide des vins de France, gault millaut, 1984
5 Guide des caves particulières, 1986
6 Guide Dussert Gerbert des vins de France, albin michel,
1989
7 Le guide des routes du vin, cvf, 1991
8 Guide pratique du vin Hachette, Ribéreau Gayon,
1994
9 Guide des vins de France, Renvoisé G., solar, 1981
10
Le guide des vins de France médaillés,Termine
G.,taillandier,1992
11 Guide pratique des vins de France, j.tordjman, 1995
12 Vins et santé, Azria S., voyage, 1999
13Les
vins à moins de 50F, Routard 2000, hachette, 2000
14 Guide du vin, connaître, déguster et conserver,
Bettane Desauve, librio2000
15
Guide Malesan des vins de France 2001, Burtschy B., solar2000
16 Vins et vignobles de france,Guerbelle Convreur, rivages,
1997
17 Guide des vins des sommeliers, 1999, critérion,
1998
18
Petit futé ,guide des vins les 1000 meilleurs, nelle
édit univers,1999
19
Les grands vins à petits prix, Mancio Eric, livre
de poche, 1999
20
Guide Gisserot de tous les vins de France, Ségelle
Chassangisserot, gastron, 1999
21 Guide des châteaux, demeures et grandes étapes
des vignobles,1995
22
Le dico des vins abordables 2001, Bordeaux, Pousson,Xiradakis,
milan, 2000
Un
jour, sera peut être publié le Guide
des guides sur le vin, une façon originale
de désembouteiller les artères où se
pressent et se mêlent vrais sélectionneurs
professionnels et amateurs publicitaires.
82/23
Mars
SOUVENIRS
DES CAVES DE SAINT-MORAND.
Il
y a plus d’une quarantaine d’années,
notre famille habitait la petite ville de Delle située
à la frontière franco-suisse.
Lors
des repas, notre père se servait un vin de table
au nom de Cave de Saint- Morand. L’étiquette
d’un ton marron aux caractères rouges et noires
arborait la silhouette d’un moine vêtu de la
bure sombre et brandissant la dive bouteille.
D’ailleurs,
d’autres produits faisaient référence
à ces communautés religieuses et tout particulièrement
les boîtes de camembert, dont un des frères
collectionnait les précieuses étiquettes.
A
quelques dizaines de kilomètres de Delle, en direction
du nord, nous nous trouvions dans le sud de l’Alsace
et coïncidence, à proximité de la capitale
sundgovienne, Altkirch, se trouve un petit village nommé
Saint-Morand.
L’histoire
locale nous révèle que Saint Morand, prieur
du couvent d’Altkirch au XIIè siècle
se serait nourri pendant tout un carême d’une
seule grappe de raisin. Les narrateurs de l’époque
nous expliquent par ailleurs qu’il aurait réussi
à remplir un grand tonneau avec le jus d’une
seule grappe. Ainsi, ce jour là, le vin aurait coulé
dans tous les abreuvoirs pour les bêtes de la commune.
Saint
Morand demeure parmi les saints protecteurs de la vigne
celui dont la fête est célébrée
le 23 mars, période de l’équinoxe. Son
patronage n’aurait pas dépassé cette
contrée du Sundgau entre Altkirch et Thann.
Deux
lieux illustrent cette dévotion viticole, Steinbach
près de Cernay et la collégiale de Thann où
Saint- Morand apparaît sur l’un des deux contreforts,
en compagnie de Saint Urbain ( voir le 25 mai ) autre saint
patron des vignerons, le plus célèbre d’Alsace.
Cette
petite contrée, à la naissance des contreforts
du Jura suisse ne connaît plus la présence
de la culture de la vigne. Ce qui n’empêche
pas les riverains de bénéficier des vins célèbres
que sont au nord les vins d’Alsace, au sud les vins
d’Arbois, à l’est les blancs du Revermont
( Jura Suisse ), et à l’ouest les rouges de
Champlitte ( Haute Saône).
Fac
similé d’une ancienne carte du Sundgau
83/24
Mars
LE
FÛT SAINTE-CATHERINE.
Au
cœur du vignoble alsacien, dans la non moins célèbre
localité viticole de Riquewihr, on peut découvrir
chez l’un des viticulteurs les plus connus , Hugel
et fils, le plus ancien fût encore en service ; dit
le fût « Sainte-Catherine »
Fût
Sainte-Catherine Cave Hugel, Riquewihr
Ce
fût daté de 1715, mesure 2,30 mètres
de diamètre et contient jusqu’à près
de 8800 litres des meilleurs crus du secteur.
Le
24 mars ont fête Sainte Catherine de Suède,
la patronne des femmes enceintes. Nous sommes bien dans
le cycle végétatif de la naissance de la vigne,
symbole de fécondité.
Une
autre Catherine est célébrée le 25
novembre, il s’agit de Catherine d’Alexandrie.
84/25
Mars
L’ANNONCE
FAITE A NOTRE DAME DES VIGNES.
Le
printemps c’est l’annonce à Marie fêtée
le 25 mars par l’archange Gabriel fêté
le 24 mars.
Neuf
mois d’attente et de patience pour donner naissance
aux raisins les plus précieux, ceux qu’on vendange
avant la Noël pour donner les vins rares devant lesquels
seule est de mise la prosternation.
En
somme, le printemps, c’est l’annonce, le prélude
à la naissance prochaine des fruits de la vigne,
celle que l’on considère comme la mère
nourricière des amoureux du nectar divin.
C’est
pour quoi de nombreux lieux illustrent la dévotion
à la Vierge Marie dans la religion catholique en
associant Marie et le fruit de la vigne.
La
vigne est par ailleurs symboliquement liée au Christ.
C’est pourquoi tout au long des deux premiers millénaires
d’innombrables représentations de la Vierge
associée au raisin ou à la vigne décorent,
sous forme de statues, images ou sculptures, les églises,
chapelles, prieurés, calvaires, cathédrales,
couvents, reposoirs. Et ce sur toute la partie occidentale
de l’Europe.
Pierre
Mignard: « la Vierge à la grappe » illustration
Croix rouge 2003
85/26
Mars
ADIEU
BERCY. BONJOUR LE PARIS DE LA SOIF.
En
remontant la Seine du quai Saint-Paul (arrivée des
vins du Midi), puis du quai Saint-Nicolas (arrivée
des vins d’Espagne), puis du quai Saint-Bernard (arrivée
des vins de Bourgogne et des bois flottés), c’est
là que devant l’accroissement des débarquements
de tonneaux, Louis XIV ordonna en 1656 la construction des
premières halles aux vins entre l’abbaye Saint-Victor
et le pont de la Tournelle.
150
ans plus tard, soit le 26 mars 1808, par décret,
le ministre de l’intérieur , et par ailleurs
chimiste promis à la postérité à
savoir, Chaptal, autorisa la construction des entrepôts
de Bercy abandonnant à jamais le quai Saint-Bernard,
pour le quai de Bercy.
C’est
ainsi que ce vaste domaine qui abritaient les riches demeures
bourgeoises de cette fin de XVIII ème siècle
fut voué aux saccages des révolutionnaires
puis promulgué commune quartier autonome.
A
ce territoire enchanteur, propice aux grandes réceptions,
promenades galantes et soirées festives à
l’ombre des grands ifs et saules, devait succéder
le centre névralgique du trafic national des vins
et spiritueux au grand dam des anciens occupants des halles.
Napoléon
1er confirma en 1811 la nécessité de développer
un tel centre malgré les réticences du Préfet
de la Seine qui défendait le projet Chabons.
L’édification
des entrepôts, caves, tunnels et voies d’accès
durera une dizaine d’années, sur 43 hectares,
pour aboutir en 1885 au regroupement en toute sorte de futailles
de l’ensemble prestigieux des vins des provinces de
France, voire d‘Europe.
100
ans plus tard, la décision est prise de fermer les
entrepôts. Jusqu’en 1993, tout ce qui a fait
le centre œnologique de la Capitale est réduit
à néant pour faire place à des reconfigurations
immobilières modernes laissant aux jeunes générations
et plus particulièrement à celles du XIIe
arrondissement, des souvenirs mélancoliques.
Adieu,
la chaîne d’embouteillage de la Maison Gering
. Adieu, les voies ferrées enserrées dans
les rues pavées et bordées d’arbres
géants. Adieu, la Maison Fanton, l’un des plus
prestigieux négociants éleveur. Adieu, la
pause casse-croûte et ses coups de beaujolais. Adieu,
les tonneliers de la rue du Roussillon. Adieu, les videurs
de wagons foudres. Adieu, les mariages de raison entre filles
de maîtres de chais et premiers garçons. Adieu,
l’alignement des douves et barriques dans la rue du
Médoc. Adieu, les cantines où se retrouvaient
les innombrables employés des dépôts
de Bercy; les restaurants et guinguettes où se dégustait
l’entrecôte de Bercy.
Adieu,
les trafiquants et dégustateurs et tous les «
soiffards » et « chapardeurs » de bouteilles.
Adieu les habitués du bal Mabille et du Château-Rouge.
Adieu à tous ces ouvriers du vin et flâneurs
des allées, exploitants de caves et dégustateurs
oisifs, gestionnaires des livraisons et assidus des cabarets.
Adieu
les entrepôts de vin de Bercy.
Aujourd’hui,
tel un musée à demi éteint, Bercy ne
conserve que le cours Saint-Emilion et les bâtiments
Lheureux, ne laissant que peu de bonheur aux visiteurs du
dimanche de ce nouveau Bercy Village. Bercy c’est
dorénavant, le spectacle d’un mercantilisme
moderne, la promenade du dimanche des « bobos »
de Paris. Merci pour les entrepôts de vin de Bercy
. Bonjour le Paris de la soif !
Photo Marc Heimermann, 2004
86/27
Mars
LA
CUVÉE DE L’ESPOIR.
C’est
ainsi que le Figaro du 27 Mars 1995 titrait une de ses rubriques
concernant l’actualité sur le chômage.
C’est
en effet l’année où le chômage
en France est à son paroxysme. Mais alors, quel lien
avec le vin ou l’œnologie ?
L’imagination
n’a pas de limite pour diffuser son CV en vue de trouver
un emploi.
Aussi,
un groupement de vignerons du Fronton (Tarn- et- Garonne)
, eut-il, sur sollicitation d’un groupe d’étudiants
de Toulouse, l’idée d’utiliser des bouteilles
comme supports, en y apposant des contre étiquettes
mentionnant leur recherche d’emploi.
Le
fait que la table soit également un lieu d’échange
pour hommes d’affaires, où se trament nombre
de contrats et accords, le pas est vite franchi d’y
proposer des requêtes diverses comme cela pourrait
se faire sur n’importe quel autre support.
C’est
ainsi que les vignerons du Fronton, ont, en liaison avec
les agences locales , déniché un millier de
demandeurs d’emploi à travers toute la France,
à l’intention desquels lesquels ont été
imprimées un millier d’étiquettes qui
mentionnaient toutes les informations utiles.
Puis
les bouteilles ont été mises à la vente.
En
espérant que celles-ci ont été bues
par les bons destinataires moyennant l’appréciation
qualitative nécessaire.
Malheureusement
on ne connaît pas le résultat de cette opération.
Sans doute, est-il sans abus et avec modération.
87/28
Mars
REPAS
DE CARÊME.
«
C’était le plus beau repas de Carême
qu’il est possible de voir, les plus beaux poissons,
les mieux apprêtés, les meilleurs ragoûts,
le meilleur cuisinier, jamais un soupé n’a
été si joliment bon. On vous y souhaite bien
sincèrement ; mais le vin de Saint Laurent ( du Var
) renouvelle si bien votre souvenir que ce fut un chamaillis
de petits verres, qui faisait assez voir que cette liqueur
venait de chez vous ! »
Lettre
de Madame de Sévigné à sa fille
Le
28 Mars 1689
Photos
gourmandes; nature morte d’Etienne Heimermann
88/29 Mars
JONAS
ET LE SIGNE DU POISSON.
Jonas
est fêté au sortir du signe du Poisson. En
effet après trois jours passés dans les ténèbres
du ventre de la baleine, Jonas retrouve la lumière.
Les
trois signes du zodiaque que sont Capricorne, Verseau et
Poisson représentent les ténèbres au
sortir desquelles triomphera le soleil.
D’ailleurs,
lorsque notre regard se tourne vers le ciel étoilé,
nous découvrons la constellation de la Baleine dans
le signe du Poisson. Le cycle végétal de la
vigne évolue donc selon l’astre de lumière.
Les
vignerons d’autrefois l’avaient bien compris.
A preuve la façon de décorer les tonneaux.
Le
tonneau est sans doute le récipient à vin
qui a été le plus décoré au
cours de l’histoire. Que se soit sur les traverses
des douves ou sur les clés de tonneaux, et ce depuis
la période Antique. Les thèmes iconographiques
symbolisent le monde aquatique. On découvre des silènes,
des sirènes, des dauphins et autres baleines.
L’eau
rejoint paradoxalement le vin !
L’immersion
est le prélude à la régénération.
Noé, le premier vigneron a échappé
au déluge et a ainsi redonné vie à
la vigne.
L’eau
(baptismale) élément de fécondité
préside à une nouvelle naissance.
Le
vin dans le tonneau ( berceau ), se prépare à
une naissance, produit d’une transformation d’une
eau sucrée, en alcool-feu .C’est Jonas dans
le ventre de la baleine appelé à renaître
à la lumière tel le nouveau-né ou le
petit roi ( appelé aussi le dauphin ) sortant du
ventre de sa mère.
Tonneau
décoré, 1781, Musée Unterlinden Colmar
89/30
Mars
LE
VIGNOBLE EN FÊTE À SAINT-MONT.
Tous
les ans, commence le dernier vendredi du mois de mars, comme
aujourd’hui, la fête de la vigne à Saint-Mont
dans le Gers.
La
journée du vendredi est traditionnellement réservée
aux écoliers qui font le tour des caves pour s’initier
à la fabrication des vins et surtout en apprendre
le goût.
Puis
la vrais fête démarre le samedi pour se terminer
le dimanche soir .
La
fête commence avec la mise en perce du Faîte
de Saint-Mont, le vin vedette de l’appellation.
Puis
on peut assister à une reconstitution historique
avec évocation de l’époque où
les moines vignerons de Saint-Mont accueillaient les pèlerins
en voyage pour Saint-Jacques-de-Compostelle ( voir 25 juillet
) et à cette occasion leur offraient un vin comme
reconstituant.
Cette
fête renouvelle la cérémonie de la bénédiction
du vin nouveau par les « moines revisités ».
Ce vin enrichi de grâce est alors offert à
la population qui peut alors entamer son pèlerinage
jacquaire à travers les communes viticoles de l’appellation
: Plaisance, Marciac, Aignan, Sabazan, Riscle, autant de
noms qui sonnent la Gascogne et l’Armagnac.
Ce
petit vignoble Plaimont produit des vins rosés et
rouges ( Tannat ) et des vins blancs. Il est dans le prolongement
du Madiran, mais n’est encore que VDQS, depuis 1981,
en attendant de pouvoir obtenir l’AOC.
Autre
curiosité, la bouteille de Faîte de Saint-Mont
se distingue par son étiquette en bois et est destinée
à devenir un vin de garde de dix ans grâce
à l’assemblage des vins issus de Plaisance,
Aignan. et Saint-Mont
A
signaler enfin, quelques appellations données à
des vins de prestige comme:
« Les vignes retrouvées« (comme par miracle)
«
Esprit de vigne » (si tu es là)

«
Monastère de Saint Mont » (comme il se doit)
90/31
Mars
LE
VIN, NECTAR DES DIEUX, GÉNIE DES HOMMES.
Du
19/10/2004 au 03/04/2005
une exceptionnelle exposition est organisée à
Lyon. Elle est dédiée à l'histoire
de la vigne et du vin dans l'antiquité, à
ses origines et à la diffusion de la culture du vin
dans le monde antique, _ du Proche -Orient à la Gaule
en passant par la Grèce et l' Italie_ et ses différents
modes de consommation.
Nous
n’avons pas hésité un instant à
visiter cette exposition. C’était pour nous
une manière de mettre un point d’orgue à
une aventure littéraire sur les vins.
En
effet, c’est le 31 Mars 2005, (3 jours avant la fermeture
de l‘exposition), soit le dernier jour de notre long
travail rédactionnel ( trois ans ), que nous nous
sommes rendus à Lyon.
L’histoire
est faite de symboles et d’associations uniques. Achever
un voyage œnologique par l’Antiquité,
c’est comme vouloir revenir aux sources de ces nectars
divins qui ont façonné toutes les civilisations
indo-européennes.
Nous
revenions à Lyon, ville que nous avions quittée
professionnellement, , il y a 9 mois à peine, et
qui avait été notre point de départ
professionnel, il y a plus de trente ans.
Lyon
cette ville bouchonnée dans le présent mais
ouverte sur l’histoire.
Nous
n’avons pu que nous émerveiller de la réussite
de cette exposition, dont est issue la parution d’un
livre remarquable, magnifiquement illustré et patronné
par le département du Rhône. Il s’intitule
sobrement: « LE VIN, nectar des dieux et génie
des hommes. » (49)
C’est
le 1360ème ouvrage de notre bibliothèque
bachique.
Cette
exposition se devait de trouver place dans cet almanach
« des Saints et des Vins ».
On
a apprécié, On a dégusté, on
s’est rassasié d‘images, d‘objets
et de découvertes.
Le
musée des profondeurs avait des odeurs de terre cuites
et de caves et la colline de Fourvière dégageait
des senteurs de début de printemps, celles que l‘on
retrouve dans les vins jeunes et gouleyants.
Le
temps d’une halte sur les gradins de pierre du théâtre
antique, et nous pouvions appercevoir la lointaine origine
de notre existence qui contemple aujourd’hui les dieux
de la vigne et déguste les nectars du génie
humain.
CHOIX
D'UN AUTRE
MOIS
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