| MOIS
DE MAI
choisir
un jour
CHOIX
D'UN AUTRE
MOIS
121/1er
Mai
LA
PREMIÈRE DES EAUX DE VIE OU CE COGNAC DE PREMIER
ORDRE.
C’est
sur les fonds baptismaux du ministère agricole qu’au
début du siècle, le 1er
Mai 1909, les vins originaires de la Charente, une fois
distillés, pouvaient prendre pour la première
fois l’appellation Cognac.
En
ce jour anniversaire, la fameuse eau de vie allait devenir
la première eau
de vie française à obtenir une renommée
mondiale.
Cognac,
première ville
du pays vendéen à posséder les plus
grandes surfaces d’Ugni Blanc et de Folle Blanche.
Cognac
qui a vu naître le Roi François 1er, s’enorgueillit
d’être le premier producteur
français d’alcool ambré.
Grâce
à l’effigie de Napoléon 1er,
les bouteilles de Cognac se vendent dans toutes les capitales
du monde.
En
ce 1er jour de mai, on fête
aussi le printemps.
Ce
n’est pas pour cette raison que l’on a fait
de cette journée un jour férié chômé.
Les
Etats Unis sont à l’origine de cette célébration
anniversaire des premiers tués d’une manifestation
syndicale.
C’est
aussi le solstice d’été, avec
le retour du premier des astres
: le soleil, où selon les régions se fêtent
les rencontres amoureuses.
C’est
l’association du lait ( la femme ) et du vin ( l’homme
). Ainsi la femme la plus âgée de la ferme
trempait dans un bol plein de lait un morceau de sarment
de vigne et goûtait le lait : « je souhaite
du bonheur à tous les présents pour toute
l’année ». Puis elle gardait le sarment
en garantie du souhait. Si l’année donnait
du bon vin, on le gardait pour l’orner de rubans (
cf par ailleurs les rites des mâts de Cocagne ). Si
non le rameau était jeté le 1er
mai suivant.
Coïncidence:
Cocagne est presque l’anagramme de Cognac.
Revenons
vers les spiritueux, ceux qui font la célébrité
de notre richesse gustative ;
Et
pour ne citer que chaque fois les premiers
d’entre tous :
·
La première appellation
: La grande Champagne
·
Le premier label : XO ( Extra
Old soit plus de six ans de vieillissement )
·
Le premier cépage :
Ugni Blanc
·
La première partie de la distillation
: la « tête »
·
Le premier producteur de Cognac
: la Maison Hennessy
·
La première firme productrice
de Cognac : la Maison Martell (1715)
·
La première marque la
plus connue : Bisquit depuis 1819
·
La première Maison qui
soit encore la propriété entière des
descendants d’origine : La Maison Camus (depuis 1863)
·
La première coopérative
de production de Cognac : Prince Hubert de Polignac ( 3700
viticulteurs )
·
Le premier cognac excentrique
: La bouteille « Drakkar l’Invincible »
du norvégien local Larsen
·
Le premier pour ses arômes
: Le Cognac Gourmel : « Âge des fleurs »
A
propos de fleurs, la première
à faire l’objet de tant de convoitise et que
l’on offre le jour du 1er mai
: c’est bien le muguet.
«
Les premiers seront les derniers
et les derniers seront les premiers
»
telles ont été les premières
paroles à propos du dernier Jugement.
«
Premier vin pressé,
dernier vin versé »
122/2
Mai
LES
50 ANS DU LÉGENDAIRE 1945.
Nous
sommes le 2 mai 1995, un dîner mémorable avait
été organisé avec la participation
des propriétaires de quatre grands bordeaux et d’une
maison champenoise. Il s’agissait des Châteaux
Langoa-Barton, Ducru - Beaucaillou, Chevalier et Yquem d’une
part et Pol- Roger d’autre part.
C’était
à la fois fêter l’anniversaire de la
victoire, et également l’apogée d’un
millésime exceptionnel.
Les
autres invités ont vécu ce temps d’exception
comme un privilège incomparable, car même le
8 août au dîner officiel des chefs d’état
et de gouvernement fut proposé à ces derniers
le Mouton Rothschild 1945, alors que les autres convives
durent se contenter du 1976, tellement le millésime
1945 se faisait rare.
Le
menu servi dans les salles du restaurant Laurent marquera
les esprits comme l’a si bien relaté Jean Cottereau
dans « l’Amateur de Bordeaux ». (64)
MENU
Capuccino
de morilles au lard fumé
Champagne
Pol- Roger 1945
Agneau
de lait des Pyrénées
Artichauts
poivrade aux olives vertes
Château
Ducru-Beaucaillou 1945
Château
Langoa-Barton 1945
Saint-
Nectaire fermier
Affiné
par Marie-Anne Quentin
Domaine
de Chevalier 1945
Café
Mignardises
et Chocolats
Yquem
Fine
Champagne 1945
Il
est vrai que pour cette occasion, les compliments faisaient
florès. Et aujourd’hui, en 2005, combien de
caves contiennent-elles encore de tels flacons âgés
de plus de 60 ans ?
C’est
aussi l’âge de votre serviteur qui se trouve
comblé d’être apparu au lendemain de
la victoire et juste la veille des vendanges si prometteuses
de l’automne 1945.
De
telles références ne pouvaient que me marquer
et me poursuivre !
123/3
Mai
SAINT
JACQUES ET LE VIN MIRACULEUX
Francisco
de Zurbaran, peintre du XVII siècle, issu de l’école
espagnole a peint le tableau ci-dessous ( visible au musée
du Prado à Madrid ) représentant Saint Jacques
de la Marche.
«
Emblème de dévotion plus que le portrait,
l’œuvre se veut avant tout didactique, édifiante.
Seule l’expression de la foi doit se lire sur la physionomie.
Le corps du moine, comme vidé de sa substance sous
l’enveloppe de bure, entre dans un jeu exclusif de
volumes purs, de tons froids et d’ombres où
se détache, seul ton chaud, l’éclat
lumineux du vin mystique : ce sang du Christ grâce
auquel saint Jacques vient de redonner vie à un enfant.
» (65)
124/4
Mai
J.
P .KAUFMANN OU LA PASSION AMOUREUSE DU BORDEAUX.
Michel
Guillard (ami oenophile de J.P. Kaufmann ) termine ainsi
l’éditorial de la revue « l’Amateur
de Bordeaux » en l‘été 1985:
«
Si le vin est aussi cette drogue douce qui permet de traverser
les turbulences de la vie, combien de crus, petits et grands
faut-il lui envoyer ? Ne pouvant lui adresser ces bouteilles,
les Bordelais ont répondu en grand nombre à
l’appel du comité de soutien formé par
sa famille et ses amis. La rédaction de l’Amateur
de Bordeaux les en remercie et forme le vœu de pouvoir
déboucher très prochainement avec Jean Paul
les divines bouteilles que ses amis lui ont réservées.
Car
le temps des vendanges approche, celui de sa libération
aussi, nous l’attendons. Avant ces retrouvailles,
ce numéro de l’Amateur qu’il avait préparé,
mais que le sort l’a empêché de terminer,
lui est dédié. »
(66)
Cela
fait déjà 14 semaines que JPK est aux mains
de ses ravisseurs au Liban.
Et
ce n’est que le 4 mai 1988, soit trois ans plus tard,
que Guillard et ses amis ont enfin pu faire sauter les bouchons.
Mais quelle fête ! ! !
Nous
avouons personnellement exprimer une dévotion particulière
envers des sujets qui vous transportent vers la fascination,
comme c‘est le cas pour JPK.
Homme
d’écriture, son expérience journalistique
et de reporter le condamna à ses dépens à
l’exil et à la captivité lors de son
séjour au Liban.
C’est
seulement quand ses preneurs d’otages palestiniens
le libèrent enfin, qu’il va retrouver successivement,
d’abord l’éblouissement de la lumière,
puis l’amour sans faille de son épouse Joëlle
et de ses deux fils, la solidarité de ses amis, la
sagacité de la popularité, et très
certainement sa passion des vins de Bordeaux.
J.P.Kaufmann
nous le confirme en ces termes :
«
Mon premier texte fut pour l’Amateur de Bordeaux.
Il dériva tout naturellement sur le vin.
Il
relate quelques moments de ma détention et constitue
la première partie de ce récit »
Son
premier ouvrage (non commercialisé malheureusement)
s’intitule « Le Bordeaux retrouvé »
Ce
livre est précieusement rangé, dans chacune
des bibliothèques de tous ses proches amis, comme
on dépose une bouteille d’un château
millésimé rare et exceptionnel au plus secret
de sa cave.
Dans
ce livre, il relate avec une écriture qui va faire
le succès de ses futures publications ce qu’est
le « vin libre » et le « vin retrouvé
» et son retour émouvant dans son bordelais
qu’il affectionne.
Longtemps rédacteur en chef de la revue « l’Amateur
de Bordeaux », JPK a souhaité diriger une autre
revue, celle de « l’Amateur de cigares »,
puis il nous a fait voguer avec émerveillement des
Iles Kergelen (67) à l’Ile Sainte Hélène
(68) pour nous faire découvrir enfin l’intrigant
tableau d’Eugène Delacroix à la chapelle
des Saints Anges de Saint- Sulpice à Paris (69).
Mais cet hommage d’aujourd’hui est destiné
à l’homme de vin, à celui qui avec la
modestie qui est la sienne, a su avec l’écriture
la plus sobre nous faire goûter sans modération
les pages de ses deux ouvrages consacrés aux vins
de Bordeaux (70) et aux vins de Champagne (71).
Parce
qu’il a connu la pénombre des caves de l’emprisonnement,
puis le retour vers l’éblouissement de l’expression
des sens, ce parcours involontaire et exceptionnel qu’est
celui de J.P.Kaufmann ne pouvait que flatter avec finesse
notre quête bachique et assouvir de façon plus
profonde notre soif de découvertes originelles et
originales.
125
/ 5Mai
LA
VALSE DES ETIQUETTES CHIC OU LE NECESSAIRE CHOC DES ETIQUETTES
125/5
Mai
Il
est vrai que vouloir aborder l’habillage des bouteilles
de vin, c’est un peu devenir expert en communication.
S’agit-il d’une démarche objective d’information
du futur consommateur, ou plus subtilement une façon
de faire du marketing sur un espace grand comme une demi
carte postale ?
Il
existe assurément un nombre impressionnant d’étiquettes
aussi riches que variées, aussi belles qu’anodines,
aussi explicites qu’excentriques, aussi techniques
qu’artistiques.
Nombre
de musées et de collectionneurs s’enorgueillissent
de posséder ces petits billets dont la valeur peut
devenir un placement aussi précieux que le liquide
qu’il représente, mais dont la caractéristique
est de ne pas s’évaporer, voire se détériorer.
En
somme, le premier contact avec le vin c’est elle.
Elle doit séduire et surtout nous informer sur le
contenu.
Au
fil des années et selon l’aire géographique,
les styles varient, c’est la valse des étiquettes
chics. Pour ne nous limiter qu’ à la France
:
Les
étiquettes du Bordelais représentent le côté
bourgeois des châteaux ou grandes demeures, cossus
, bien traditionnels (a). Peu de couleur, un peu de dorure
sans plus. Aujourd’hui, les bordelaises arborent un
style plus voyant jusqu’à proposer la gamme
originale des étiquettes du Mouton Rothschild, illustrées
chaque année par un nouvel artiste (b).
Côté
Bourgogne, on garde encore ce style moyenâgeux, aux
caractères gothiques sur fond de parchemin (c). C’est
la rencontre des références religieuses.
Son voisin le Beaujolais adopte plutôt avec des évocations
plus contemporaines où les références
émanent plutôt d’une déclinaison
florale (d). C’est aussi sur ces étiquettes
que s’exprime particulièrement le patriotisme
français comme vecteur publicitaire à destination
des contrées lointaines (e).
Quant
à l’Alsace, c’est la découverte
de son histoire depuis l’usage des caractères
gothiques rappelant le rattachement germanique (f), puis
la période romantique aux décors de feuilles
de vigne, ou de grappes (g), puis la période de contestation
humoristique des dessinateurs de l’entre-deux-guerres
( Hansi (h), Spindler et Noack ), jusqu’au souci actuel
d’évacuer l’Alsacienne en costume traditionnel
qui n’identifie ni un terroir, ni un cépage
(i).
Ailleurs,
c’est l’illustration des scènes de vendange
( j ) , paysage, blasons (k ) et autres références
viticoles.
L’abondance
de ces petits carrés de papier a donné naissance
à Bruxelles le 5 mai 1990 à la fédération
internationale d’oenographilie. ainsi qu’ à
l’association du musée international de l’étiquette
au Château d’Aigle en Suisse ( * ). En France,
l’ANO ( association nationale d’oenographie)
existe depuis 1986 et a actuellement son siège en
Alsace (**)
La
loi reste très sévère et oblige les
viticulteurs à apposer leur étiquettes moyennant
des mentions obligatoires, c’est le nécessaire
choc des étiquettes, on y découvre : Le volume,
le nom ou la raison sociale de l’embouteilleur, le
millésime, le nom de l’appellation d’origine,
le degré d’alcool, le cépage, enfin
le nom du producteur ou de l’exploitation. Passez
au lendemain 7 Mai et vous saurez ce que l’on entend
par AOC !
En
annexe figurent les illustrations des étiquettes
citées de (a ) à (k ) à joindre ultérieurement
(*)Maison
de la Dîme, Château d’AIGLE case postale
453 1860 AIGLE Suisse
(**)
ANO 2 route de Molsheim 67117 Furdenheim www.ano.fr.st
126/6
Mai
LE
VIN ET LE DROIT OU LE PRINCIPE DE PRUDENCE.
Le
début du XX siècle pose les principes fondamentaux
de la législation sur le vin.
Ainsi
le droit du vin précède-t-il de près
de cinquante ans le droit du travail ! (72)
Si
durant les siècles précédents et au
rythme des régimes et des royautés se constituait
une réglementation sur le vin, l’objectif recherché
concernait déjà la qualité du produit
( contrôle de la falsification des moûts, (voir
1er août ) et la commercialisation ( contrôle
fiscal, voir 29 mars ).
Aujourd’hui
l’ensemble que constituent les lois, décrets
et circulaires, voire jurisprudence, repose sur deux lois
fondamentales, celle du 1er août 1905 relative à
la tromperie en matière de production des vins, mais
surtout celle du 6 mai 1919 sur le droit à l’appellation
(dite appellation simple), complétée par le
décret loi du 30 juillet 1935 sur le droit à
appellation pour des vins de qualité supérieure
(dite appellation contrôlée).
En
réalité la loi du 6 mai comporte deux volets
: un dans son application générale caractérisée
par l’imprescriptibilité du droit à
l’appellation ( le camembert ou la moutarde de Dijon
), son universalité et ses conditions restrictives,
et un second qui porte plus spécifiquement sur la
protection spéciale des appellations d’origine
viticoles dites « simples ».Ce deuxième
volet ayant été complété par
la loi du 22 juillet 1927 dite loi Capus qui en limitait
la production intensive au détriment de la qualité.
Certaines
conditions cumulatives devaient être remplies :
-
Une origine bien établie par des usages certains
(locaux, loyaux, constants )
- Une
aire de production précise devant donner des vins
de qualité
-
Et des cépages appropriés
C’est
après avoir constaté que les abus persistaient,
que M. Capus (alors ministre de l’agriculture) oeuvra
pour l’élaboration de la loi de 1935 sur le
régime des appellations d’origine contrôlées.
Dorénavant
et encore aujourd’hui une AOC de vin n’est possible
qu’après obtention d’une autorisation
par décret, laquelle doit préciser :
* L’aire géographique : régional, communal…
·
Le ou les cépages moyennant indication des proportions
·
Le rendement limite à l’hectare
·
Le degré minimal d’alcool
·
Les procédés de culture et de vinification
Moyennant
toutes ces conditions, elles-mêmes reprises en grande
partie sur l’étiquette ( voir 5 mai ) , nous
sommes assurés de pouvoir consommer un vin de qualité.
C’est le principe de Prudence
Maintenant,
si nous voulons être assurés qu’il est
bon, très bon, excellent, dans ce cas, on ne fait
plus appel au juriste ou au contrôleur qualité,
mais à l’œnologue qui apportera sa compétence
gustative.
Le
monde fascinant du vin impose, comme à l’égard
de beaucoup d’objets de création, un encadrement
législatif hors du commun et à la mesure de
son expansion. Si les exigences de consommation sont aussi
importantes aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner
que la contrepartie est de se prémunir avec le maximum
de sûreté et donc de références
réglementaire.
Donc
prudence pour les producteurs de bon vin, pas de faute,
car en ce 6 mai Sainte Prudence veille.
La
renommée du vin est à ce prix.
127/7
Mai
LA
VIGNE ET LA FEMME, UN PARCOURS ENIVRANT.
Suzanne
Blanquis a intitulé un remarquable ouvrage : «
De l’Homme au vin », nous souhaiterions proposer
un autre titre, celui : « De la vigne à la
femme », et ce, en l’honneur de nos épouses
et plus particulièrement aux Gisèle ( dont
on célèbre la fête le 7 mai ) dont celle
qui partage notre vie commune.
D’ailleurs,
c’est bien Isabelle Blanquis qui nous révèle
dans son ouvrage (73) la place prépondérante
que prend la femme dans le processus de la fabrication du
vin à partir de la culture de la vigne. Le cycle
de la vigne est ponctué par le cycle des travaux
humains, où la femme détient un rôle
sans lequel l’homme n’aboutirait pas à
l’élaboration des vins.
Souvenirs
bucoliques et bachiques, se sont égrenés durant
plus de trente cinq années de vie commune. Celle-ci
prit sa source sur les chemins des environs de Pupillin
pour atteindre ensuite dans la dégustation permanente
une retraite aux saveurs alsaciennes.
Des
côtes du Nord aux chaleureux souvenirs, en passant
par la Capitale aux curiosités jamais comblées,
jusqu’à Lyon passage obligé, la quête
vigneronne s’éloignait, mais l’amour
des lettres, de la vigne et du vin occupaient souvent nos
activités de détentes.
N’acceptant
pas de rester en carafe, dans un lieu peu enclin à
l’empathie, et après avoir pris sérieusement
de la bouteille, la solution se situait dans le retour aux
contrées d’origine, là où les
pentes douces des parcelles de vignes séparent la
ligne bleue des Vosges, des espaces verdoyants de la plaine
du Rhin.
Une
longue histoire entre vigne et vin, sous la forme de la
contemplation et de l’adoration.
Trinquons
à notre Santé.
NB
: à signaler dans la commune de Cogolin dans le Var,
le Domaine de la Gisèle !
128/8
Mai
LE
V (IN) DE LA VICTOIRE.
La
décision fut prise de célébrer la victoire
de la deuxième guerre mondiale, sous la présidence
de François Mitterrand.
Il
est vrai qu’à la libération de chacune
des villes françaises par les troupes alliées,
le vin coulait à flot. Comme par miracle réapparaissaient
les dives bouteilles qui avaient échappé à
la réquisition, au marché noir ou aux bombardements.
Durant
la guerre, alors que les hommes remplissaient leur devoir
militaire, les femmes des contrées viticoles avec
l’appui des anciens, continuaient à exploiter
les vignes et à vendanger les raisins qui allaient
produire le millésime de la victoire.
C’est
ainsi que les hôtes du Président Mitterrand
purent apprécier lors du banquet du 8 mai 1995, le
vin de Mouton-Rothschild 1945 servi en magnum, en l’honneur
de la célébration du 50 ème anniversaire
de la victoire.
Christie’s
wine department
«
l’étiquette du vin d’Alsace » Roland
Moser
Sur
l’étiquette devait apparaître initialement
un dessin conçu par Jean Oberlé. C’est
le V de la victoire qui finalement prit place. L’étiquette
laissait ainsi apparaître sur le bandeau supérieur
inscrit dans le V, 1945 année de la victoire, entouré
de feuilles et de vrilles de vigne noir et or sur fond blanc.
Château
Mouton-Rothschild le mariage américano- français
à la gloire de tous les vins de France.
Le
vin compagnon de lutte, mais aussi symbole de joie et de
santé , paré aux couleurs de la France :
Vins
blancs, Vins rouges , vins pour les Bleus, vous êtes
le sang du Peuple.
Léonetto Cappiello1933 Galland 1937 // Phototèque
Perrin 1995 Editions Clouet 1996
1945,
Année libératrice, Début de la quête
du vin, malgré quelques batailles , mais beaucoup
de conquêtes victorieuses sur la qualité, la
diversité et la richesse des vins qui font l’honneur
des vignerons locaux engagés dans la lutte permanente
du bien faire et du bon boire.
8
mai 1987, Père nous quittait brutalement et définitivement,
il avait 72 ans. Il adorait son pays l’Alsace.
129/9Mai
LES
MEILLEURS LYONNAIS NAISSENT DANS LES COTEAUX.
Ce
titre révélateur illustre la plaquette publicitaire
des vins des Coteaux du Lyonnais.
On
s’éloigne du centre historique de la capitale
des Gaules qui vit s’implanter alentour et dès
l’époque romaine les nombreux vignobles qui
bordent Rhône et Saône.
Michel
Bouvier , ingénieur honoraire, demeurant au cœur
des vestiges romains, sur les hauteurs de Lyon consacre
entièrement son temps à sa passion des vins
antiques.
On
découvrira dans le musée gallo-romain de Fourvière
une riche collection d’objets anciens se rapportant
à la culture de la vigne et la conservation des vins
( sculptures, stèles, amphores…)
Ce
retour vers Martial, Pline l’Ancien ou Columelle nous
fait remonter le temps vers les vins disparus.
(Voir
aussi 31 mars)
Mais
le vrai bonheur se cache entre vergers et jardins, sur les
coteaux des Monts d’Or . 300 hectares produisent près
de 20 000 hecto de vins Gamay pour les rouges et de Chardonnay
pour les blancs. Lugdunum est à une vingtaine de
kilomètres. Aujourd’hui sa renommée
réside plus dans la gastronomie, et donc permet à
la cité soyeuse de garder le soupçon de convivialité
qui n’existe que dans la profondeur des confidentielles
tables gastronomiques ainsi qu’au cœur des bouchons
surexploités.
C’est
le 9 mai 1984 que les autorités administratives confèrent
au lyonnais la distinction d’AOC.
Les
itinéraires parmi les villages dorés confirment
un caractère de charme qui surpasse les contrées
voisines du Beaujolais.
Au
nord de Lyon, on retiendra plus particulièrement
les communes viticoles de Chasselay, Savigny, Lentilly,
Bessenay , plus au sud nous arrêterons à Vaugneray,
Saint-Laurent-d’Agny, Charly et Millery.
Tous
ces noms dont la terminaison en Y nous rappelle que tout
se termine toujours autour d’un verre en forme de
Y ( verre à pied) .
Les Coteaux du Lyonnais, Photo Etienne Heimermann
130/10
Mai
LES
VINS DORMENT SOUS LE ROCHER.
Le
10 Mai 1774 mourait le roi Louis XV. Cet anniversaire nous
offre l’occasion de célébrer un autre
Louis XV qui a élu domicile à Monaco.
Voisin
du Casino, le fabuleux hôtel monégasque se
dresse sur l’esplanade de Monte Carlo , lieu de rencontre
de toute la « jet set » mondiale.
L’Hôtel
de Paris célèbre pour son restaurant le Louis
XV dirigé par le nom moins renommé Alain Ducasse,
recèle dans ses entrailles une importante et impressionnante
réserve de vins.
Dans
les innombrables recoins, souterrains, caveaux de ce grand
restaurant, se nichent des milliers et des milliers de crûs
prestigieux, représentant tout ce que les vignobles
de par le monde et depuis plus de cent ans ont pu engendrer.
Cette collection unique, représente un capital financier
que nombres de sociétés internationales jalousent.
La
carte des vins du Louis XV est une réelle aventure
livresque de laquelle on peut s’échapper grâce
au concours des plus prestigieux sommeliers que compte cette
adresse princière.
Si
Monaco ne possède pas de vigne, la principauté
par contre possède la plus grande variété
mondiale de vins célèbres destinés
aux plus grandes célébrités de passage.
Le
Louis XV à Monaco photo Marc Heimermann
131/11
Mai
LES
BARONS DU MÉDOC OU LA SAGA DES ROTHSCHILD.
L’aïeul
Nathaniel acquérait le domaine Mouton et pour la
première fois la récolte s’appelait
Rothschild.
«
Je dédie cette récolte à mon arrière
grand père le Baron Nathaniel qui acheta le domaine
de Brane Mouton le 11 Mai 1853, à mon grand père
le Baron James, et mon père le Baron Henri. »
La
longue dynastie américaine des Rothschild trône
depuis deux siècles sur la presqu’île
médocaine acquérant au gré des fortunes
amassées les propriétés viticoles que
se partagent aujourd’hui les trois plus célèbres
Rothschild sur les trois plus célèbres châteaux
:
Eric
sur Château Lafite, Edmond sur Château Clarke,
Philippine sur Château Mouton
Plusieurs
jours du présent calendrier ne suffiraient pas à
relater tout ce qui caractérise ces cousins châtelains
dédiés au Seigneur VIN.
Des
trois châteaux, sans nul doute, c’est Mouton
qui tire le plus la couverture ( laine ) journalistique
sur lui.
Dès
1922, Philippe de Rothschild donne le ton de la renaissance
du vignoble . Epris de littérature et plus particulièrement
de poésie, Philippe se retire à Paris pour
y publier un dernier recueil de poèmes « au
gré de l’inconnu ». Ce fut le plus connu
d’entre les Rothschild. Les étiquettes illustrées
par les plus grands peintres et artistes de ce monde ont
fait de Mouton le vin le plus soumis à la critique
car le plus audacieux .
Souvenons
nous de l’étiquette 1993 peinte par Balthus,
qui a été jugée pornographique par
les Etats Unis.
Ou
le déclassement de Mouton en 1998 par les deux critiques
œnologiques les plus respectés du bordelais
: Michel Bettane et Thierry Desseauve.
Philippine,
aujourd’hui règne en baronne sur Château
Mouton après être passée de dessus les
planches parisiennes aux cuves médocaines. Comment
surmonter ses origines catholiques françaises au
sein d’une descendance anglaise qui incarne la banque
juive ? C’est parce qu’elle consacre une dévotion
sans limite au fruit béni de la vigne, comme le démontre
par ailleurs son cousin Edmond.
Celui
ci a publié un ouvrage sublime « Le culte du
vin ». On y trouve entre autres un nombre impressionnant
d’objets cultes se rapportant au monde du vin, dans
une présentation des plus attractives à l’œil.
(74)
La
grande famille Rothschild c’est la distinction par
le beau et le goût par le bon.
Eric
le démontre dans la réalisation de son nouveau
chai dessiné par le célèbre architecte
catalan , Ricardo Bofill, un véritable monument entre
théâtre et cathédrale où reposent
pieusement plus de deux milles barriques.
132/12Mai
LA
PREMIERE HALLE AUX VINS DE PARIS.
Louis
XIV avait ordonné en 1656 la construction d’une
Halle aux Vins aux fins de juguler le commerce anarchique
des boissons alcoolisées au cœur de la Capitale.
Ce
n’était pas sans compter les oppositions dont
celle de l’Hôpital Saint- Victor ( aujourd’hui
la Salpêtrière) qui voyait dans le projet de
construction une occasion de subvenir à ses besoins
moyennant un droit sur les vins. (75)
Il
fallut donc une ordonnance du bureau de la Ville de Paris
en date du 12 mai 1664 pour décider enfin de la construction
de « la Halle au Vin » au droit du quai Saint
-Bernard à deux pas du pont de la Tournelle, là
où déjà l’on débarquait
les vins petits et grands en provenance de Bourgogne.
Le
quartier Saint-Victor, où dominaient les édifices
de l’abbaye du même nom , allaient connaître
les premières grandes transformations urbaines. Les
nombreux vergers et arpents de vignes cédaient la
place aux immeubles des « Chantiers de Bois Flotté
». Le Plan ci- dessous réalisé par Félibien
nous montre où se situait, pour un temps, le nouveau
centre du négoce du vin, qui petit à petit
prit de l’extension à mesure qu’augmentait
la consommation de vin.
Le quartier Saint-Victor ( Halles aux Vins en 1734) Plan
Félibien (1)
100
ans plus tard, le quai Saint- Bernard arrivait à
saturation, et il fallu faire passer les entrepôts
plus en amont de la Seine, là où les terrains
permettaient des extensions à la mesure de la nouvelle
dimension de la grande ville.
C’est
la nouvelle vie des entrepôts de Bercy ( voir 26 Mars
)
Reste
pour nous une énigme. Lors de la construction des
deux pavillons, fut également érigée
une petite chapelle dédiée à Saint
Ambroise. Pourquoi ce saint protecteur, sans lien avec ce
nouveau cadre de vie ?
Saint
Ambroise est vénéré par les apiculteurs.
Est-ce un rapprochement hasardeux entre la ruche des abeilles
et la ruche des négociants en vins ?
Ou
bien l’essaim produisant dans ses alvéoles
le nectar ambré, comme le négoce en vin propose-t’il
dans ses caves le dieu de pourpre et d’or ?
133/13
Mai
DE
VIENNE EN AVIGNON, LES VINS DU RHÔNE.
Pourquoi
le 13 Mai 1956, une bande d’amis aviateurs se réunirent-ils
pour fonder la confrérie de Bacchus et d’Icare
s’appuyant sur la symbolique antique d’Icare
invitant Bacchus à se reposer ?
Le
vin donne-t-il des ailes ? En tous les cas, il s’agit
en l’occurrence d’associer l’aviation
civile et militaire et toute l’aéronautique
aux célèbres crus.
Il
faut donc quitter Lyon et nous envoler vers le sud.
La
confrérie voisine des « Chevaliers de la Syrah
et de la Roussette » nous révèle que
ces deux cépages le rouge et le blanc donnent les
vins aussi élégants que subtils.
Ce
ne sont pas les seuls, on n’en compte pas moins de
23 dont 13 majeurs :
Grenache,
Clairette, Syrah, Mourvèdre, Picpoul, Terret noir,
Picardan, Cinsault, Roussette, Marsanne, Bourboulenc, Viognier
et Carignan.
Aujourd’hui
de renommée mondiale, les vins du Rhône expriment
le grave comme le doux, le plaisant comme le sérieux.
Ils s’expriment en rouge, en noir, en bleu, en rose,
en blanc, en jaune. Toute la palette des couleurs provençales.
Ce
13 mai 2005 est un bonheur et une chance de célébrer
les 13 appellations que comptent les rives méridionales
et septentrionales du long fleuve tranquille qui écoulent
ses eaux glaciaires de la Vienne romaine à la cité
papale d’Avignon.
En
effet, 13 appellations se partagent plus de 50 000 hectares,
sur plus de 300 communes réparties sur six départements.
La production représente plus de 3 millions d’hectolitres
On
compte quatre niveaux hiérarchiques :
·
L’AOC « Côtes du Rhône » (
163 communes )
·
L’AOC « Côtes du Rhône Villages
» ( 48 communes)
·
L’AOC « Côtes du Rhône Villages
+ nom de la commune » ( 17 sur 27 communes)
·
Les AOC avec appellations locales ( 58 communes )
On
retiendra donc 13 Appellations pour les vins rhodaniens
:
1.
Côtes du Rhône Villages
2.
Côte Rotie
3.
Condrieu
4.
Château Grillet
5.
Saint Joseph
6.
Crozes Hermitage
7.
Hermitage
8.
Cornas
9.
Saint Peray
10.
Châteauneuf- du- Pape
11.
Gigondas
12.
Tavel
13.
Lirac
Coule
le Rhône, coule le vin, coule les Côtes du Rhône.
Autant
de lieux, autant de dévotion ! Bénis soient
les 26 (2 X 13) saintes communes viticoles :
En
Ardèche : Saint-Désirat, Saint-Etienne,
Saint-Jean, Saint-Julien, Saint-Just, Saint-Marcel, Saint
-Martin, Saint-Peray,
En
Drôme : Saint-Maurice, Saint-Pantaléon,
Saint-Uze,
Le
Gard : Saint-Alexandre, Saint-Geniès, Saint-Gervais,
Saint-Hilaire, Saint-Laurent, Saint-Nazaire, Saint-Paul,
Saint-Victor,
La
Loire : Saint-Michel et Saint-Pierre,
Le
Rhône : Saint-Cyr,
Le
Vaucluse : Sainte-Cécile, Saint- Marcellin,
Saint-Romain, Saint-Saturnin,
134/14
Mai
LE
VIN MÉDECIN, OU BUVONS A NOTRE SANTÉ.
Ce
sont deux illustres personnages francs-comtois qui sont
à l’origine au XIX siècle de l’éloge
du vin salvateur pour l’homme. L’union sacrée
de l’écrivain Victor Hugo (Besançon)
qui affirma :
«
C’est Dieu qui créa l’eau, mais l’homme
fit le vin »
et
du scientifique Louis Pasteur (Dôle)qui décréta
:
«
Le vin est la plus hygiénique des boissons ».
Ce
principe sur les vertus du vin n’a fait que se développer
au fil des ans, au rythme de colloques, conférences,
études et écrits grâce à l’expertise
de la confrérie médico-vinicole.
Une
illustration tangible reste dans les mémoires des
spécialistes de « Vin et Santé »
au cours du colloque du 14 mai 1993, à Aix en Provence,
où les professeurs Renaud de Lyon et Bouzeix de Narbonne
exposaient leur découvertes aux assoiffés
de remèdes. (76)
L’influence
scientifique de tous ces spécialistes a créé
le fameux concept du « French Paradox ».
C’est
le Docteur J.M.Eylaud, Secrétaire Général
des « Médecins Amis des vins de France »
qui inaugura la longue série des déclarations
en faveur du vin. Il concluait ainsi sa conférence
du 23 septembre 1949 : « Si le vin ne parvient pas,
un jour, à vous guérir par l’art d’Esculape,
j’espère que, par l’art d’Apollon,
il vous soulagera quelque fois et que, par celui si jeune
et si gai de Bacchus, il vous consolera sans échec.
» et de terminer sur cette boutade de cabaret : «
l’un dit : et que ferais-tu si ton médecin
t’interdisait le vin ? » L’autre répond
serein : « Ce que je ferais ? J’irais en voir
un autre. »
Un
autre médecin renommé, le Dr Maury (au nom
prédestiné, si l’on se réfère
au vin doux Maury ), grâce à son livre : «
Soignez vous par le vin »,(77) nous fournit nombre
d’associations des crus français avec l’action
physiologique du vin moyennant les indications diététiques
et médicamenteuses correspondantes.
Vingt
ans plus tard l’ouvrage du Dr Martine Baspeyras, intitulé
« Le vin médecin » nous démontre
scientifiquement comment le Bordeaux rouge possède
des propriétés bénéfiques indéniables
pour notre organisme grâce à l’analyse
physico- chimique des substances intrinsèques de
la noble boisson , comme l’alcool, les tanins et colorants.(78)
On
n’imagine pas, combien le vin possède de vertus
aptes à la faire considérer comme excellent
pour notre santé, ce que nous confirment les découvertes
scientifiques de Corinne Pézard. (79)
Il
est facteur de longévité, facilitateur digestif,
anti- diabétique, capable de donner fraîcheur
au teint, protecteur des maladies cardiovasculaires, anticancéreux,
etc…..
Le
vin est ami de l’homme, et demeure pour le moins,
comme le confirme, le Professeur Christian Cabrol, le meilleur
anti-stress.
Grâce
aux études des polyphénols, des flavonoïdes,
des dioxydes de soufre, picéide et autre resvératrol,
nous sommes aujourd’hui assuré que les nombreuses
recherches en cours confirment que moyennant des vins adéquats,
des consommateurs avertis et les précautions alimentaires
requises, Vin et Santé se rejoignent comme dans la
pièce écrite par Jean le Houx au XVIe siècle
intitulée :
«
Le vin guérit de tous les maux »
Cette
petite fable réunit en effet, en présence
un médecin ami du vin et un vieillard ami de la vie.
De
l’origine de l’humanité à nos
jours, le vin produit de l’homme poursuivra sa renommée
pour l’éternité.
Les
commandements des Médecins, amis du vin
Tout
d’abord tu distingueras
Le
vin et l’alcool sagement
Pour
boire en mangeant tu prendras
Du
bon vin raisonnablement
Pour
tes malades tu verras
Selon
le cas et le moment
Ne
prescriras, n’interdiras
Sans
bien réfléchir doctement
Par
l’exemple tu prêcheras
Comme
Rabelais dignement
Tous
les fraudeurs dénonceras
Toujours
très courageusement
Tes
confrères convertiras
Si tu peux scientifiquement
Au
raisin, son jus penseras
Comme aliment médicament
Mais seulement quand ne pourras
Donner de vin uniquement
L’eau toujours utiliseras
En injection et lavement
Ou,
verdunisée, la mettras
Dans
un verre séparément
Confrère,
ainsi tu vieilliras
Aimé
de tous, utilement
Et
dans ta cave laisseras
Bons
crus pour ton Enterrement
135/15
Mai
L’ORDRE
DES CHEVALIERS DU PAISSIAU
Au
cœur de la France, un petit vignoble fournit grâce
à ses Pinots et Sauvignons, des rouges et blancs
sans grande prétention.
A
l’instar du célèbre vignoble voisin,
le Sancerrois, les vignerons berrichons cultivent à
la fois la modestie et la qualité de vins regroupe
au sein de l’Union viticole de Ménétou
- Salon qui compte dix communes.
C’est
le 15 mai 1966 que fut créée la fameuse confrérie
de l’ordre des Chevaliers du Paissiau, ( nom berrichon
donné à l’échalas ).
Plantation
des « paisseaux » (80)
C
‘est ainsi que munis du paissiau et du tastevin, les
impétrants peuvent endosser la cape rouge et le chapeau
noir traditionnel et clamer haut et fort, en chantant tous
en cœur, ces quelques vers :
«
Que les vertus de ce vin de très ancien lignage
Clair
comme le jour d’été
Franc
comme l’or dont il a le contenu
Gai
comme un chant d’oiseau
Vous
fassent le cœur et l’esprit à son image.
»
La
tradition de Jacques Cœur est sauve !
Ainsi
sont honorés (voir demain le 16 mai, Saint Honoré)
les vins de Ménétou – Salon.
136/16
Mai
HONORES
SOIENT LES VINS OU LES VINS D'HONORE
Patron
des boulangers, si étroitement lié au pain,
à la farine, et aux pâtisseries, Saint Honoré
nous conduit à l’évidente affirmation
selon laquelle sans pain, point de vin, ou là où
il y a du pain, il doit y avoir du vin.
Nous
sommes à la fin de l’hiver, et le dicton d‘affirmer:
« à la Saint Honoré, s’il fait
gelée, le vin diminue de moitié » .
Honneur
aussi à Honoré Daumier
Honoré
Daumier lithographie extraite de Daumier et le vin (81)
Et,
en guise de gourmandise, acceptez ce Saint-Honoré,
accompagné d’un blanc en provenance de la cave
du Domaine de Saint-Honoré, située dans les
côtes de Provence.
J.etM.
Portal
83250
La Londe
137/17
Mai (c'est le jour de l'Ascencion: voir 24
Mai)
DOUBLE
SANCTIFICATION POUR LES VINS DU SOLEIL.
Saint
Pascal et Saint Tropez
A
l’origine, Pascal est un simple berger, gardien de
moutons et d’agneaux (pascal). Sa dévotion
à Dieu est telle qu’il rejoint la congrégation
des franciscains, pour se consacrer totalement à
la prière. Il mourut le 17 mai 1592.
Sa
sainte protection est invoquée pour les maux de gorges.
D’aucuns par contre font plutôt appel directement
à certains vins pour soulager une gorge asséchée.
Le
philosophe Pascal avait son avis sur la quantité
à boire lorsqu’il affirmait :
«
Trop peu de vin, ne lui en donnez pas, il ne peut trouver
la vérité,
donnez
lui en trop, de même »
Pascal
c’est aussi le nom d’un cépage, appelé
aussi cépage de cuve blanc de Provence que l’on
trouvait dans la contrée d’Aix-en-Provence.
Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un petit
hectare de Pascal blanc sur le territoire de Cassis, là
où les vignes se déroulent nonchalamment vers
la mer.
Quel
autre itinéraire que celui de Saint Tropez, fêté
également le 17 mai ? Nous sommes au début
du millénaire sous le règne de Néron,
Tropez se convertit au christianisme et fréquente
entre autres Saint Paul. Décapité, il devint
le saint patron de beaucoup d’églises du pourtour
méditerranéen.
Saint
Tropez c’est aussi le nom de ce village devenu le
plus célèbre de la côte. L’église
qui domine la cité balnéaire lui est dédiée.
Saint
Tropez c’est enfin le nom d’un vignoble qui
couvre le pourtour du golfe. Des terres de Ramatuelle, jusqu’à
la Croix Valmer, en passant par Cogolin. Ce sont d’innombrables
parcelles de vignes qui sous le soleil de la méditerranée
viennent s’échoir jusque vers l’étendue
bleue de la mer.
Saint
Pascal et Saint Tropez deux destinées, mais deux
noms qui sanctifient la vigne et le vin de Provence.
138/18
Mai
UN
VIN GOURMAND POUR FINS GOURMETS.
Après
avoir laissé les Coteaux du Lyonnais au sud, le Beaujolais
à l’est et le Saint-Pourçain à
l’ouest, on découvre les côtes Roannaises
plus connues pour leur gastronomie que pour leur vignoble.
Pourtant
sur la carte des Frères Troisgros, les AOC locaux
ont la place qu’ils méritent car ils se caractérisent
au dire du célèbre sommelier de la fine table
locale, comme des « vins friands et gourmands ».
Michel
Troisgros, photo d’Etienne Heimermann
D’abord
classés en VDQS le 18 mai 1955, les vins de Roanne
issus du seul cépage Gamay noir à jus blanc,
trouvent leur ennoblissement en AOC près de quarante
ans plus tard.
Cette
longue ascension, est toute méritée. Et les
8000 hl de production annuelle peuvent être facilement
comparés en qualité à la production
beaujolaise.
Le
vin reste clair, aux arômes de fruits rouges très
frais.
Fidèle
compagnon de la cuisine, une Côte Roannaise devient
subtile dans ce plat célèbre :
«
un filet de sandre à la Côte Roannaise et à
la moelle fumée » de Michel Troisgros.
Ce
petit détour dans le Centre de la France nous aura
permis d’évoquer un vignoble qui assurément
fait partie des richesses viticoles françaises, mais
n’a pas encore l’envergure d’autres vignobles
plus célèbres dont l’audace est d’envahir
les rayons des grandes surfaces du territoire national.
Pensez
à vous rendre directement chez le producteur. Il
y en a de forts recommandables et dont le prix de la bouteille
défie toutes les lois du marché.( à
moins de 10 € en 2001)
Pour
ne citer que Le Château de Champagny à Saint-
Haon- le- Vieux
Ou
celui de Montplaisir à Ambierle, ou encore le domaine
des Pothiers à Villemontais.
139/19
Mai
DAME
ROUSSILLON ET SES TROIS FILS, DOUX COMME DES VINS.
Il
était une fois, très très loin dans
le sud de la France, une terre nourricière du nom
de Roussillon. Elle eut trois fils, fort connus car ils
étaient les origines ancestrales des familles Grenache,
Macabeu, Malvoisie et Muscat.
Par
souci de concision, on les dénommait VDN ( vins doux
naturels ).
Le
grand frère Rivesaltes, grand par sa taille, connut
son heure de gloire lorsque l’Administration accepta
le 19 mai 1972, que soit fusionnée l’appellation
Muscat de Rivesaltes avec son nom d’origine.
Ainsi
était confirmé le droit d’aînesse
sur ses deux frères Maury et Banyuls.
La
naissance officielle des VDN remonte à plusieurs
années, car les registres locaux stipulent dès
1898 la façon dont devait s’élaborer
leur production et surtout leur fabrication.
La
vendange une fois éraflée, est mise en fermentation.
Dès le point de mutage atteint, l’adjonction
d’alcool se fait généralement sur le
chapeau de marc et directement dans la cuve.
C’est
ainsi que l’on dénomme le procédé
: macération sous alcool.
La
macération se produit durant une quinzaine de jours,
puis après soutirage, on obtient un jus d’un
rouge sombre, très charpenté. Le vin peut
alors être mis en vieillissement dans les fûts.
Cet élevage diffère s’il s’agit
de Muscat par rapport aux trois autres cépages.
On
compte de deux à trois ans de vieillissement pour
les Maury et les Banyuls, alors que paradoxalement le grand
frère se conserve à peine un an, et plutôt
dans des cuves en ciments.
Doux
comme des vins, ils ont élu domicile dans une contrée
entre mer et montagne. Catalans de cœur, ils illustrent
le renouveau des vins de qualité à boire avec
finesse aux grandes occasions.
Banyuls
laisse
courir ses arpents vers les rives de la mer, jusqu’aux
abords du célèbre petit port de pêche
de Collioure.
Maury
plus
discret, préfère l’abri des falaises
rocailleuses, où s’accrochent les parcelles
de vignes baignées d’une lumière blanche
sous le regard majestueux du Château cathare Quéribus.
Rivesaltes
quant à lui , aime prendre le large et s’étendre
aisément tout alentour de Perpignan couvrant ainsi
près d’une centaine de communes.
La
production totale de Rivesaltes représente près
de 600 000hl, alors que les deux petits frères se
contentent de produire à peine 40 000 hl chacun.
Dame
Roussillon peut être fière de ses trois enfants,
remarquables par leur charme, colorés comme des princes,
fins comme des fruits, mais surtout, doux comme des vins
.
140/20
Mai
A
DIEU VIN
L’hiver
n’est plus qu’un souvenir. Le printemps impose
son renouveau.
Cette
période du calendrier reste la plus critique pour
le vigneron, car elle marque la fin des gelées, mais
surtout le risque ultime des derniers frimas pouvant blesser
la vigne au plus profond de sa croissance.
Le
calendrier traditionnel signale les saints de glace, Gervais,
Pancrace et Boniface les 12, 13 et 14 mai.
Dans
certaine région, on invoque Sainte Sophie la froide,
fêtée le 15 mai. Et Saint Urbain le 25 mai
qui serait la date extrême au-delà de laquelle
tout risque de gelée serait écarté.
Saint
Bernardin, saint du jour nous rappelle le contexte :
«
Gelée de saint Bernardin,
Tu
peux dire adieu à ton vin,
S’il
pleut à la saint Bernardin
Tu
peux dire adieu à ton vin. »
Comme
quoi rien n’est acquis, et les climats, saisons et
évènements météorologiques sont
des éléments avec lesquels tout vigneron doit
compter.
Les
travaux de cette période consistent à soulager
le pied des vignes pour lui donner l’aération
nécessaire à son développement. Autrefois
on binait à l’aide de houes, pioches ou «
fossous ». Aujourd’hui, ces outils manuels ont
été remplacés d’abord par les
petites charrues à bras, puis par les engins mécaniques.
Saint
Bernardin grand prédicateur devant l’Eternel,
doit son renom, non pas au vin, mais au froid, puisqu’il
est invoqué contre les enrouements et est devenu
aussi le saint protecteur des tisseurs de laine.
141/21
Mai
BALADE
BUCOLIQUE PARMI LES PLUS GRANDS CRUS DE BOURGOGNE.
Je
vous invite à parcourir une contrée magique
que des auteurs par centaines ont su glorifier. Les ouvrages
sur la Bourgogne et plus particulièrement sur les
Côtes de Beaune, nous révèlent l’ampleur
de l’attrait que provoquent les vignobles de ces communes
dont la plupart des noms parcourt le monde entier. C’est
le 21 mai 1970 que fut honoré la majorité
d’entre eux par une promotion au rang des AOC Côtes
de Beaune.
Rendons
hommage à tous ces lieux en nous appuyant sur les
citations des adorateurs de ces vins nobles.
Ladoix
–Serrigny
«
Les montagnes qui l’abritent offrent des accidents
remarquablement beaux, un jeu extraordinaire de rouges barrés
et de murés, la mosaïque la plus variée
de culture et cet imprévu qui fait le charme des
paysages. » (Joseph Bard )
Aloxe-
Corton
«
Les cortons des bonnes années sont, au bout de sept
à huit ans, des vins parfaits dignes d’être
offerts aux gourmets les plus délicats et d’être
servis dans les occasions les plus solennelles. »
( Lavalle )
Pernand-Vergelesses
«
Ces vins sont un peu plus fermes que ceux de Savigny ; ils
ont du feu de la force et ils sont de garde. » (Dr
Morelot )
Savigny-les-Beaune
«
Les vins de Savigny sont parfumés, mœlleux et
bons pour la santé, sont riches en bouquet. Ils ont
du feu et de la force ; mais c’est surtout par leur
exquise et délicate finesse qu’ils se recommandent
aux amateurs » (Danguy et Aubertin)
Chorey-les-Beaune
«
Parmi les meilleurs vignobles du Canton sud de Beaune, on
doit placer celui de Chorey « ( Dr Morelot)
Beaune
«
Le Beaune possède un bouquet et une robe qui rappellent
par leur délicatesse, les tons les plus fins des
pastels de Maurice Quentin de la Tour. » (Maurice
des Ombiaux)
Pommard
«
Le finage de Pommard qui comprend 342 ha de vignes classeés,
produit d’excellent vins fermes, colorés et
plein de franchise. » (Camille Rodier )
Volnay
«
On ne peut savoir ce qu’est le Volnay, si l’on
a pas bu du Cailleret. »
Monthélie
«
C’est un pays tout de vignes et de montagnes »
( Bouchu 1666)
Auxey-Duresses
«
Cette Côte à l’abri du vent qui se chauffe
au soleil levant, comme un vert lézard, c’est
Duresses. » ( Armand Vaud)
Saint-Romain
(voir le 28 février
)
Meursault
«
Aux vignerons de Meursault, mes compatriotes et au chardonnay,
noble cépage des terroirs murisaltiens » (Pierre
Poupon)
Puligny-Montrachet
«
Bien que marié au plus grand des vins blancs du monde,
Puligny, à lui seul, fait flotter au vent la bannière
qualité. »
(
H. Cannard)
Saint-Aubin
( voir le 1er Mars )
Chassagne-Montrachet
«
Le Montrachet…c’est à genoux et tête
découverte qu’il faut le boire. » (Alexandre
Dumas)
Santenay
«
Ils sont rouges, moelleux, tanniques, et de bonne conserve.
Ils ont un accent assez singulier et sentent l’amande
et la fraise. (Dr Ramain)
Merci
à Henri Cannard de nous avoir fourni ces citations
glanées au cours de ses « Balades en
Bourgogne ». (82)
142 /22
Mai
QUELLE
DÉGUSTATION, VIN DIEU !
Nous
n’y avons jamais participé, nous ne participeronsjamais
à la plus grande, la plus noble, la plus exceptionnelle
des dégustations de vin, celle du Château Pétrus.
Déguster
le plus grand, le plus rare, le plus convoité, mais
aussi le plus cher, relève d’un privilège
que seul quelques grands érudits de l’œnologie
peuvent convoiter.
Citons
à titre d’illustration, la célèbre
dégustation à l’aveugle du meilleur
vin rouge du monde, celui qui se niche au tout début
de l’estuaire de la Garonne, dans le vignoble de Pomerol.
Pour
démontrer à quel point on atteint les sommets
du vertige dégustatif, écoutons le descriptif
de
Jo
Gryn, un des célèbres invités de cette
studieuse journée du 22 Mai 1987.
Ils
étaient trente huit invités par le Club Vinophile
et le Grand Jury de la Chambre de commerce et d’industrie
de Paris.
Au
hasard des exclamations et descriptifs enivrants, nous retiendrons
quelques qualificatifs que seuls les dégustateurs
de vin savent nous faire partager dans leur aveuglement
raisonné. Il s’agissait bien sûr d’une
dégustation à l’aveugle :
1961
: le premier des premiers : « la truffe noire du Périgord
dans son odorante splendeur »
1962
: le 2° , « des séquences de fruits et
de tanins irrésistibles »
1966
: le 3° , « nez humique très légèrement
animal avec du bois fondu et de la réglisse »
1971
: le 4° , « un vin velouté de taffetas
»
1953
: le 5° , « un soupçon de vanille enjolive
le premier nez….. »
1958
: le 6° , « nez fauve et grain de café
»
1959
: le 7° , « Une promenade dans des arômes
de sous bois. On chavire dans le bain ( non le pain ) d’épice…
»
1964
: le 8° , « le bel âge avec un nez de truffe
lui aussi saupoudré de vanille »
Pétrus 1961 Christie’s wine department
Il
y avait 22 Pétrus à déguster !!! Normal
on est le 22 mai. Leur année de naissance : de 1926
à 1976.
Aujourd’hui,
on boit sans doute les 1975 et 1976, qui, il y a à
peine 20 ans étaient à peine éclos.
Rendons
à cette occasion un hommage appuyé au pape
de la dégustation, Emile Peynaud,
celui qui nous a donné « Le goût du Vin
». (83) En ce 22 mai le calendrier célèbre
Saint Emile.
La
rencontre du plus célèbre dégustateur
et du plus célèbre vin nous élève
au sommet de la perfection œnologique.
Saint
Pétrus, le saint vin des vins sain(t)s. Puisse l’esprit
de Pétrus habiter tous le vins.
143/23
Mai
SAINT
DIDIER EN SON CHÂTEAU
Si
l’on fête Didier en ce 23 mai, cela correspond
au jour de la mort de celui qui naquit au milieu du VI°
siècle à Autun. Devenu évêque
de Vienne, il s’opposa à Brunehaut épouse
de Sigibert Ier. Celle-ci exila le prélat sur une
île pour cause de viol, avant de le faire lapider
au lieu dit de Saint- Didier-sur-Chalaronne.
Un
autre Didier, originaire d’Albi, ancien trésorier
de Dagobert, fut évêque de Cahors.
Si
le premier gît dans la contrée des célèbres
chapons, le deuxième se retira à l’abbaye
de Moissac , pays des pruneaux.
En
jetant notre dévolu sur le célèbre
Cahors des frères Frank et Jacques Rigal, nous tenons
ainsi à célébrer le Château Saint-Didier
de Parnac.
Frank
et Jacques Rigal
«
Sa robe est rubis, brillante et profonde. Son style et sa
tenue témoignent de la qualité de la vinification.
Parfaitement équilibré, dense et corsé,
d’un tanin superbe et bien enrobé, c’est
un excellent vin de garde doué d’une belle
ampleur en bouche, somme toute un Cahors tendre et savoureux.
»
C’est
ainsi que la maison Rigal décrit son protégé
niché dans le saint des saints du Château.
Aussi
pour clore cet hommage, permettez cette recommandation subtile
et gastronomique, en mémoire à Saint Didier
: faites-vous servir au cours d’un repas un magnifique
chapon de Saint-Didier- sur- Chalaronne agrémenté
de pruneaux des vergers de Moissac, avec en primeur un Château
Saint- Didier de Parnac 1985.
144/24
Mai ( en 2007 l'Ascention
tombe le 17 Mai)
A
L’ASCENSION, LES VINS PRENNENT DE LA HAUTEUR.
Parler
de Puy-en- Velay, c’est immédiatement faire
l’association avec les lentilles vertes ou la dentelle.
Mais s’agissant de la vigne, nul manuel ou ouvrage
sur le vin n’accorde un chapitre dédié
à cette région blottie sur les contreforts
de l’Auvergne.
Il
faut revenir cinq siècles en arrière pour
découvrir dans cette région l’importance
de la culture de la vigne.
En
effet , Jean Pestre nous raconte que le 24 mai de l’an
1526, « Jean Pradier, notaire royal du Puy, reconnaît
à Jacques de Coubladour, une vigne au terroir de
Paragol, qu’il vient d’acquérir d’Antoine
Panchenat et qui touche celles de Mathieu Bérard
et de Pierre Bérard. » (84)
Déjà,
le même jour du 24 mai, mais cette fois de l’an
1443, « Bertrand Privat reconnaît tenir de la
directe de la collégiale Saint- Georges, une vigne
sise au terroir de Chassande. »
Les
vallées de la Loire et de l’Allier offrent
sur leurs pentes protectrices les terres propices à
l’ensoleillement des vignes, malgré les hivers
rigoureux que connaît une telle contrée. Les
classiques cépages de Pinots, Gamay et Chasselas
constituaient le gros du contingent, alors que le petit
Bouchet, le petit Noir et le plant de Malin apportaient
leur originalité.
Comme
dans d’autres contrées, le phylloxéra
s’y dissémina dès la fin du XIX siècle.
L’implantation de nouvelles vignes s’est limitée
à quelques arpents atteignant vers les monts du Forez
quelques 150 hectares et vers Clermont- Ferrand près
de 500 hectares, tous composés de Gamay noir à
jus blanc, très peu tanniques et à boire au
cours de leur prime jeunesse.
Ces
VDQS sont là pour rappeler le passé et peut-être
redonner prestige à cette région, comme à
celle de Beaubac, où se récolte un petit blanc
sec et muscadé. Peut-être le début d’une
longue aventure en descendant le plus long fleuve de France.
Le
rythme calendaire de l’Eglise situe en le jeudi 17
mai ( en 2007) la fête de l’Ascension.
On
retiendra l’initiative originale de l’association
des vignerons des Côtes du Ventoux, qui chaque année
le jour de l’Ascension, organise une course cycliste
dont l’objectif premier est l’ascension de Ventoux.
Voilà
une façon de prendre de la hauteur pour faire gravir
aux vins locaux les pentes de la célébrité.
Vignoble
de Bédouin au pied du Ventoux, photo Marc Heimermann
145/25
Mai
LE
PRÉSIDENT FALLIÈRES DANS SES VIGNES.
On
nous propose trois saints pour le 25 mai
Sainte
Sophie (nouveau calendrier) qui se fête aussi le 18
septembre
Saint
Urbain (calendrier populaire) à qui nous donnons
rendez vous le 19 décembre
Saint
Grégoire (calendrier liturgique) que nous rencontrerons
le 2 septembre ;
Dans
ces conditions point de référence à
la sainteté et pourtant toute une région du
sud-ouest a dû invoquer le ban et l’arrière-ban
de tous les saints pour juguler la succession de catastrophes
qui se sont abattues sur le Gers entre 1840 et 1900.
Nous
sommes dans les hauts lieux de l’Armagnac.
Les
cataclysmes se succèdent.
D’abord
en 1840, les grêles meurtrières saccagent les
100 000 ha de vignobles, puis en 1860 c’est l’oïdium,
péniblement repoussé, puis vingt ans plus
tard le black rot, réduisant de moitié les
surfaces récoltées pour voir le ravage suprême
par le phylloxéra des deux tiers du vignoble de l
‘Armagnac ;
Une
immense opération de replantation fit son œuvre
durant dix ans, soutenue par le fameux décret Fallières
du 25 mai 1909. Le décret se rapportait pour l’essentiel
au découpage des régions et aux conditions
de plantation et de superficie. (85)

Le
découpage des trois régions : Bas Armagnac
( 12000 ha) , Ténarèze ( 9000 ha) et Haut
Armagnac ( 5000 ha ), fait qu’elles seules pouvent
bénéficier du droit à l’appellation
« Armagnac » conformément aux attendus
du décret Fallières.
Carte extraite de l’ouvrage « Armagnac »(1)
146/26
Mai
VIN
ET FAMILIARITÉ A MONTAIGU
C’est
au début du XIV siècle que l’archevêque
Thibaut de Rougemont approuve « la familiarité
» qui est une forme de groupement ecclésial
de chapelains. Nous sommes en région de Franche-Comté
qui alors comptait jusqu’à plus d’une
centaine de familiarités dont une cinquantaine dans
le Jura autour de Lons-le-Saunier.
Grâce
aux recherches dans les archives départementales
du Jura, et à une étude locale datant de 1962
( Jean Brelot), nous voici mieux initiés aux familiarités
de l’époque. (86)
«
Elles regroupent des prêtres originaires de la ville,
dotés par leurs familles d’un titre patrimonial
leur assurant, leur vie durant, un minimum de ressources.
»
Il
faut savoir que progressivement la familiarité et
la cure allaient progressivement fusionner pour donner naissance
à la paroisse, laquelle élisait un vicaire
perpétuel en charge de gérer la communauté
des chapelains dispersés dans les villages.
La
familiarité recevait tout au long de son existence
toutes formes de donation dont principalement des vignes,
principale culture caractéristique de la région
avec le blé. Deux grands centres religieux et agraires
se faisaient concurrence, ils étaient éloignés
d’une quinzaine de kilomètres.
C’est
ainsi que le 26 mai 1462, s’effectua la première
donation par Jehan de Matafelon qui résidait alors
à Montaigu.
Cette
donation comportait : « Deux queues de vin rouge pur
et net, mesure de Montaigu »
Les
écrits de l’époque nous révèlent
que généralement le vin est livrable à
Montaigu et le blé à Orgelet.
La
queue de vin, soit huit barraux de quarante huit pintes,
correspondait à environ 500 litres. Ce qui permet
de croire qu’avec deux queues de vin les familiers
avaient de quoi réunir ce qu’il fallait pour
célébrer les messes durant un an.
Un
rapide calcul démontre que la consommation hebdomadaire
représentait pour une communauté de 20 familiers
(confirmé par les statistiques de l’époque)
une moyenne de I litre par chapelain et par semaine avec
pour unique objet la consommation durant les messes obligatoirement
célébrées une fois par jour.
Gageons
que nos vénérables ecclésiastiques
n’avaient pas de quoi abuser de la dive bouteille
et donc devaient assurément faire appel à
d’autres donations ou offrandes pour étancher
leur soif de révérences et de méditations.
Montaigu
et sa voisine Orgelet sous la protection de l’abbaye
de Saint- Claude et la chapelle de Sainte- Madeleine, sont
restés des lieux de familiarités moyennant
le besoin constant de vin et donc de vignes. Au gré
des années l’approvisionnement se dispersait
de ce centre névralgique pour conquérir les
régions de Bourgogne et du Lyonnais.
Le développement de la viticulture dans cette région
de l’Est de la France confirme, encore une fois, le
rôle prépondérant des ordres religieux.
D’abord les communautés monastiques, puis les
ordres ecclésiastiques. Aujourd’hui le côté
religieux a fait place aux associations et confréries
vigneronnes.
147/27
Mai (Pentecôte)
LES
DERNIERS VIGNERONS SERONT LES PREMIERS.
«
Le royaume des Cieux est semblable à un père
de famille qui sortit de grand matin pour louer des ouvriers
et les envoyer travailler à sa vigne ; il convint
avec eux de leur donner un denier pour leur journée
et les envoya à la vigne.
A
la troisième heure de la journée, ayant vu
des ouvriers qui se tenaient sur la place sans rien faire,
il les envoya à la vigne. Il sortit encore à
la sixième heure, à la neuvième heure
et à la onzième heure, et ayant aussi trouvé
des ouvriers sur la place, il leur dit : Allez, vous autres
aussi, à ma vigne.
Le
soir étant venu, le maître de la vigne dit
à son intendant : Appelez les ouvriers et les payez
en commençant par les derniers jusqu’aux premiers.
Ceux donc qui n’étaient venus que sur la onzième
heure reçurent chacun un denier. Les premiers étant
venus à leur tour pensèrent recevoir davantage,
mais ils ne reçurent chacun qu’un seul denier
et, en le recevant, ils murmuraient contre le père
de famille, disant : ces derniers n’ont travaillé
qu’une heure et vous leur donnez autant qu’à
nous qui avons porté tout le poids du jour et de
la chaleur. Mais il répondit à l’un
deux : Mon ami, je ne vous ai fait aucun tort ; n’êtes-vous
pas convenu avec moi d’un denier pour votre journée
? Prenez donc ce qui vous appartient et vous retirez. Pour
moi, je veux donner à ces derniers autant qu’à
vous. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux
et votre œil est-il mauvais parce que je suis bon ?
Ainsi
au jour du jugement ,ceux qui se sont trouvés les
derniers ici- bas seront les premiers et ceux qui ont été
les premiers en ce monde seront les derniers dans le royaume
du Ciel, parce qu’il y en a beaucoup d’appelés
à la foi et peu d’élus pour la gloire.
»
Evangile
de St Mathieu Ch XX ( 1à15)
En
ce jour de Pentecôte, nous tenons à rendre
hommage à tous les vignerons. Que les plus modestes
soient autant récompensés de leur labeur et
de leur production que les plus connus.Ainsi l'esprit du
vin les comblera.

Le vigneron de Ferdinand Hodler. Musée d’art
et d’histoire de Genève
148/28
Mai
LES
VINS DE SAINT-GERMAIN.
On
dénombre dans le recueil des communes de France,
plus d’une centaine qui portent le nom de Saint- Germain.
Deux
Germain marquèrent l’histoire, la religion,
la France et la Bourgogne,
Celui
qui vit le jour à Auxerre en 378, au milieu des vignes
de l’auxerrois, devenu Gouverneur et Evêque
d’Auxerre, puis de Constantinople où il mourut.
Celui
né à Autun en 496 entre les Côtes de
Beaune et les vignobles de l’Yonne pour décéder
à Paris le 28 mai 576.
Le
premier donna son nom respectivement à la cathédrale
d‘Auxerre, où repose son corps , et à
l’église d’Irancy, dont la commune est
connue pour son vignoble. A Paris, Saint-Germain -l’Auxerrois
à côté du Louvre et Saint-Germain- le-Vieux,
dans l’île de la Cité sont également
dédiés à Saint Germain d‘Auxerre.
Le
second nommé évêque par Childebert,
fonda l’abbaye de Saint- Germain, d’où
subsiste aujourd’hui Saint-Germain -des-Prés.
Leur
histoire religieuse ne fournit guère de rapprochement
avec le vin. Et pourtant, Germain est une référence
nominative et évocatrice pour des communes viticoles
ou pour dénommer tels ou tels vins.
L’association
de Saint Germain à « Auxerrois », fait
penser à la ville d’Auxerre et absolument pas
à l’Auxerrois , nom du cépage utilisé
principalement en Alsace, appelé aussi Auxerrois
blanc ou Pinot auxerrois. Alors que dans l’Auxerrois,
ont cultive le Pinot gris ou le Pinot noir.
Citons
quelques communes viticoles avec pour nom Saint- Germain
:
Dans
le Bordelais :
Saint-Germain- de- Grave
Saint-Germain- d’Esteuil
Saint-Germain- du- Puch
Saint-Germain- La- Rivière
En
Charentes
Saint-Germain
Saint-Germain- de- Lusignan
Saint-Germain- de- Marencennes
Saint-Germain- de- Vibrac
Saint-Germain- de- Seudre
Dans
le Beaujolais
Saint-Germain- sur- l’Arbreles
Dans
le Jura
Saint- Germain- les- Arlay
Dans
la Loire
Saint- Germain- sur- Moines
Saint- Germain- des- Prés
Saint-Germain- sur- Vienne
Cette
liste n’est pas exhaustive et que nous pardonnent
Saint- Germain ainsi que les communes oubliées !
Terminons
ce périple, en nous souvenant de cette très
sympathique dégustation d’un Minervois, cuvée
Domaine Saint- Germain. Un vin rouge robuste où dominaient
Syrah et Grenache, au goût de fruits secs. C’était
entre Noël et Nouvel an de l’année 2002,
dans la cave coopérative ( Cella-Vinaria) de La Livinière.
Un
réchauffement au cœur et une découverte
étonnante alors que dehors le ciel était si
sombre et si bas et que les vents froids descendaient de
la Montagne noire.
149/29
Mai
ANJOU
PUR, ANJOU RADIEUX.
«
Quand mon verre sera plein, je le videray
Et
quand il sera vide, je le pleindray…. »
Maître
François Rabelais
Ce
fameux serment s’inscrit en épigraphe de la
noble et très ancienne confrérie des Chevaliers
du Sacavin, née en 1904.
Sacavin
ou sac à vin est ce petit tonnelet suspendu au ruban
bleu et rouge que le chevalier arbore lors des cérémonies
annuelles.
Mais
intéressons-nous aux armoiries qui représentent
un verre de vin d’Anjou, ailé sur fond d’azur.
Voilà un symbole qui conduit les vins d’Anjou
vers les cieux rayonnants, loin des sombres caves.
Et
Fernand Woutaz d’ajouter, « La devise des Chevaliers
: Anjou pur, Anjou radieux, transporte nos âmes sur
les ailes facétieuses d’un calembour…aéronautique,
ainsi qu’il retentit des flancs d’une cave volante.
»
Et
le 29 mai 1959, à l’occasion du baptême
de la caravelle Anjou, il fut donné aux membres de
la confrérie de recevoir leur baptême de l’air
tout en dégustant « à 12 000 pieds qui
n’étaient pas de vigne, mais d’altitude
», les célestes nectars dont le « Chenin
du siècle ». (87)
Anjou
la douce c’est le point d’orgue des vins de
Loire.
L’Anjou
c’est la rencontre de vins rares et même exceptionnels
et originaux comme :
L’appellation
Savennières,
se situe à la périphérie d’Angers
et produirait selon Curnonsky, l’un des cinq plus
grands vins blancs secs de France, lequel se caractérise
par des arômes de vanille, de tilleul et d’amandes.
Un arrêt s’impose dans les caves prestigieuses
de la Roche- aux- Mines et de la Coulée- de- Serrant.
Les
Quarts-de-chaume et les Bonnezeaux
( à ne pas confondre avec les bonnes eaux ) sont
fixées sur les versants du Layon. Issus du Chenin
blanc, ils caractérisent les vendanges tardives.
Ces vins rivalisent de moelleux avec les Sauternes, Montbazillac
ou autres Alsace.
Les
Cabernets rosés,
qui se boivent frais sous la tonnelle ou les Cabernets
sauvignon, voire les Cabernets francs
sont autant de variations sur un même thème
de dégustation angevine. Fleurs et fruits trouvent
leur épanouissement dans les verres des amateurs,
mais surtout des princes et des rois successifs qui ont
marqué de leur vie cette contrée si bucolique
et bachique.
Les
vins d’Anjou représentent la plus grande surface
de la Loire avec plus de 20 000 hectares produisant près
de 110 millions de bouteilles pour près d’une
trentaine d’appellations.
C’était,
il y a plus de 900 ans, Saint Martin de Tours introduisait
en Anjou le plant de Chenin, qui fit pousser les vignes
comme des églises.
Un
vignoble immense à l’image de sa variété
et de sa richesse. Pour preuve, Gargantua l’immense,
une fois allongé avait les pieds en Touraine, mais
le gosier en Anjou.
150/30
Mai
DAME-JEANNE
ET LE VIN
On
celèbre habituellement la mort de Jeanne d’Arc
brûlée vive à l’âge de 19
ans le 30 mai 1431.
Mais
ce n’est pas son évocation qui nous conduit
vers le monde du vin.
Par
contre, le nom de Jeanne nous évoque quatre éléments
liés au vin et porteurs de ce nom.
On
citera successivement :
La
cave de la reine Jeanne
aux ogives gothiques, qui se situe dans la commune jurassienne
d’Arbois.
L’immense
grosse bouteille enfermée dans un clissage de paille
ou d’osier et qui servait de transport aux vins. Ces
sortes de cantines s’appelaient des dames-
jeannes
Puis,
pourquoi ne pas évoquer le nom d’un vin, fort
célèbre, liquoreux, vendangé tard dans
l’année au moment des premières glaces
et qui a pour nom « le Johannisberg »
?
Enfin,
après le lieu de conservation ( la cave), le contenant
( dame-jeanne), puis le contenu (Johannisberg) , il faut
pouvoir parler du vin et l’un des meilleurs moyens
est le livre spécialisé dans la thématique
vineuse, comme le proposent les éditions Jeanne
Laffite à Marseille.
Cet
éditeur compte un nombre important d’ouvrages
traitant des vins, de la vigne et bien sûr des vignerons.
151/31
Mai
DU
« MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE » A «
L’ESPAGNOL »
Il
existe un site extraordinaire de par sa majesté,
son originalité, son isolement et son caractère
insolite. Il se situe à la rencontre de deux mondes
; celui du silence et du recueillement au couvent de Baume-
les- Messieurs tapi au fond de la reculée et celui
de l’élévation et du respect au village
de Château- Chalon dressé sur les falaises
de calcaires jurassiques blancs.
L’origine
des vins de Château- Chalon remonte aux romains. Mais
on nous dit que les abbesses du couvent de Château-Chalon
avaient eu l’idée d’importer le fameux
Tokay de Hongrie qui donna naissance au plant actuel : le
fameux Savagnin. C’est le 31 mai 1936, il y a déjà
presque 70 ans, que paraissait au Journal officiel le décret
signé par Albert Lebrun nommant AOC le « Château-Chalon
».
Le
plus grand vin blanc au monde et le plus petit en surface
(18 ha) et production (200hl) devenait l’un des tout
premiers vins français à entrer dans la caste
des AOC.
L’originalité
de ce vin de garde ( de 25 à 100 ans ! ) est dû
à la méthode de vinification largement décrite
par Pasteur dans son « Traité sur le Vin »
de 1866 .
Vendangé
autour de la Toussaint, le raisin garde au-delà des
premières gelées le sucre des grains. Puis
après une première fermentation, il est soutiré
pour être mis, dans de très vieux fûts
de chêne, au repos pendant plus de six ans. Se forme
alors à la surface du liquide une pellicule de levures
qui travaillant au ralenti va donner ces arômes si
caractéristiques. C’est le « mystère
de la Chambre Jaune ».
Pour
illustrer un moment de dégustation de ce vin, citons
Bernard Clavel, auteur régional par un extrait de
son roman « L’Espagnol » qui fut l’événement
de la télévision en 1966 où toute la
France découvrit le Vin Jaune de Château- Chalon.
(88)
«
…..Le parfum, c’était la première
chose qui avait intrigué Pablo, mais il s’était
demandé d’où il venait. Ca ne sentait
pas le vin .C’était une odeur curieuse qu’il
n’avait encore jamais perçue, et qui ne ressemblait
à rien de ce qu’il connaissait .Le patron et
Clopineau avaient levé leur verre en direction de
la lampe. Et Pablo les imita.
Vue
à travers le vin, l’ampoule était un
gros soleil doré comme celui qui s’était
couché tout à l’heure, au fin fond de
la plaine .De chaque côté et en bas, l’épaisseur
du verre donnait le bleuté des collines…..Et
ils ne buvaient pas…ils reniflaient à petits
coups, puis éloignaient leur verre….Et le parfum
du vin continuait à monter, emplissant la cave. Avec
lui montait comme une chaleur, comme une paix aussi, qui
calmait tout…..Le patron lui même s’était
adouci .Il parlait à voix presque basse….Enfin,
il leva son verre en disant : - A la bonne vôtre.
Pablo à la première gorgée, avait pensé
: « Ce n’est pas du vin ». Il trouvait
cette boisson curieuse…. Pablo avait maintenant dans
la bouche ce goût étrange du vin qui venait
longtemps après. Pour bien le faire ressortir, il
fallait avaler ,puis une fois la bouche vide, sucer sa langue
un bon moment. Alors là, on avait vraiment le goût.
Un goût très chaud, un peu comme celui de la
buée qui monte de la terre rouge quand on l’arrose
en plein midi. Un peu aussi, mais très peu, celui
de la poudre brûlée. Et ça, c’est
ce qui avait le plus intrigué Pablo…Sa langue
était imprégnée de ce goût de
poudre de guerre ; à peine celui des pétards
d’un soir de fête. En lui Pablo sentait une
bonne tiédeur. Comme un amollissement de ses muscles
durcis de fatigue. »
Autre
séance mémorable de dégustation celle
de novembre 1994, où au Château Pécauld
d’Arbois, les membres du groupe d’étude
sur le vin jaune dégustèrent un Château-Chalon
de 1774. Soit une conservation de 220 ans !
Le
verdict se résumait en ces deux mots : « Un
monument inaltéré », où se maintenait
le parfum particulier de l’écale de noix.
En
conclusion, nous pouvons résumer cette page par l’équation
d’or suivante
(
SAVAGNIN + VIN JAUNE + CLAVELIN) X DURÉE = CHÂTEAU-CHALON
La colline de Château-Chalon
|