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36/16 mai

HONORÉS SOIENT LES VINS OU LES VINS D’HONORÉ

MOIS DE MAI

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121/1er Mai

LA PREMIÈRE DES EAUX DE VIE OU CE COGNAC DE PREMIER ORDRE.

C’est sur les fonds baptismaux du ministère agricole qu’au début du siècle, le 1er Mai 1909, les vins originaires de la Charente, une fois distillés, pouvaient prendre pour la première fois l’appellation Cognac.

En ce jour anniversaire, la fameuse eau de vie allait devenir la première eau de vie française à obtenir une renommée mondiale.

Cognac, première ville du pays vendéen à posséder les plus grandes surfaces d’Ugni Blanc et de Folle Blanche.

Cognac qui a vu naître le Roi François 1er, s’enorgueillit d’être le premier producteur français d’alcool ambré.

Grâce à l’effigie de Napoléon 1er, les bouteilles de Cognac se vendent dans toutes les capitales du monde.

En ce 1er jour de mai, on fête aussi le printemps.

Ce n’est pas pour cette raison que l’on a fait de cette journée un jour férié chômé.

Les Etats Unis sont à l’origine de cette célébration anniversaire des premiers tués d’une manifestation syndicale.

C’est aussi le solstice d’été, avec le retour du premier des astres : le soleil, où selon les régions se fêtent les rencontres amoureuses.

C’est l’association du lait ( la femme ) et du vin ( l’homme ). Ainsi la femme la plus âgée de la ferme trempait dans un bol plein de lait un morceau de sarment de vigne et goûtait le lait : « je souhaite du bonheur à tous les présents pour toute l’année ». Puis elle gardait le sarment en garantie du souhait. Si l’année donnait du bon vin, on le gardait pour l’orner de rubans ( cf par ailleurs les rites des mâts de Cocagne ). Si non le rameau était jeté le 1er mai suivant.

Coïncidence: Cocagne est presque l’anagramme de Cognac.

Revenons vers les spiritueux, ceux qui font la célébrité de notre richesse gustative ;

Et pour ne citer que chaque fois les premiers d’entre tous :

· La première appellation : La grande Champagne

· Le premier label : XO ( Extra Old soit plus de six ans de vieillissement )

· Le premier cépage : Ugni Blanc

· La première partie de la distillation : la « tête »

· Le premier producteur de Cognac : la Maison Hennessy

· La première firme productrice de Cognac : la Maison Martell (1715)

· La première marque la plus connue : Bisquit depuis 1819

· La première Maison qui soit encore la propriété entière des descendants d’origine : La Maison Camus (depuis 1863)

· La première coopérative de production de Cognac : Prince Hubert de Polignac ( 3700 viticulteurs )

· Le premier cognac excentrique : La bouteille « Drakkar l’Invincible » du norvégien local Larsen

· Le premier pour ses arômes : Le Cognac Gourmel : « Âge des fleurs »

A propos de fleurs, la première à faire l’objet de tant de convoitise et que l’on offre le jour du 1er mai : c’est bien le muguet.

« Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers » telles ont été les premières paroles à propos du dernier Jugement.

« Premier vin pressé, dernier vin versé »


122/2 Mai

LES 50 ANS DU LÉGENDAIRE 1945.

Nous sommes le 2 mai 1995, un dîner mémorable avait été organisé avec la participation des propriétaires de quatre grands bordeaux et d’une maison champenoise. Il s’agissait des Châteaux Langoa-Barton, Ducru - Beaucaillou, Chevalier et Yquem d’une part et Pol- Roger d’autre part.

C’était à la fois fêter l’anniversaire de la victoire, et également l’apogée d’un millésime exceptionnel.

Les autres invités ont vécu ce temps d’exception comme un privilège incomparable, car même le 8 août au dîner officiel des chefs d’état et de gouvernement fut proposé à ces derniers le Mouton Rothschild 1945, alors que les autres convives durent se contenter du 1976, tellement le millésime 1945 se faisait rare.

Le menu servi dans les salles du restaurant Laurent marquera les esprits comme l’a si bien relaté Jean Cottereau dans « l’Amateur de Bordeaux ». (64)

MENU

Capuccino de morilles au lard fumé

Champagne Pol- Roger 1945

Agneau de lait des Pyrénées

Artichauts poivrade aux olives vertes

Château Ducru-Beaucaillou 1945

Château Langoa-Barton 1945

Saint- Nectaire fermier

Affiné par Marie-Anne Quentin

Domaine de Chevalier 1945

Café

Mignardises et Chocolats
Yquem

Fine Champagne 1945

Il est vrai que pour cette occasion, les compliments faisaient florès. Et aujourd’hui, en 2005, combien de caves contiennent-elles encore de tels flacons âgés de plus de 60 ans ?

C’est aussi l’âge de votre serviteur qui se trouve comblé d’être apparu au lendemain de la victoire et juste la veille des vendanges si prometteuses de l’automne 1945.

De telles références ne pouvaient que me marquer et me poursuivre !


123/3 Mai

SAINT JACQUES ET LE VIN MIRACULEUX

Francisco de Zurbaran, peintre du XVII siècle, issu de l’école espagnole a peint le tableau ci-dessous ( visible au musée du Prado à Madrid ) représentant Saint Jacques de la Marche.

« Emblème de dévotion plus que le portrait, l’œuvre se veut avant tout didactique, édifiante. Seule l’expression de la foi doit se lire sur la physionomie. Le corps du moine, comme vidé de sa substance sous l’enveloppe de bure, entre dans un jeu exclusif de volumes purs, de tons froids et d’ombres où se détache, seul ton chaud, l’éclat lumineux du vin mystique : ce sang du Christ grâce auquel saint Jacques vient de redonner vie à un enfant. » (65)


124/4 Mai

J. P .KAUFMANN OU LA PASSION AMOUREUSE DU BORDEAUX.

Michel Guillard (ami oenophile de J.P. Kaufmann ) termine ainsi l’éditorial de la revue « l’Amateur de Bordeaux » en l‘été 1985:

« Si le vin est aussi cette drogue douce qui permet de traverser les turbulences de la vie, combien de crus, petits et grands faut-il lui envoyer ? Ne pouvant lui adresser ces bouteilles, les Bordelais ont répondu en grand nombre à l’appel du comité de soutien formé par sa famille et ses amis. La rédaction de l’Amateur de Bordeaux les en remercie et forme le vœu de pouvoir déboucher très prochainement avec Jean Paul les divines bouteilles que ses amis lui ont réservées.

Car le temps des vendanges approche, celui de sa libération aussi, nous l’attendons. Avant ces retrouvailles, ce numéro de l’Amateur qu’il avait préparé, mais que le sort l’a empêché de terminer, lui est dédié. » (66)

Cela fait déjà 14 semaines que JPK est aux mains de ses ravisseurs au Liban.

Et ce n’est que le 4 mai 1988, soit trois ans plus tard, que Guillard et ses amis ont enfin pu faire sauter les bouchons. Mais quelle fête ! ! !

Nous avouons personnellement exprimer une dévotion particulière envers des sujets qui vous transportent vers la fascination, comme c‘est le cas pour JPK.

Homme d’écriture, son expérience journalistique et de reporter le condamna à ses dépens à l’exil et à la captivité lors de son séjour au Liban.

C’est seulement quand ses preneurs d’otages palestiniens le libèrent enfin, qu’il va retrouver successivement, d’abord l’éblouissement de la lumière, puis l’amour sans faille de son épouse Joëlle et de ses deux fils, la solidarité de ses amis, la sagacité de la popularité, et très certainement sa passion des vins de Bordeaux.

J.P.Kaufmann nous le confirme en ces termes :

« Mon premier texte fut pour l’Amateur de Bordeaux. Il dériva tout naturellement sur le vin.

Il relate quelques moments de ma détention et constitue la première partie de ce récit »

Son premier ouvrage (non commercialisé malheureusement) s’intitule « Le Bordeaux retrouvé »

Ce livre est précieusement rangé, dans chacune des bibliothèques de tous ses proches amis, comme on dépose une bouteille d’un château millésimé rare et exceptionnel au plus secret de sa cave.

Dans ce livre, il relate avec une écriture qui va faire le succès de ses futures publications ce qu’est le « vin libre » et le « vin retrouvé » et son retour émouvant dans son bordelais qu’il affectionne.

Longtemps rédacteur en chef de la revue « l’Amateur de Bordeaux », JPK a souhaité diriger une autre revue, celle de « l’Amateur de cigares », puis il nous a fait voguer avec émerveillement des Iles Kergelen (67) à l’Ile Sainte Hélène (68) pour nous faire découvrir enfin l’intrigant tableau d’Eugène Delacroix à la chapelle des Saints Anges de Saint- Sulpice à Paris (69). Mais cet hommage d’aujourd’hui est destiné à l’homme de vin, à celui qui avec la modestie qui est la sienne, a su avec l’écriture la plus sobre nous faire goûter sans modération les pages de ses deux ouvrages consacrés aux vins de Bordeaux (70) et aux vins de Champagne (71).

Parce qu’il a connu la pénombre des caves de l’emprisonnement, puis le retour vers l’éblouissement de l’expression des sens, ce parcours involontaire et exceptionnel qu’est celui de J.P.Kaufmann ne pouvait que flatter avec finesse notre quête bachique et assouvir de façon plus profonde notre soif de découvertes originelles et originales.


125 / 5Mai

LA VALSE DES ETIQUETTES CHIC OU LE NECESSAIRE CHOC DES ETIQUETTES

125/5 Mai

Il est vrai que vouloir aborder l’habillage des bouteilles de vin, c’est un peu devenir expert en communication. S’agit-il d’une démarche objective d’information du futur consommateur, ou plus subtilement une façon de faire du marketing sur un espace grand comme une demi carte postale ?

Il existe assurément un nombre impressionnant d’étiquettes aussi riches que variées, aussi belles qu’anodines, aussi explicites qu’excentriques, aussi techniques qu’artistiques.

Nombre de musées et de collectionneurs s’enorgueillissent de posséder ces petits billets dont la valeur peut devenir un placement aussi précieux que le liquide qu’il représente, mais dont la caractéristique est de ne pas s’évaporer, voire se détériorer.

En somme, le premier contact avec le vin c’est elle. Elle doit séduire et surtout nous informer sur le contenu.

Au fil des années et selon l’aire géographique, les styles varient, c’est la valse des étiquettes chics. Pour ne nous limiter qu’ à la France :

Les étiquettes du Bordelais représentent le côté bourgeois des châteaux ou grandes demeures, cossus , bien traditionnels (a). Peu de couleur, un peu de dorure sans plus. Aujourd’hui, les bordelaises arborent un style plus voyant jusqu’à proposer la gamme originale des étiquettes du Mouton Rothschild, illustrées chaque année par un nouvel artiste (b).

Côté Bourgogne, on garde encore ce style moyenâgeux, aux caractères gothiques sur fond de parchemin (c). C’est la rencontre des références religieuses.
Son voisin le Beaujolais adopte plutôt avec des évocations plus contemporaines où les références émanent plutôt d’une déclinaison florale (d). C’est aussi sur ces étiquettes que s’exprime particulièrement le patriotisme français comme vecteur publicitaire à destination des contrées lointaines (e).

Quant à l’Alsace, c’est la découverte de son histoire depuis l’usage des caractères gothiques rappelant le rattachement germanique (f), puis la période romantique aux décors de feuilles de vigne, ou de grappes (g), puis la période de contestation humoristique des dessinateurs de l’entre-deux-guerres ( Hansi (h), Spindler et Noack ), jusqu’au souci actuel d’évacuer l’Alsacienne en costume traditionnel qui n’identifie ni un terroir, ni un cépage (i).

Ailleurs, c’est l’illustration des scènes de vendange ( j ) , paysage, blasons (k ) et autres références viticoles.

L’abondance de ces petits carrés de papier a donné naissance à Bruxelles le 5 mai 1990 à la fédération internationale d’oenographilie. ainsi qu’ à l’association du musée international de l’étiquette au Château d’Aigle en Suisse ( * ). En France, l’ANO ( association nationale d’oenographie) existe depuis 1986 et a actuellement son siège en Alsace (**)

La loi reste très sévère et oblige les viticulteurs à apposer leur étiquettes moyennant des mentions obligatoires, c’est le nécessaire choc des étiquettes, on y découvre : Le volume, le nom ou la raison sociale de l’embouteilleur, le millésime, le nom de l’appellation d’origine, le degré d’alcool, le cépage, enfin le nom du producteur ou de l’exploitation. Passez au lendemain 7 Mai et vous saurez ce que l’on entend par AOC !

En annexe figurent les illustrations des étiquettes citées de (a ) à (k ) à joindre ultérieurement

(*)Maison de la Dîme, Château d’AIGLE case postale 453 1860 AIGLE Suisse

(**) ANO 2 route de Molsheim 67117 Furdenheim www.ano.fr.st


126/6 Mai

LE VIN ET LE DROIT OU LE PRINCIPE DE PRUDENCE.

Le début du XX siècle pose les principes fondamentaux de la législation sur le vin.

Ainsi le droit du vin précède-t-il de près de cinquante ans le droit du travail ! (72)

Si durant les siècles précédents et au rythme des régimes et des royautés se constituait une réglementation sur le vin, l’objectif recherché concernait déjà la qualité du produit ( contrôle de la falsification des moûts, (voir 1er août ) et la commercialisation ( contrôle fiscal, voir 29 mars ).

Aujourd’hui l’ensemble que constituent les lois, décrets et circulaires, voire jurisprudence, repose sur deux lois fondamentales, celle du 1er août 1905 relative à la tromperie en matière de production des vins, mais surtout celle du 6 mai 1919 sur le droit à l’appellation (dite appellation simple), complétée par le décret loi du 30 juillet 1935 sur le droit à appellation pour des vins de qualité supérieure (dite appellation contrôlée).

En réalité la loi du 6 mai comporte deux volets : un dans son application générale caractérisée par l’imprescriptibilité du droit à l’appellation ( le camembert ou la moutarde de Dijon ), son universalité et ses conditions restrictives, et un second qui porte plus spécifiquement sur la protection spéciale des appellations d’origine viticoles dites « simples ».Ce deuxième volet ayant été complété par la loi du 22 juillet 1927 dite loi Capus qui en limitait la production intensive au détriment de la qualité.

Certaines conditions cumulatives devaient être remplies :

  • Une origine bien établie par des usages certains (locaux, loyaux, constants )
  • Une aire de production précise devant donner des vins de qualité
  • Et des cépages appropriés

C’est après avoir constaté que les abus persistaient, que M. Capus (alors ministre de l’agriculture) oeuvra pour l’élaboration de la loi de 1935 sur le régime des appellations d’origine contrôlées.

Dorénavant et encore aujourd’hui une AOC de vin n’est possible qu’après obtention d’une autorisation par décret, laquelle doit préciser :

* L’aire géographique : régional, communal…

· Le ou les cépages moyennant indication des proportions

· Le rendement limite à l’hectare

· Le degré minimal d’alcool

· Les procédés de culture et de vinification

Moyennant toutes ces conditions, elles-mêmes reprises en grande partie sur l’étiquette ( voir 5 mai ) , nous sommes assurés de pouvoir consommer un vin de qualité. C’est le principe de Prudence

Maintenant, si nous voulons être assurés qu’il est bon, très bon, excellent, dans ce cas, on ne fait plus appel au juriste ou au contrôleur qualité, mais à l’œnologue qui apportera sa compétence gustative.

Le monde fascinant du vin impose, comme à l’égard de beaucoup d’objets de création, un encadrement législatif hors du commun et à la mesure de son expansion. Si les exigences de consommation sont aussi importantes aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner que la contrepartie est de se prémunir avec le maximum de sûreté et donc de références réglementaire.

Donc prudence pour les producteurs de bon vin, pas de faute, car en ce 6 mai Sainte Prudence veille.

La renommée du vin est à ce prix.


127/7 Mai

LA VIGNE ET LA FEMME, UN PARCOURS ENIVRANT.

Suzanne Blanquis a intitulé un remarquable ouvrage : « De l’Homme au vin », nous souhaiterions proposer un autre titre, celui : « De la vigne à la femme », et ce, en l’honneur de nos épouses et plus particulièrement aux Gisèle ( dont on célèbre la fête le 7 mai ) dont celle qui partage notre vie commune.

D’ailleurs, c’est bien Isabelle Blanquis qui nous révèle dans son ouvrage (73) la place prépondérante que prend la femme dans le processus de la fabrication du vin à partir de la culture de la vigne. Le cycle de la vigne est ponctué par le cycle des travaux humains, où la femme détient un rôle sans lequel l’homme n’aboutirait pas à l’élaboration des vins.

Souvenirs bucoliques et bachiques, se sont égrenés durant plus de trente cinq années de vie commune. Celle-ci prit sa source sur les chemins des environs de Pupillin pour atteindre ensuite dans la dégustation permanente une retraite aux saveurs alsaciennes.

Des côtes du Nord aux chaleureux souvenirs, en passant par la Capitale aux curiosités jamais comblées, jusqu’à Lyon passage obligé, la quête vigneronne s’éloignait, mais l’amour des lettres, de la vigne et du vin occupaient souvent nos activités de détentes.

N’acceptant pas de rester en carafe, dans un lieu peu enclin à l’empathie, et après avoir pris sérieusement de la bouteille, la solution se situait dans le retour aux contrées d’origine, là où les pentes douces des parcelles de vignes séparent la ligne bleue des Vosges, des espaces verdoyants de la plaine du Rhin.

Une longue histoire entre vigne et vin, sous la forme de la contemplation et de l’adoration.

Trinquons à notre Santé.

NB : à signaler dans la commune de Cogolin dans le Var, le Domaine de la Gisèle !


128/8 Mai

LE V (IN) DE LA VICTOIRE.

La décision fut prise de célébrer la victoire de la deuxième guerre mondiale, sous la présidence de François Mitterrand.

Il est vrai qu’à la libération de chacune des villes françaises par les troupes alliées, le vin coulait à flot. Comme par miracle réapparaissaient les dives bouteilles qui avaient échappé à la réquisition, au marché noir ou aux bombardements.

Durant la guerre, alors que les hommes remplissaient leur devoir militaire, les femmes des contrées viticoles avec l’appui des anciens, continuaient à exploiter les vignes et à vendanger les raisins qui allaient produire le millésime de la victoire.

C’est ainsi que les hôtes du Président Mitterrand purent apprécier lors du banquet du 8 mai 1995, le vin de Mouton-Rothschild 1945 servi en magnum, en l’honneur de la célébration du 50 ème anniversaire de la victoire.

Christie’s wine department

« l’étiquette du vin d’Alsace » Roland Moser

Sur l’étiquette devait apparaître initialement un dessin conçu par Jean Oberlé. C’est le V de la victoire qui finalement prit place. L’étiquette laissait ainsi apparaître sur le bandeau supérieur inscrit dans le V, 1945 année de la victoire, entouré de feuilles et de vrilles de vigne noir et or sur fond blanc.

Château Mouton-Rothschild le mariage américano- français à la gloire de tous les vins de France.

Le vin compagnon de lutte, mais aussi symbole de joie et de santé , paré aux couleurs de la France :

Vins blancs, Vins rouges , vins pour les Bleus, vous êtes le sang du Peuple.

Léonetto Cappiello1933 Galland 1937 // Phototèque Perrin 1995 Editions Clouet 1996

 

1945, Année libératrice, Début de la quête du vin, malgré quelques batailles , mais beaucoup de conquêtes victorieuses sur la qualité, la diversité et la richesse des vins qui font l’honneur des vignerons locaux engagés dans la lutte permanente du bien faire et du bon boire.

8 mai 1987, Père nous quittait brutalement et définitivement, il avait 72 ans. Il adorait son pays l’Alsace.


129/9Mai

LES MEILLEURS LYONNAIS NAISSENT DANS LES COTEAUX.

Ce titre révélateur illustre la plaquette publicitaire des vins des Coteaux du Lyonnais.

On s’éloigne du centre historique de la capitale des Gaules qui vit s’implanter alentour et dès l’époque romaine les nombreux vignobles qui bordent Rhône et Saône.

Michel Bouvier , ingénieur honoraire, demeurant au cœur des vestiges romains, sur les hauteurs de Lyon consacre entièrement son temps à sa passion des vins antiques.

On découvrira dans le musée gallo-romain de Fourvière une riche collection d’objets anciens se rapportant à la culture de la vigne et la conservation des vins ( sculptures, stèles, amphores…)

Ce retour vers Martial, Pline l’Ancien ou Columelle nous fait remonter le temps vers les vins disparus.

(Voir aussi 31 mars)

Mais le vrai bonheur se cache entre vergers et jardins, sur les coteaux des Monts d’Or . 300 hectares produisent près de 20 000 hecto de vins Gamay pour les rouges et de Chardonnay pour les blancs. Lugdunum est à une vingtaine de kilomètres. Aujourd’hui sa renommée réside plus dans la gastronomie, et donc permet à la cité soyeuse de garder le soupçon de convivialité qui n’existe que dans la profondeur des confidentielles tables gastronomiques ainsi qu’au cœur des bouchons surexploités.

C’est le 9 mai 1984 que les autorités administratives confèrent au lyonnais la distinction d’AOC.

Les itinéraires parmi les villages dorés confirment un caractère de charme qui surpasse les contrées voisines du Beaujolais.

Au nord de Lyon, on retiendra plus particulièrement les communes viticoles de Chasselay, Savigny, Lentilly, Bessenay , plus au sud nous arrêterons à Vaugneray, Saint-Laurent-d’Agny, Charly et Millery.

Tous ces noms dont la terminaison en Y nous rappelle que tout se termine toujours autour d’un verre en forme de Y ( verre à pied) .

Les Coteaux du Lyonnais, Photo Etienne Heimermann



130/10 Mai

LES VINS DORMENT SOUS LE ROCHER.

Le 10 Mai 1774 mourait le roi Louis XV. Cet anniversaire nous offre l’occasion de célébrer un autre Louis XV qui a élu domicile à Monaco.

Voisin du Casino, le fabuleux hôtel monégasque se dresse sur l’esplanade de Monte Carlo , lieu de rencontre de toute la « jet set » mondiale.

L’Hôtel de Paris célèbre pour son restaurant le Louis XV dirigé par le nom moins renommé Alain Ducasse, recèle dans ses entrailles une importante et impressionnante réserve de vins.

Dans les innombrables recoins, souterrains, caveaux de ce grand restaurant, se nichent des milliers et des milliers de crûs prestigieux, représentant tout ce que les vignobles de par le monde et depuis plus de cent ans ont pu engendrer. Cette collection unique, représente un capital financier que nombres de sociétés internationales jalousent.

La carte des vins du Louis XV est une réelle aventure livresque de laquelle on peut s’échapper grâce au concours des plus prestigieux sommeliers que compte cette adresse princière.

Si Monaco ne possède pas de vigne, la principauté par contre possède la plus grande variété mondiale de vins célèbres destinés aux plus grandes célébrités de passage.

Le Louis XV à Monaco photo Marc Heimermann


131/11 Mai

LES BARONS DU MÉDOC OU LA SAGA DES ROTHSCHILD.

L’aïeul Nathaniel acquérait le domaine Mouton et pour la première fois la récolte s’appelait Rothschild.

« Je dédie cette récolte à mon arrière grand père le Baron Nathaniel qui acheta le domaine de Brane Mouton le 11 Mai 1853, à mon grand père le Baron James, et mon père le Baron Henri. »

La longue dynastie américaine des Rothschild trône depuis deux siècles sur la presqu’île médocaine acquérant au gré des fortunes amassées les propriétés viticoles que se partagent aujourd’hui les trois plus célèbres Rothschild sur les trois plus célèbres châteaux :

Eric sur Château Lafite, Edmond sur Château Clarke, Philippine sur Château Mouton

Plusieurs jours du présent calendrier ne suffiraient pas à relater tout ce qui caractérise ces cousins châtelains dédiés au Seigneur VIN.

Des trois châteaux, sans nul doute, c’est Mouton qui tire le plus la couverture ( laine ) journalistique sur lui.

Dès 1922, Philippe de Rothschild donne le ton de la renaissance du vignoble . Epris de littérature et plus particulièrement de poésie, Philippe se retire à Paris pour y publier un dernier recueil de poèmes « au gré de l’inconnu ». Ce fut le plus connu d’entre les Rothschild. Les étiquettes illustrées par les plus grands peintres et artistes de ce monde ont fait de Mouton le vin le plus soumis à la critique car le plus audacieux .

Souvenons nous de l’étiquette 1993 peinte par Balthus, qui a été jugée pornographique par les Etats Unis.

Ou le déclassement de Mouton en 1998 par les deux critiques œnologiques les plus respectés du bordelais : Michel Bettane et Thierry Desseauve.

Philippine, aujourd’hui règne en baronne sur Château Mouton après être passée de dessus les planches parisiennes aux cuves médocaines. Comment surmonter ses origines catholiques françaises au sein d’une descendance anglaise qui incarne la banque juive ? C’est parce qu’elle consacre une dévotion sans limite au fruit béni de la vigne, comme le démontre par ailleurs son cousin Edmond.

Celui ci a publié un ouvrage sublime « Le culte du vin ». On y trouve entre autres un nombre impressionnant d’objets cultes se rapportant au monde du vin, dans une présentation des plus attractives à l’œil. (74)

La grande famille Rothschild c’est la distinction par le beau et le goût par le bon.

Eric le démontre dans la réalisation de son nouveau chai dessiné par le célèbre architecte catalan , Ricardo Bofill, un véritable monument entre théâtre et cathédrale où reposent pieusement plus de deux milles barriques.


132/12Mai

LA PREMIERE HALLE AUX VINS DE PARIS.

Louis XIV avait ordonné en 1656 la construction d’une Halle aux Vins aux fins de juguler le commerce anarchique des boissons alcoolisées au cœur de la Capitale.

Ce n’était pas sans compter les oppositions dont celle de l’Hôpital Saint- Victor ( aujourd’hui la Salpêtrière) qui voyait dans le projet de construction une occasion de subvenir à ses besoins moyennant un droit sur les vins. (75)

Il fallut donc une ordonnance du bureau de la Ville de Paris en date du 12 mai 1664 pour décider enfin de la construction de « la Halle au Vin » au droit du quai Saint -Bernard à deux pas du pont de la Tournelle, là où déjà l’on débarquait les vins petits et grands en provenance de Bourgogne.

Le quartier Saint-Victor, où dominaient les édifices de l’abbaye du même nom , allaient connaître les premières grandes transformations urbaines. Les nombreux vergers et arpents de vignes cédaient la place aux immeubles des « Chantiers de Bois Flotté ». Le Plan ci- dessous réalisé par Félibien nous montre où se situait, pour un temps, le nouveau centre du négoce du vin, qui petit à petit prit de l’extension à mesure qu’augmentait la consommation de vin.

Le quartier Saint-Victor ( Halles aux Vins en 1734) Plan Félibien (1)

100 ans plus tard, le quai Saint- Bernard arrivait à saturation, et il fallu faire passer les entrepôts plus en amont de la Seine, là où les terrains permettaient des extensions à la mesure de la nouvelle dimension de la grande ville.

C’est la nouvelle vie des entrepôts de Bercy ( voir 26 Mars )

Reste pour nous une énigme. Lors de la construction des deux pavillons, fut également érigée une petite chapelle dédiée à Saint Ambroise. Pourquoi ce saint protecteur, sans lien avec ce nouveau cadre de vie ?

Saint Ambroise est vénéré par les apiculteurs. Est-ce un rapprochement hasardeux entre la ruche des abeilles et la ruche des négociants en vins ?

Ou bien l’essaim produisant dans ses alvéoles le nectar ambré, comme le négoce en vin propose-t’il dans ses caves le dieu de pourpre et d’or ?


133/13 Mai

DE VIENNE EN AVIGNON, LES VINS DU RHÔNE.

Pourquoi le 13 Mai 1956, une bande d’amis aviateurs se réunirent-ils pour fonder la confrérie de Bacchus et d’Icare s’appuyant sur la symbolique antique d’Icare invitant Bacchus à se reposer ?

Le vin donne-t-il des ailes ? En tous les cas, il s’agit en l’occurrence d’associer l’aviation civile et militaire et toute l’aéronautique aux célèbres crus.

Il faut donc quitter Lyon et nous envoler vers le sud.

La confrérie voisine des « Chevaliers de la Syrah et de la Roussette » nous révèle que ces deux cépages le rouge et le blanc donnent les vins aussi élégants que subtils.

Ce ne sont pas les seuls, on n’en compte pas moins de 23 dont 13 majeurs :

Grenache, Clairette, Syrah, Mourvèdre, Picpoul, Terret noir, Picardan, Cinsault, Roussette, Marsanne, Bourboulenc, Viognier et Carignan.

Aujourd’hui de renommée mondiale, les vins du Rhône expriment le grave comme le doux, le plaisant comme le sérieux. Ils s’expriment en rouge, en noir, en bleu, en rose, en blanc, en jaune. Toute la palette des couleurs provençales.

Ce 13 mai 2005 est un bonheur et une chance de célébrer les 13 appellations que comptent les rives méridionales et septentrionales du long fleuve tranquille qui écoulent ses eaux glaciaires de la Vienne romaine à la cité papale d’Avignon.

En effet, 13 appellations se partagent plus de 50 000 hectares, sur plus de 300 communes réparties sur six départements. La production représente plus de 3 millions d’hectolitres

On compte quatre niveaux hiérarchiques :

· L’AOC « Côtes du Rhône » ( 163 communes )

· L’AOC « Côtes du Rhône Villages » ( 48 communes)

· L’AOC « Côtes du Rhône Villages + nom de la commune » ( 17 sur 27 communes)

· Les AOC avec appellations locales ( 58 communes )

On retiendra donc 13 Appellations pour les vins rhodaniens :

1. Côtes du Rhône Villages

2. Côte Rotie

3. Condrieu

4. Château Grillet

5. Saint Joseph

6. Crozes Hermitage

7. Hermitage

8. Cornas

9. Saint Peray

10. Châteauneuf- du- Pape

11. Gigondas

12. Tavel

13. Lirac

 

Coule le Rhône, coule le vin, coule les Côtes du Rhône.

Autant de lieux, autant de dévotion ! Bénis soient les 26 (2 X 13) saintes communes viticoles :

En Ardèche : Saint-Désirat, Saint-Etienne, Saint-Jean, Saint-Julien, Saint-Just, Saint-Marcel, Saint -Martin, Saint-Peray,

En Drôme : Saint-Maurice, Saint-Pantaléon, Saint-Uze,

Le Gard : Saint-Alexandre, Saint-Geniès, Saint-Gervais, Saint-Hilaire, Saint-Laurent, Saint-Nazaire, Saint-Paul, Saint-Victor,

La Loire : Saint-Michel et Saint-Pierre,

Le Rhône : Saint-Cyr,

Le Vaucluse : Sainte-Cécile, Saint- Marcellin, Saint-Romain, Saint-Saturnin,


134/14 Mai

LE VIN MÉDECIN, OU BUVONS A NOTRE SANTÉ.

Ce sont deux illustres personnages francs-comtois qui sont à l’origine au XIX siècle de l’éloge du vin salvateur pour l’homme. L’union sacrée de l’écrivain Victor Hugo (Besançon) qui affirma :

« C’est Dieu qui créa l’eau, mais l’homme fit le vin »

et du scientifique Louis Pasteur (Dôle)qui décréta :

« Le vin est la plus hygiénique des boissons ».

Ce principe sur les vertus du vin n’a fait que se développer au fil des ans, au rythme de colloques, conférences, études et écrits grâce à l’expertise de la confrérie médico-vinicole.

Une illustration tangible reste dans les mémoires des spécialistes de « Vin et Santé » au cours du colloque du 14 mai 1993, à Aix en Provence, où les professeurs Renaud de Lyon et Bouzeix de Narbonne exposaient leur découvertes aux assoiffés de remèdes. (76)

L’influence scientifique de tous ces spécialistes a créé le fameux concept du « French Paradox ».

C’est le Docteur J.M.Eylaud, Secrétaire Général des « Médecins Amis des vins de France » qui inaugura la longue série des déclarations en faveur du vin. Il concluait ainsi sa conférence du 23 septembre 1949 : « Si le vin ne parvient pas, un jour, à vous guérir par l’art d’Esculape, j’espère que, par l’art d’Apollon, il vous soulagera quelque fois et que, par celui si jeune et si gai de Bacchus, il vous consolera sans échec. » et de terminer sur cette boutade de cabaret : « l’un dit : et que ferais-tu si ton médecin t’interdisait le vin ? » L’autre répond serein : « Ce que je ferais ? J’irais en voir un autre. »

Un autre médecin renommé, le Dr Maury (au nom prédestiné, si l’on se réfère au vin doux Maury ), grâce à son livre : « Soignez vous par le vin »,(77) nous fournit nombre d’associations des crus français avec l’action physiologique du vin moyennant les indications diététiques et médicamenteuses correspondantes.

Vingt ans plus tard l’ouvrage du Dr Martine Baspeyras, intitulé « Le vin médecin » nous démontre scientifiquement comment le Bordeaux rouge possède des propriétés bénéfiques indéniables pour notre organisme grâce à l’analyse physico- chimique des substances intrinsèques de la noble boisson , comme l’alcool, les tanins et colorants.(78)

On n’imagine pas, combien le vin possède de vertus aptes à la faire considérer comme excellent pour notre santé, ce que nous confirment les découvertes scientifiques de Corinne Pézard. (79)

Il est facteur de longévité, facilitateur digestif, anti- diabétique, capable de donner fraîcheur au teint, protecteur des maladies cardiovasculaires, anticancéreux, etc…..

Le vin est ami de l’homme, et demeure pour le moins, comme le confirme, le Professeur Christian Cabrol, le meilleur anti-stress.

Grâce aux études des polyphénols, des flavonoïdes, des dioxydes de soufre, picéide et autre resvératrol, nous sommes aujourd’hui assuré que les nombreuses recherches en cours confirment que moyennant des vins adéquats, des consommateurs avertis et les précautions alimentaires requises, Vin et Santé se rejoignent comme dans la pièce écrite par Jean le Houx au XVIe siècle intitulée :

« Le vin guérit de tous les maux »

Cette petite fable réunit en effet, en présence un médecin ami du vin et un vieillard ami de la vie.

De l’origine de l’humanité à nos jours, le vin produit de l’homme poursuivra sa renommée pour l’éternité.

Les commandements des Médecins, amis du vin

Tout d’abord tu distingueras

Le vin et l’alcool sagement

Pour boire en mangeant tu prendras

Du bon vin raisonnablement

Pour tes malades tu verras

Selon le cas et le moment

Ne prescriras, n’interdiras

Sans bien réfléchir doctement

Par l’exemple tu prêcheras

Comme Rabelais dignement

Tous les fraudeurs dénonceras

Toujours très courageusement

Tes confrères convertiras

Si tu peux scientifiquement

Au raisin, son jus penseras

Comme aliment médicament

Mais seulement quand ne pourras

Donner de vin uniquement

L’eau toujours utiliseras

En injection et lavement

Ou, verdunisée, la mettras

Dans un verre séparément

Confrère, ainsi tu vieilliras

Aimé de tous, utilement

Et dans ta cave laisseras

Bons crus pour ton Enterrement



135/15 Mai

L’ORDRE DES CHEVALIERS DU PAISSIAU

Au cœur de la France, un petit vignoble fournit grâce à ses Pinots et Sauvignons, des rouges et blancs sans grande prétention.

A l’instar du célèbre vignoble voisin, le Sancerrois, les vignerons berrichons cultivent à la fois la modestie et la qualité de vins regroupe au sein de l’Union viticole de Ménétou - Salon qui compte dix communes.

C’est le 15 mai 1966 que fut créée la fameuse confrérie de l’ordre des Chevaliers du Paissiau, ( nom berrichon donné à l’échalas ).

Plantation des « paisseaux » (80)

C ‘est ainsi que munis du paissiau et du tastevin, les impétrants peuvent endosser la cape rouge et le chapeau noir traditionnel et clamer haut et fort, en chantant tous en cœur, ces quelques vers :

« Que les vertus de ce vin de très ancien lignage

Clair comme le jour d’été

Franc comme l’or dont il a le contenu

Gai comme un chant d’oiseau

Vous fassent le cœur et l’esprit à son image. »

La tradition de Jacques Cœur est sauve !

Ainsi sont honorés (voir demain le 16 mai, Saint Honoré) les vins de Ménétou – Salon.


136/16 Mai

 

HONORES SOIENT LES VINS OU LES VINS D'HONORE

Patron des boulangers, si étroitement lié au pain, à la farine, et aux pâtisseries, Saint Honoré nous conduit à l’évidente affirmation selon laquelle sans pain, point de vin, ou là où il y a du pain, il doit y avoir du vin.

Nous sommes à la fin de l’hiver, et le dicton d‘affirmer: « à la Saint Honoré, s’il fait gelée, le vin diminue de moitié » .

Honneur aussi à Honoré Daumier

Honoré Daumier lithographie extraite de Daumier et le vin (81)

Et, en guise de gourmandise, acceptez ce Saint-Honoré, accompagné d’un blanc en provenance de la cave du Domaine de Saint-Honoré, située dans les côtes de Provence.

J.etM. Portal

83250 La Londe


137/17 Mai (c'est le jour de l'Ascencion: voir 24 Mai)

DOUBLE SANCTIFICATION POUR LES VINS DU SOLEIL.

Saint Pascal et Saint Tropez

A l’origine, Pascal est un simple berger, gardien de moutons et d’agneaux (pascal). Sa dévotion à Dieu est telle qu’il rejoint la congrégation des franciscains, pour se consacrer totalement à la prière. Il mourut le 17 mai 1592.

Sa sainte protection est invoquée pour les maux de gorges. D’aucuns par contre font plutôt appel directement à certains vins pour soulager une gorge asséchée.

Le philosophe Pascal avait son avis sur la quantité à boire lorsqu’il affirmait :

« Trop peu de vin, ne lui en donnez pas, il ne peut trouver la vérité,

donnez lui en trop, de même »

Pascal c’est aussi le nom d’un cépage, appelé aussi cépage de cuve blanc de Provence que l’on trouvait dans la contrée d’Aix-en-Provence. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’un petit hectare de Pascal blanc sur le territoire de Cassis, là où les vignes se déroulent nonchalamment vers la mer.

Quel autre itinéraire que celui de Saint Tropez, fêté également le 17 mai ? Nous sommes au début du millénaire sous le règne de Néron, Tropez se convertit au christianisme et fréquente entre autres Saint Paul. Décapité, il devint le saint patron de beaucoup d’églises du pourtour méditerranéen.

Saint Tropez c’est aussi le nom de ce village devenu le plus célèbre de la côte. L’église qui domine la cité balnéaire lui est dédiée.

Saint Tropez c’est enfin le nom d’un vignoble qui couvre le pourtour du golfe. Des terres de Ramatuelle, jusqu’à la Croix Valmer, en passant par Cogolin. Ce sont d’innombrables parcelles de vignes qui sous le soleil de la méditerranée viennent s’échoir jusque vers l’étendue bleue de la mer.

Saint Pascal et Saint Tropez deux destinées, mais deux noms qui sanctifient la vigne et le vin de Provence.


138/18 Mai

UN VIN GOURMAND POUR FINS GOURMETS.

Après avoir laissé les Coteaux du Lyonnais au sud, le Beaujolais à l’est et le Saint-Pourçain à l’ouest, on découvre les côtes Roannaises plus connues pour leur gastronomie que pour leur vignoble.

Pourtant sur la carte des Frères Troisgros, les AOC locaux ont la place qu’ils méritent car ils se caractérisent au dire du célèbre sommelier de la fine table locale, comme des « vins friands et gourmands ».

Michel Troisgros, photo d’Etienne Heimermann

D’abord classés en VDQS le 18 mai 1955, les vins de Roanne issus du seul cépage Gamay noir à jus blanc, trouvent leur ennoblissement en AOC près de quarante ans plus tard.

Cette longue ascension, est toute méritée. Et les 8000 hl de production annuelle peuvent être facilement comparés en qualité à la production beaujolaise.

Le vin reste clair, aux arômes de fruits rouges très frais.

Fidèle compagnon de la cuisine, une Côte Roannaise devient subtile dans ce plat célèbre :

« un filet de sandre à la Côte Roannaise et à la moelle fumée » de Michel Troisgros.

Ce petit détour dans le Centre de la France nous aura permis d’évoquer un vignoble qui assurément fait partie des richesses viticoles françaises, mais n’a pas encore l’envergure d’autres vignobles plus célèbres dont l’audace est d’envahir les rayons des grandes surfaces du territoire national.

Pensez à vous rendre directement chez le producteur. Il y en a de forts recommandables et dont le prix de la bouteille défie toutes les lois du marché.( à moins de 10 € en 2001)

Pour ne citer que Le Château de Champagny à Saint- Haon- le- Vieux

Ou celui de Montplaisir à Ambierle, ou encore le domaine des Pothiers à Villemontais.


139/19 Mai

DAME ROUSSILLON ET SES TROIS FILS, DOUX COMME DES VINS.

Il était une fois, très très loin dans le sud de la France, une terre nourricière du nom de Roussillon. Elle eut trois fils, fort connus car ils étaient les origines ancestrales des familles Grenache, Macabeu, Malvoisie et Muscat.

Par souci de concision, on les dénommait VDN ( vins doux naturels ).

Le grand frère Rivesaltes, grand par sa taille, connut son heure de gloire lorsque l’Administration accepta le 19 mai 1972, que soit fusionnée l’appellation Muscat de Rivesaltes avec son nom d’origine.

Ainsi était confirmé le droit d’aînesse sur ses deux frères Maury et Banyuls.

La naissance officielle des VDN remonte à plusieurs années, car les registres locaux stipulent dès 1898 la façon dont devait s’élaborer leur production et surtout leur fabrication.

La vendange une fois éraflée, est mise en fermentation. Dès le point de mutage atteint, l’adjonction d’alcool se fait généralement sur le chapeau de marc et directement dans la cuve.

C’est ainsi que l’on dénomme le procédé : macération sous alcool.

La macération se produit durant une quinzaine de jours, puis après soutirage, on obtient un jus d’un rouge sombre, très charpenté. Le vin peut alors être mis en vieillissement dans les fûts. Cet élevage diffère s’il s’agit de Muscat par rapport aux trois autres cépages.

On compte de deux à trois ans de vieillissement pour les Maury et les Banyuls, alors que paradoxalement le grand frère se conserve à peine un an, et plutôt dans des cuves en ciments.

Doux comme des vins, ils ont élu domicile dans une contrée entre mer et montagne. Catalans de cœur, ils illustrent le renouveau des vins de qualité à boire avec finesse aux grandes occasions.

Banyuls laisse courir ses arpents vers les rives de la mer, jusqu’aux abords du célèbre petit port de pêche de Collioure.

Maury plus discret, préfère l’abri des falaises rocailleuses, où s’accrochent les parcelles de vignes baignées d’une lumière blanche sous le regard majestueux du Château cathare Quéribus.

Rivesaltes quant à lui , aime prendre le large et s’étendre aisément tout alentour de Perpignan couvrant ainsi près d’une centaine de communes.

La production totale de Rivesaltes représente près de 600 000hl, alors que les deux petits frères se contentent de produire à peine 40 000 hl chacun.

Dame Roussillon peut être fière de ses trois enfants, remarquables par leur charme, colorés comme des princes, fins comme des fruits, mais surtout, doux comme des vins .


140/20 Mai

A DIEU VIN

L’hiver n’est plus qu’un souvenir. Le printemps impose son renouveau.

Cette période du calendrier reste la plus critique pour le vigneron, car elle marque la fin des gelées, mais surtout le risque ultime des derniers frimas pouvant blesser la vigne au plus profond de sa croissance.

Le calendrier traditionnel signale les saints de glace, Gervais, Pancrace et Boniface les 12, 13 et 14 mai.

Dans certaine région, on invoque Sainte Sophie la froide, fêtée le 15 mai. Et Saint Urbain le 25 mai qui serait la date extrême au-delà de laquelle tout risque de gelée serait écarté.

Saint Bernardin, saint du jour nous rappelle le contexte :

« Gelée de saint Bernardin,

Tu peux dire adieu à ton vin,

S’il pleut à la saint Bernardin

Tu peux dire adieu à ton vin. »

Comme quoi rien n’est acquis, et les climats, saisons et évènements météorologiques sont des éléments avec lesquels tout vigneron doit compter.

Les travaux de cette période consistent à soulager le pied des vignes pour lui donner l’aération nécessaire à son développement. Autrefois on binait à l’aide de houes, pioches ou « fossous ». Aujourd’hui, ces outils manuels ont été remplacés d’abord par les petites charrues à bras, puis par les engins mécaniques.

Saint Bernardin grand prédicateur devant l’Eternel, doit son renom, non pas au vin, mais au froid, puisqu’il est invoqué contre les enrouements et est devenu aussi le saint protecteur des tisseurs de laine.


141/21 Mai

BALADE BUCOLIQUE PARMI LES PLUS GRANDS CRUS DE BOURGOGNE.

Je vous invite à parcourir une contrée magique que des auteurs par centaines ont su glorifier. Les ouvrages sur la Bourgogne et plus particulièrement sur les Côtes de Beaune, nous révèlent l’ampleur de l’attrait que provoquent les vignobles de ces communes dont la plupart des noms parcourt le monde entier. C’est le 21 mai 1970 que fut honoré la majorité d’entre eux par une promotion au rang des AOC Côtes de Beaune.

Rendons hommage à tous ces lieux en nous appuyant sur les citations des adorateurs de ces vins nobles.

Ladoix –Serrigny

« Les montagnes qui l’abritent offrent des accidents remarquablement beaux, un jeu extraordinaire de rouges barrés et de murés, la mosaïque la plus variée de culture et cet imprévu qui fait le charme des paysages. » (Joseph Bard )

Aloxe- Corton

« Les cortons des bonnes années sont, au bout de sept à huit ans, des vins parfaits dignes d’être offerts aux gourmets les plus délicats et d’être servis dans les occasions les plus solennelles. » ( Lavalle )

Pernand-Vergelesses

« Ces vins sont un peu plus fermes que ceux de Savigny ; ils ont du feu de la force et ils sont de garde. » (Dr Morelot )

Savigny-les-Beaune

« Les vins de Savigny sont parfumés, mœlleux et bons pour la santé, sont riches en bouquet. Ils ont du feu et de la force ; mais c’est surtout par leur exquise et délicate finesse qu’ils se recommandent aux amateurs » (Danguy et Aubertin)

Chorey-les-Beaune

« Parmi les meilleurs vignobles du Canton sud de Beaune, on doit placer celui de Chorey « ( Dr Morelot)

Beaune

« Le Beaune possède un bouquet et une robe qui rappellent par leur délicatesse, les tons les plus fins des pastels de Maurice Quentin de la Tour. » (Maurice des Ombiaux)

Pommard

« Le finage de Pommard qui comprend 342 ha de vignes classeés, produit d’excellent vins fermes, colorés et plein de franchise. » (Camille Rodier )

Volnay

« On ne peut savoir ce qu’est le Volnay, si l’on a pas bu du Cailleret. »

Monthélie

« C’est un pays tout de vignes et de montagnes » ( Bouchu 1666)

Auxey-Duresses

« Cette Côte à l’abri du vent qui se chauffe au soleil levant, comme un vert lézard, c’est Duresses. » ( Armand Vaud)

Saint-Romain (voir le 28 février )

Meursault

« Aux vignerons de Meursault, mes compatriotes et au chardonnay, noble cépage des terroirs murisaltiens » (Pierre Poupon)

Puligny-Montrachet

« Bien que marié au plus grand des vins blancs du monde, Puligny, à lui seul, fait flotter au vent la bannière qualité. »

( H. Cannard)

Saint-Aubin ( voir le 1er Mars )

Chassagne-Montrachet

« Le Montrachet…c’est à genoux et tête découverte qu’il faut le boire. » (Alexandre Dumas)

Santenay

« Ils sont rouges, moelleux, tanniques, et de bonne conserve. Ils ont un accent assez singulier et sentent l’amande et la fraise. (Dr Ramain)

Merci à Henri Cannard de nous avoir fourni ces citations glanées au cours de ses « Balades en Bourgogne ». (82)



142 /22 Mai

QUELLE DÉGUSTATION, VIN DIEU !

Nous n’y avons jamais participé, nous ne participeronsjamais à la plus grande, la plus noble, la plus exceptionnelle des dégustations de vin, celle du Château Pétrus.

Déguster le plus grand, le plus rare, le plus convoité, mais aussi le plus cher, relève d’un privilège que seul quelques grands érudits de l’œnologie peuvent convoiter.

Citons à titre d’illustration, la célèbre dégustation à l’aveugle du meilleur vin rouge du monde, celui qui se niche au tout début de l’estuaire de la Garonne, dans le vignoble de Pomerol.

Pour démontrer à quel point on atteint les sommets du vertige dégustatif, écoutons le descriptif de

Jo Gryn, un des célèbres invités de cette studieuse journée du 22 Mai 1987.

Ils étaient trente huit invités par le Club Vinophile et le Grand Jury de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

Au hasard des exclamations et descriptifs enivrants, nous retiendrons quelques qualificatifs que seuls les dégustateurs de vin savent nous faire partager dans leur aveuglement raisonné. Il s’agissait bien sûr d’une dégustation à l’aveugle :

1961 : le premier des premiers : « la truffe noire du Périgord dans son odorante splendeur »

1962 : le 2° , « des séquences de fruits et de tanins irrésistibles »

1966 : le 3° , « nez humique très légèrement animal avec du bois fondu et de la réglisse »

1971 : le 4° , « un vin velouté de taffetas »

1953 : le 5° , « un soupçon de vanille enjolive le premier nez….. »

1958 : le 6° , « nez fauve et grain de café »

1959 : le 7° , « Une promenade dans des arômes de sous bois. On chavire dans le bain ( non le pain ) d’épice… »

1964 : le 8° , « le bel âge avec un nez de truffe lui aussi saupoudré de vanille »

Pétrus 1961 Christie’s wine department

Il y avait 22 Pétrus à déguster !!! Normal on est le 22 mai. Leur année de naissance : de 1926 à 1976.

Aujourd’hui, on boit sans doute les 1975 et 1976, qui, il y a à peine 20 ans étaient à peine éclos.

Rendons à cette occasion un hommage appuyé au pape de la dégustation, Emile Peynaud, celui qui nous a donné « Le goût du Vin ». (83) En ce 22 mai le calendrier célèbre Saint Emile.

La rencontre du plus célèbre dégustateur et du plus célèbre vin nous élève au sommet de la perfection œnologique.

Saint Pétrus, le saint vin des vins sain(t)s. Puisse l’esprit de Pétrus habiter tous le vins.


143/23 Mai

SAINT DIDIER EN SON CHÂTEAU

Si l’on fête Didier en ce 23 mai, cela correspond au jour de la mort de celui qui naquit au milieu du VI° siècle à Autun. Devenu évêque de Vienne, il s’opposa à Brunehaut épouse de Sigibert Ier. Celle-ci exila le prélat sur une île pour cause de viol, avant de le faire lapider au lieu dit de Saint- Didier-sur-Chalaronne.

Un autre Didier, originaire d’Albi, ancien trésorier de Dagobert, fut évêque de Cahors.

Si le premier gît dans la contrée des célèbres chapons, le deuxième se retira à l’abbaye de Moissac , pays des pruneaux.

En jetant notre dévolu sur le célèbre Cahors des frères Frank et Jacques Rigal, nous tenons ainsi à célébrer le Château Saint-Didier de Parnac.

Frank et Jacques Rigal

« Sa robe est rubis, brillante et profonde. Son style et sa tenue témoignent de la qualité de la vinification. Parfaitement équilibré, dense et corsé, d’un tanin superbe et bien enrobé, c’est un excellent vin de garde doué d’une belle ampleur en bouche, somme toute un Cahors tendre et savoureux. »

C’est ainsi que la maison Rigal décrit son protégé niché dans le saint des saints du Château.

Aussi pour clore cet hommage, permettez cette recommandation subtile et gastronomique, en mémoire à Saint Didier : faites-vous servir au cours d’un repas un magnifique chapon de Saint-Didier- sur- Chalaronne agrémenté de pruneaux des vergers de Moissac, avec en primeur un Château Saint- Didier de Parnac 1985.


144/24 Mai ( en 2007 l'Ascention tombe le 17 Mai)

A L’ASCENSION, LES VINS PRENNENT DE LA HAUTEUR.

Parler de Puy-en- Velay, c’est immédiatement faire l’association avec les lentilles vertes ou la dentelle. Mais s’agissant de la vigne, nul manuel ou ouvrage sur le vin n’accorde un chapitre dédié à cette région blottie sur les contreforts de l’Auvergne.

Il faut revenir cinq siècles en arrière pour découvrir dans cette région l’importance de la culture de la vigne.

En effet , Jean Pestre nous raconte que le 24 mai de l’an 1526, « Jean Pradier, notaire royal du Puy, reconnaît à Jacques de Coubladour, une vigne au terroir de Paragol, qu’il vient d’acquérir d’Antoine Panchenat et qui touche celles de Mathieu Bérard et de Pierre Bérard. » (84)

Déjà, le même jour du 24 mai, mais cette fois de l’an 1443, « Bertrand Privat reconnaît tenir de la directe de la collégiale Saint- Georges, une vigne sise au terroir de Chassande. »

Les vallées de la Loire et de l’Allier offrent sur leurs pentes protectrices les terres propices à l’ensoleillement des vignes, malgré les hivers rigoureux que connaît une telle contrée. Les classiques cépages de Pinots, Gamay et Chasselas constituaient le gros du contingent, alors que le petit Bouchet, le petit Noir et le plant de Malin apportaient leur originalité.

Comme dans d’autres contrées, le phylloxéra s’y dissémina dès la fin du XIX siècle. L’implantation de nouvelles vignes s’est limitée à quelques arpents atteignant vers les monts du Forez quelques 150 hectares et vers Clermont- Ferrand près de 500 hectares, tous composés de Gamay noir à jus blanc, très peu tanniques et à boire au cours de leur prime jeunesse.

Ces VDQS sont là pour rappeler le passé et peut-être redonner prestige à cette région, comme à celle de Beaubac, où se récolte un petit blanc sec et muscadé. Peut-être le début d’une longue aventure en descendant le plus long fleuve de France.

Le rythme calendaire de l’Eglise situe en le jeudi 17 mai ( en 2007) la fête de l’Ascension.

On retiendra l’initiative originale de l’association des vignerons des Côtes du Ventoux, qui chaque année le jour de l’Ascension, organise une course cycliste dont l’objectif premier est l’ascension de Ventoux.

Voilà une façon de prendre de la hauteur pour faire gravir aux vins locaux les pentes de la célébrité.

Vignoble de Bédouin au pied du Ventoux, photo Marc Heimermann



145/25 Mai

LE PRÉSIDENT FALLIÈRES DANS SES VIGNES.

On nous propose trois saints pour le 25 mai

Sainte Sophie (nouveau calendrier) qui se fête aussi le 18 septembre

Saint Urbain (calendrier populaire) à qui nous donnons rendez vous le 19 décembre

Saint Grégoire (calendrier liturgique) que nous rencontrerons le 2 septembre ;

Dans ces conditions point de référence à la sainteté et pourtant toute une région du sud-ouest a dû invoquer le ban et l’arrière-ban de tous les saints pour juguler la succession de catastrophes qui se sont abattues sur le Gers entre 1840 et 1900.

Nous sommes dans les hauts lieux de l’Armagnac.

Les cataclysmes se succèdent.

D’abord en 1840, les grêles meurtrières saccagent les 100 000 ha de vignobles, puis en 1860 c’est l’oïdium, péniblement repoussé, puis vingt ans plus tard le black rot, réduisant de moitié les surfaces récoltées pour voir le ravage suprême par le phylloxéra des deux tiers du vignoble de l ‘Armagnac ;

Une immense opération de replantation fit son œuvre durant dix ans, soutenue par le fameux décret Fallières du 25 mai 1909. Le décret se rapportait pour l’essentiel au découpage des régions et aux conditions de plantation et de superficie. (85)

Le découpage des trois régions : Bas Armagnac ( 12000 ha) , Ténarèze ( 9000 ha) et Haut Armagnac ( 5000 ha ), fait qu’elles seules pouvent bénéficier du droit à l’appellation « Armagnac » conformément aux attendus du décret Fallières.

Carte extraite de l’ouvrage « Armagnac »(1)


146/26 Mai

VIN ET FAMILIARITÉ A MONTAIGU

C’est au début du XIV siècle que l’archevêque Thibaut de Rougemont approuve « la familiarité » qui est une forme de groupement ecclésial de chapelains. Nous sommes en région de Franche-Comté qui alors comptait jusqu’à plus d’une centaine de familiarités dont une cinquantaine dans le Jura autour de Lons-le-Saunier.

Grâce aux recherches dans les archives départementales du Jura, et à une étude locale datant de 1962 ( Jean Brelot), nous voici mieux initiés aux familiarités de l’époque. (86)

« Elles regroupent des prêtres originaires de la ville, dotés par leurs familles d’un titre patrimonial leur assurant, leur vie durant, un minimum de ressources. »

Il faut savoir que progressivement la familiarité et la cure allaient progressivement fusionner pour donner naissance à la paroisse, laquelle élisait un vicaire perpétuel en charge de gérer la communauté des chapelains dispersés dans les villages.

La familiarité recevait tout au long de son existence toutes formes de donation dont principalement des vignes, principale culture caractéristique de la région avec le blé. Deux grands centres religieux et agraires se faisaient concurrence, ils étaient éloignés d’une quinzaine de kilomètres.

C’est ainsi que le 26 mai 1462, s’effectua la première donation par Jehan de Matafelon qui résidait alors à Montaigu.

Cette donation comportait : « Deux queues de vin rouge pur et net, mesure de Montaigu »

Les écrits de l’époque nous révèlent que généralement le vin est livrable à Montaigu et le blé à Orgelet.

La queue de vin, soit huit barraux de quarante huit pintes, correspondait à environ 500 litres. Ce qui permet de croire qu’avec deux queues de vin les familiers avaient de quoi réunir ce qu’il fallait pour célébrer les messes durant un an.

Un rapide calcul démontre que la consommation hebdomadaire représentait pour une communauté de 20 familiers (confirmé par les statistiques de l’époque) une moyenne de I litre par chapelain et par semaine avec pour unique objet la consommation durant les messes obligatoirement célébrées une fois par jour.

Gageons que nos vénérables ecclésiastiques n’avaient pas de quoi abuser de la dive bouteille et donc devaient assurément faire appel à d’autres donations ou offrandes pour étancher leur soif de révérences et de méditations.

Montaigu et sa voisine Orgelet sous la protection de l’abbaye de Saint- Claude et la chapelle de Sainte- Madeleine, sont restés des lieux de familiarités moyennant le besoin constant de vin et donc de vignes. Au gré des années l’approvisionnement se dispersait de ce centre névralgique pour conquérir les régions de Bourgogne et du Lyonnais.


Le développement de la viticulture dans cette région de l’Est de la France confirme, encore une fois, le rôle prépondérant des ordres religieux. D’abord les communautés monastiques, puis les ordres ecclésiastiques. Aujourd’hui le côté religieux a fait place aux associations et confréries vigneronnes.


147/27 Mai (Pentecôte)

LES DERNIERS VIGNERONS SERONT LES PREMIERS.

« Le royaume des Cieux est semblable à un père de famille qui sortit de grand matin pour louer des ouvriers et les envoyer travailler à sa vigne ; il convint avec eux de leur donner un denier pour leur journée et les envoya à la vigne.

A la troisième heure de la journée, ayant vu des ouvriers qui se tenaient sur la place sans rien faire, il les envoya à la vigne. Il sortit encore à la sixième heure, à la neuvième heure et à la onzième heure, et ayant aussi trouvé des ouvriers sur la place, il leur dit : Allez, vous autres aussi, à ma vigne.

Le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelez les ouvriers et les payez en commençant par les derniers jusqu’aux premiers. Ceux donc qui n’étaient venus que sur la onzième heure reçurent chacun un denier. Les premiers étant venus à leur tour pensèrent recevoir davantage, mais ils ne reçurent chacun qu’un seul denier et, en le recevant, ils murmuraient contre le père de famille, disant : ces derniers n’ont travaillé qu’une heure et vous leur donnez autant qu’à nous qui avons porté tout le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l’un deux : Mon ami, je ne vous ai fait aucun tort ; n’êtes-vous pas convenu avec moi d’un denier pour votre journée ? Prenez donc ce qui vous appartient et vous retirez. Pour moi, je veux donner à ces derniers autant qu’à vous. Ne m’est-il pas permis de faire ce que je veux et votre œil est-il mauvais parce que je suis bon ?

Ainsi au jour du jugement ,ceux qui se sont trouvés les derniers ici- bas seront les premiers et ceux qui ont été les premiers en ce monde seront les derniers dans le royaume du Ciel, parce qu’il y en a beaucoup d’appelés à la foi et peu d’élus pour la gloire. »

Evangile de St Mathieu Ch XX ( 1à15)

En ce jour de Pentecôte, nous tenons à rendre hommage à tous les vignerons. Que les plus modestes soient autant récompensés de leur labeur et de leur production que les plus connus.Ainsi l'esprit du vin les comblera.

Le vigneron de Ferdinand Hodler. Musée d’art et d’histoire de Genève


148/28 Mai

LES VINS DE SAINT-GERMAIN.

On dénombre dans le recueil des communes de France, plus d’une centaine qui portent le nom de Saint- Germain.

Deux Germain marquèrent l’histoire, la religion, la France et la Bourgogne,

Celui qui vit le jour à Auxerre en 378, au milieu des vignes de l’auxerrois, devenu Gouverneur et Evêque d’Auxerre, puis de Constantinople où il mourut.

Celui né à Autun en 496 entre les Côtes de Beaune et les vignobles de l’Yonne pour décéder à Paris le 28 mai 576.

Le premier donna son nom respectivement à la cathédrale d‘Auxerre, où repose son corps , et à l’église d’Irancy, dont la commune est connue pour son vignoble. A Paris, Saint-Germain -l’Auxerrois à côté du Louvre et Saint-Germain- le-Vieux, dans l’île de la Cité sont également dédiés à Saint Germain d‘Auxerre.

Le second nommé évêque par Childebert, fonda l’abbaye de Saint- Germain, d’où subsiste aujourd’hui Saint-Germain -des-Prés.

Leur histoire religieuse ne fournit guère de rapprochement avec le vin. Et pourtant, Germain est une référence nominative et évocatrice pour des communes viticoles ou pour dénommer tels ou tels vins.

L’association de Saint Germain à « Auxerrois », fait penser à la ville d’Auxerre et absolument pas à l’Auxerrois , nom du cépage utilisé principalement en Alsace, appelé aussi Auxerrois blanc ou Pinot auxerrois. Alors que dans l’Auxerrois, ont cultive le Pinot gris ou le Pinot noir.

Citons quelques communes viticoles avec pour nom Saint- Germain :

Dans le Bordelais :

Saint-Germain- de- Grave

Saint-Germain- d’Esteuil

Saint-Germain- du- Puch

Saint-Germain- La- Rivière

En Charentes

Saint-Germain

Saint-Germain- de- Lusignan

Saint-Germain- de- Marencennes

Saint-Germain- de- Vibrac

Saint-Germain- de- Seudre

Dans le Beaujolais

Saint-Germain- sur- l’Arbreles

Dans le Jura

Saint- Germain- les- Arlay

Dans la Loire

Saint- Germain- sur- Moines

Saint- Germain- des- Prés

Saint-Germain- sur- Vienne

Cette liste n’est pas exhaustive et que nous pardonnent Saint- Germain ainsi que les communes oubliées !

Terminons ce périple, en nous souvenant de cette très sympathique dégustation d’un Minervois, cuvée Domaine Saint- Germain. Un vin rouge robuste où dominaient Syrah et Grenache, au goût de fruits secs. C’était entre Noël et Nouvel an de l’année 2002, dans la cave coopérative ( Cella-Vinaria) de La Livinière.

Un réchauffement au cœur et une découverte étonnante alors que dehors le ciel était si sombre et si bas et que les vents froids descendaient de la Montagne noire.


149/29 Mai

ANJOU PUR, ANJOU RADIEUX.

« Quand mon verre sera plein, je le videray

Et quand il sera vide, je le pleindray…. »

Maître François Rabelais

Ce fameux serment s’inscrit en épigraphe de la noble et très ancienne confrérie des Chevaliers du Sacavin, née en 1904.

Sacavin ou sac à vin est ce petit tonnelet suspendu au ruban bleu et rouge que le chevalier arbore lors des cérémonies annuelles.

Mais intéressons-nous aux armoiries qui représentent un verre de vin d’Anjou, ailé sur fond d’azur. Voilà un symbole qui conduit les vins d’Anjou vers les cieux rayonnants, loin des sombres caves.

Et Fernand Woutaz d’ajouter, « La devise des Chevaliers : Anjou pur, Anjou radieux, transporte nos âmes sur les ailes facétieuses d’un calembour…aéronautique, ainsi qu’il retentit des flancs d’une cave volante. »

Et le 29 mai 1959, à l’occasion du baptême de la caravelle Anjou, il fut donné aux membres de la confrérie de recevoir leur baptême de l’air tout en dégustant « à 12 000 pieds qui n’étaient pas de vigne, mais d’altitude », les célestes nectars dont le « Chenin du siècle ». (87)

Anjou la douce c’est le point d’orgue des vins de Loire.

L’Anjou c’est la rencontre de vins rares et même exceptionnels et originaux comme :

L’appellation Savennières, se situe à la périphérie d’Angers et produirait selon Curnonsky, l’un des cinq plus grands vins blancs secs de France, lequel se caractérise par des arômes de vanille, de tilleul et d’amandes. Un arrêt s’impose dans les caves prestigieuses de la Roche- aux- Mines et de la Coulée- de- Serrant.

Les Quarts-de-chaume et les Bonnezeaux ( à ne pas confondre avec les bonnes eaux ) sont fixées sur les versants du Layon. Issus du Chenin blanc, ils caractérisent les vendanges tardives. Ces vins rivalisent de moelleux avec les Sauternes, Montbazillac ou autres Alsace.

Les Cabernets rosés, qui se boivent frais sous la tonnelle ou les Cabernets sauvignon, voire les Cabernets francs sont autant de variations sur un même thème de dégustation angevine. Fleurs et fruits trouvent leur épanouissement dans les verres des amateurs, mais surtout des princes et des rois successifs qui ont marqué de leur vie cette contrée si bucolique et bachique.

Les vins d’Anjou représentent la plus grande surface de la Loire avec plus de 20 000 hectares produisant près de 110 millions de bouteilles pour près d’une trentaine d’appellations.

C’était, il y a plus de 900 ans, Saint Martin de Tours introduisait en Anjou le plant de Chenin, qui fit pousser les vignes comme des églises.

Un vignoble immense à l’image de sa variété et de sa richesse. Pour preuve, Gargantua l’immense, une fois allongé avait les pieds en Touraine, mais le gosier en Anjou.


150/30 Mai

DAME-JEANNE ET LE VIN

On celèbre habituellement la mort de Jeanne d’Arc brûlée vive à l’âge de 19 ans le 30 mai 1431.

Mais ce n’est pas son évocation qui nous conduit vers le monde du vin.

Par contre, le nom de Jeanne nous évoque quatre éléments liés au vin et porteurs de ce nom.

On citera successivement :

La cave de la reine Jeanne aux ogives gothiques, qui se situe dans la commune jurassienne d’Arbois.

L’immense grosse bouteille enfermée dans un clissage de paille ou d’osier et qui servait de transport aux vins. Ces sortes de cantines s’appelaient des dames- jeannes

Puis, pourquoi ne pas évoquer le nom d’un vin, fort célèbre, liquoreux, vendangé tard dans l’année au moment des premières glaces et qui a pour nom « le Johannisberg » ?

Enfin, après le lieu de conservation ( la cave), le contenant ( dame-jeanne), puis le contenu (Johannisberg) , il faut pouvoir parler du vin et l’un des meilleurs moyens est le livre spécialisé dans la thématique vineuse, comme le proposent les éditions Jeanne Laffite à Marseille.

Cet éditeur compte un nombre important d’ouvrages traitant des vins, de la vigne et bien sûr des vignerons.


151/31 Mai

DU « MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE » A « L’ESPAGNOL »

Il existe un site extraordinaire de par sa majesté, son originalité, son isolement et son caractère insolite. Il se situe à la rencontre de deux mondes ; celui du silence et du recueillement au couvent de Baume- les- Messieurs tapi au fond de la reculée et celui de l’élévation et du respect au village de Château- Chalon dressé sur les falaises de calcaires jurassiques blancs.

L’origine des vins de Château- Chalon remonte aux romains. Mais on nous dit que les abbesses du couvent de Château-Chalon avaient eu l’idée d’importer le fameux Tokay de Hongrie qui donna naissance au plant actuel : le fameux Savagnin. C’est le 31 mai 1936, il y a déjà presque 70 ans, que paraissait au Journal officiel le décret signé par Albert Lebrun nommant AOC le « Château-Chalon ».

Le plus grand vin blanc au monde et le plus petit en surface (18 ha) et production (200hl) devenait l’un des tout premiers vins français à entrer dans la caste des AOC.

L’originalité de ce vin de garde ( de 25 à 100 ans ! ) est dû à la méthode de vinification largement décrite par Pasteur dans son « Traité sur le Vin » de 1866 .

Vendangé autour de la Toussaint, le raisin garde au-delà des premières gelées le sucre des grains. Puis après une première fermentation, il est soutiré pour être mis, dans de très vieux fûts de chêne, au repos pendant plus de six ans. Se forme alors à la surface du liquide une pellicule de levures qui travaillant au ralenti va donner ces arômes si caractéristiques. C’est le « mystère de la Chambre Jaune ».

Pour illustrer un moment de dégustation de ce vin, citons Bernard Clavel, auteur régional par un extrait de son roman « L’Espagnol » qui fut l’événement de la télévision en 1966 où toute la France découvrit le Vin Jaune de Château- Chalon. (88)

« …..Le parfum, c’était la première chose qui avait intrigué Pablo, mais il s’était demandé d’où il venait. Ca ne sentait pas le vin .C’était une odeur curieuse qu’il n’avait encore jamais perçue, et qui ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait .Le patron et Clopineau avaient levé leur verre en direction de la lampe. Et Pablo les imita.

Vue à travers le vin, l’ampoule était un gros soleil doré comme celui qui s’était couché tout à l’heure, au fin fond de la plaine .De chaque côté et en bas, l’épaisseur du verre donnait le bleuté des collines…..Et ils ne buvaient pas…ils reniflaient à petits coups, puis éloignaient leur verre….Et le parfum du vin continuait à monter, emplissant la cave. Avec lui montait comme une chaleur, comme une paix aussi, qui calmait tout…..Le patron lui même s’était adouci .Il parlait à voix presque basse….Enfin, il leva son verre en disant : - A la bonne vôtre.
Pablo à la première gorgée, avait pensé : « Ce n’est pas du vin ». Il trouvait cette boisson curieuse…. Pablo avait maintenant dans la bouche ce goût étrange du vin qui venait longtemps après. Pour bien le faire ressortir, il fallait avaler ,puis une fois la bouche vide, sucer sa langue un bon moment. Alors là, on avait vraiment le goût. Un goût très chaud, un peu comme celui de la buée qui monte de la terre rouge quand on l’arrose en plein midi. Un peu aussi, mais très peu, celui de la poudre brûlée. Et ça, c’est ce qui avait le plus intrigué Pablo…Sa langue était imprégnée de ce goût de poudre de guerre ; à peine celui des pétards d’un soir de fête. En lui Pablo sentait une bonne tiédeur. Comme un amollissement de ses muscles durcis de fatigue. »

Autre séance mémorable de dégustation celle de novembre 1994, où au Château Pécauld d’Arbois, les membres du groupe d’étude sur le vin jaune dégustèrent un Château-Chalon de 1774. Soit une conservation de 220 ans !

Le verdict se résumait en ces deux mots : « Un monument inaltéré », où se maintenait le parfum particulier de l’écale de noix.

En conclusion, nous pouvons résumer cette page par l’équation d’or suivante

( SAVAGNIN + VIN JAUNE + CLAVELIN) X DURÉE = CHÂTEAU-CHALON

La colline de Château-Chalon

CHOIX D'UN AUTRE MOIS

 

 

 

 

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