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MOIS DE DECEMBRE

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335/ 1er Décembre

LES SEIGNEURS DU CAHORS.


Comme nombre de vignobles, les vignes du bord du Lot connurent le ravage du phylloxéra en 1877. Les vignerons locaux contraints à l’arrachage, ne s’en sont jamais remis.
Cette petite contrée du sud-ouest eut peine à faire face car elle avait par ailleurs à souffrir de la dissémination, au cours des deux guerres qui suivirent, d’une partie de ses forces vives, puis et surtout de la concurrence imposée par l’arrivée massive des vins d’Algérie à partir des années 30, puis encore du gel de 1956, etc...

La replantation n’était pas heureuse, le cépage usité et utilisé l’Auxerrois provoquait des coulures préjudiciables au rendement. Bref, le paysage lotois semblait de plus en plus abandonné, et la végétation arboricole gagnait sur les arpents de vigne.

Fort heureusement une poignée de vignerons se regroupèrent pour défier la malchance locale et redonner à ce secteur la célébrité qui lui échappait.
Cette ténacité fut récompensée par la publication du décret du 15 avril 1971, offrant aux vins locaux l’AOC « Cahors ».

L’Auxerrois a vaincu, il est devenu le cépage local dans la proportion d’au moins 70%. Il peut être accompagné de la célèbre « Dame Noire », que sont les cépages Tanat, Merlot et Syrah, ce qui confère au Cahors sa couleur sombre et son goût de tanin prononcé à base de griottes noires.

Les vins du Lot sont aujourd’hui incontournables et ce grâce à deux hommes passionnés de vin qui ont cru à ce renouveau régional, l’un PDG de la Maison Cartier : Alain Dominique Perrin , l’autre journaliste : Patrick Dussert- Gerber surnommé PDG . A l’initiative de A.D.Perrin , une association pour la reconquête du Cahors s’est constituée le 1er décembre 1987.. Ainsi sont nés les 10 Seigneurs du CAHORS (163):

• Dominique Cavalie, Président des Côtes d’Olt : Château les Bouysses à Parnac, .
• La Famille royale du Danemark : Château de Caïxe à Luzech.
• Marc Delgoulet : Château de Chambert à Floressas.
• Georges Vigouroux, Président des Caves du Roc : Château de Haute-Serre à Cieurac.
• Alain Dominique Perrin de la Maison Cartier: Château Lagrezette à Caillac.
• Jean Baptiste de Montpezat frère du prince Henrik du Danemark : Domaine de Léret- Montpezat à Albas.
• Franck et Jacques Rigal : Prieuré de Cénac à Saint-Didier-Parnac.
• Philippe Heibronner : Domaine de Quattre à Bagat.
• Hervé de Portes : Domaine de Treilles à Bagat.
• Jean Baldes : Château de Triguedina à Puy-l’Evêque.

C’est dans un livre majestueux par son contenu, écrit par Pierre Capdeville et magnifiquement illustré grâce aux photos remarquables de Pierre Lasvesne et Pierre Sourzat que les trois Pierre ont su faire revivre l’ ancienne édition de 1983 intitulée : « Le vin de Cahors des origines à nos jours ». (164)


Nous terminerons cette journée, sur les propos poétiques de l’enfant de Cahors, Clément Marot :


« Bacchus aussi sa bonne vigne y plante,
Par art subtil sur montagnes pierreuses,
Rendant liqueur forte et savoureuse. »

(L’enfer – de sa prison 1540)


 



336/ 2 Décembre

10ème SALON DES CAVES PARTICULIERES.

C’était à l’été 1988, notre périple professionnel nous conduisait en région parisienne.
Nos recherches d’ouvrages sur les vins allaient se révéler prometteuses. L’automne arrivait avec sa moisson de livres glanés sur les quais, aux puces, chez les bouquinistes. C’était un enchantement de voir que nous allions pendant quelques années accumuler des livres qui chaque fois d’avantage excitaient curiosité et désir de collection.
Pour les bouteilles, l’approche différait un peu. Quelques achats rigoureusement conduits lors des déplacements, permettait de garder précieusement quelques bonnes bouteilles dans la cave d’une connaissance qui habitait le 12ème. Il bénéficiait d’une belle cave voûtée dont la température convenait à la conservation des vins. Donc rien de bien original, jusqu’à ce premier week-end de décembre 1988, où nous découvrions le 10ème salon national des caves particulières à l’Espace Champerret, dans le 17ème.

Ainsi, à 300m du domicile, juste après avoir traversé le boulevard périphérique, on se retrouvait en plein milieu de toutes les régions viticoles françaises, et ce le temps d’une journée. Cette rencontre eu lieu le 2 décembre 1988.

Quelque 800 petits stands, arborant le nom de la cave d‘origine, s’alignaient en rangées serrées dans une ambiance surchauffée. Un spectacle de foire souterraine, où une longue file d’amateurs se pressait pour acquérir le guide et le précieux verre, permettant ensuite de trouver tant bien que mal le ou les vins de ses envies.
Tous les vignerons étaient présents avec leur conjoint pour accrocher le visiteur parti ou non à leur recherche au milieu de cette multitude de stands. L’ordonnancement de ceux-ci répondait à des choix aléatoires, ce qui développait chez les visiteurs des comportements d’êtres assoiffés, perdus dans un labyrinthe embouteillé.

Les dégustateurs, verre à la main, avaient le sentiment de partir à une véritable conquête, et arboraient des allures de vainqueurs une fois acquis les précieux cartons, qu’ils devaient alors, avec habilité emporter jusqu’à leur voiture. Celle-ci, était au mieux garée dans l’aire adjacente, ou alors un peu plus loin dans le quartier, lui-même encombré de camionnettes venues de toutes les provinces viticoles.

Aller « Aux caves particulières » c’était la rencontre des amateurs de vin de la Capitale avec la France profonde des caves. Champerret se transformait en une immense cave d’où l’on pouvait remonter quelques précieux cartons en vue des prochaines fêtes de fin d’année.


logos 1988 et 2000


Depuis, le succès aidant, le Salon a pris ses quartiers à la Foire de Paris, et organise durant l’année une tournée dans les grandes villes de Province ( Lyon, Lille, Bordeaux etc…).
La Confédération Nationale des Caves Particulières ( CNCP ) comprend plus de 30 000 vignerons. Qui évidemment se bousculent pour participer aux divers salons. Cette gigantesque opération de rapprochement de producteurs vers les consommateurs, n’empêche nullement le rapprochement de l’amateur de vin (consommateur) vers le vigneron récoltant ( producteur ). Et dans ce dernier cas, la démarche est sans doute plus poétique.


 



337/ 3 Décembre


SAINT-FRANCOIS-XAVIER FAIT DES VINS DANS LA DENTELLE.


C’est en contrebas des Dentelles de Montmirail, que le Domaine Saint-François-Xavier a pris racine dans les vignes que possédaient autrefois les Princes d’Orange.

Le propriétaire André Gras élève et vinifie des vins de l’appellation Gigondas et des Côtes du Rhône AOC.
Toujours cette trilogie des cépages courants des Côtes du Rhône,: Cinsault, Mourvèdre et Syrah . On obtient des rouges sombres et odorants qui se rapprochent des Châteauneuf.

Alors pourquoi le nom de Saint-François-Xavier ? Aucun rapport avec François Xavier, ce grand missionnaire de l’Extrême Orient, décédé à Goa, en Inde, le 3 décembre 1552, dans le dénuement le plus total.
Le nom du Domaine a été donné en souvenir du créateur de la propriété, Monsieur Lambert, qui avait pour prénom François Xavier. Et de là à sanctifier l’heureux créateur, le pas était franchi.

André Gras est encore un vigneron dont les principes de vinification ne font guère appel aux techniques modernes,tout cela pour préserver une qualité certaine.


Les Dentelles de Montmirail (Copyright : Russ Collins )


Gigondas demeure un village totalement dévoué à la vigne. Sa situation en surplomb de l’Ouvèze, et à l’abri des « Dentelles » offre avec sa petite place ombragée de platanes, un lieu de délassement où aiment se rencontrer les visiteurs de caves. On ne quitte pas Gigondas sans avoir emporté quelques précieux flacons en souvenir.
Et si possible, des flacons bénis au Saint François Xavier.



338/ 4 Décembre

SAINTE BARBE S’INVITE EN MÂCONNAIS.

Sainte Barbe va nous faire découvrir les vins de Mâcon et ses satellites qui répondent à l’appellation « vins du Mâconnais ».

Au début de notre vie active, nous habitions au centre de Mulhouse et avions pour voisins un couple de plus de dix ans nos aînés. Ils étaient originaires du bassin du Creusot. Elle parlait avec cet accent qui roule et charme la fois, lui, rappelait fréquemment qu’il était fils de mineur et d’immigrant polonais et que sa passion était de « boire des mâcons ».

Ce cher voisin racontait comment cette communauté de mineurs s’était appropriée la boisson régionale des vins de Macon, considérée comme un vin de soif et digne de fêter le 4 décembre leur patronne, Sainte Barbe.

C’est en parcourant sur une cinquantaine de kilomètres la région qui s’étend de Tournus jusqu’au sud de Mâcon, tout le long des bords de la Sâone, que défilent les vins rouges et blancs du mâconnais.
Mais c’est autour de Mâcon même, que des appellations plus subtiles sont offertes aux connaisseurs. Ce sont en général des vins blancs à base de Chardonnay, dit Beaunois.

D’abord les AOC Mâcon-villages au noms évocateurs comme: Chaintré, Chardonnay, Chasselas, Fuissé, Milly-Lamartine (lieu où a séjourné le poète), la Roche-Vineuse, Solutré-Pouilly.
Puis les vins AOC de Pouilly-Fuissé, de Pouilly-Loché et Pouilly-Vinzelles, et surtout Saint-Véran.

Mais parmi ces vins connus du Mâconnais, il existe une nouvelle appellation, encore peu répandue, le "Viré-Clessé" qui semble plein d’avenir. Ce vin ressemble au Pouilly-Fuissé grâce au Chardonnay sec et fruité. Sa faible renommée le place sur des gammes de prix encore modestes, ce qui assurément impose le détour. Mais ce qui est encore plus original c’est de se rendre au Domaine Sainte-Barbe à Viré (près de Mâcon). Là, règne le maître des lieux: Jean-Marie Chaland jeune viticulteur de talent qui mérite sa renommée. Il propose des vins « concentrés, équilibrés et fruités " comme il aime à le souligner chaque fois que s’opère la sympathique dégustation. Il faut dire que ses vins sont issus de vignes vielles de plus de 50 ans.

Viré-Clessé « l’Epinet » par exemple est caractérisé comme ayant:
« une belle robe jaune vif d’où s’échappent des arômes d’aubépine, de citronnelle et de fruits blancs. Alliant un côté beurré, le palais est tout en rondeur, ample et équilibré. »


Enfin, nous tenons à souligner que nous préférons le pèlerinage intime et recueilli des villages en contrebas de la Roche de Solutré plutôt que celui plus anecdotique en haut, sur la Roche de Solutré le dimanche de Pentecôte!




339/5 Décembre

LA FIN DE LA PROHIBITION.

Comment un pays comme les Etats- Unis, si puissant au lendemain de la première guerre mondiale, put-il connaître la période la plus sombre de son histoire par l’instauration de la prohibition ? (165)

L’alcool et le vin bannis des tables et des comptoirs allaient déclencher le plus grand paradoxe historique.
Plus on interdisait l’alcool, plus la consommation augmentait dans le pays, avec son lot de trafiquants, de gangs, de détournements, d’hypocrisie généralisée.

Les tenants de la Prohibition, inscrite dans la Constitution, voulaient épurer le pays de sa dérive alcoolique. C’est le contraire qui se produisit.

Il fallait mettre un terme aux excès secrets qui, au lieu de produire des vins, répandaient des produits dérivés et impropres à la consommation. Les Américains en combattant ce qui faisait le ferment d’une civilisation ( la culture du vin prise dans ses deux sens ), créaient leur propre perte.
Franklin Roosevelt dut se résoudre à modifier la Constitution en faisant voter un 21ème amendement, le 5 décembre 1933. C’est ainsi qu’il fut mis un terme à la prohibition. C’était la fin de l’interdiction de boire du vin.

Il fallut plusieurs décennies pour recréer des entreprises viticoles, des vignobles, et des circuits de distribution dignes d’un état civilisé.

Aujourd’hui, avec la puissance de progrès qui caractérise ce pays , se pose la question de l’impérialisme vinicole américain. Mais là, nous revenons au débat du vin et de la mondialisation
(Voir 4 novembre).





340/ 6 Décembre

SAINT- NICOLAS, L‘ORGUEIL DU BOURGUEIL.

Avec Saint Nicolas, commencent les préparatifs de Noël. C’est la fête des enfants, et le monde du vin ne les concerne pas assurément pas. Avec le monde des enfants, et leurs rondes des cadeaux, se construit un domaine totalement intime, réservé et encore préservé. Un peu plus tard, seulement, ce petit monde découvrira la dive boisson, mieux que le jus de raisin, lorsqu’il aura atteint l’âge dit de raison. Autrefois l’initiation se faisait à l’entrée de l’adolescence, plus exactement lors de la cérémonie de la communion solennelle qui correspondait au rite païen de l’entrée dans la communauté des adultes.

Avec Saint Nicolas, ce sont les gâteaux, les pains d’épices, les chocolats et les bonbons. Avec Saint-Nicolas-de-Bourgueil, ce sont les vins rouges, les vins rosés, bref les Cabernets francs.

La commune de Saint-Nicolas-de-Bourgueil possède son propre AOC. Elle est limitrophe de son frère aîné le Bourgueil, et nous sommes ici entre Touraine et Anjou.

La commanderie de la « Dive Bouteille de Bourgueil et Saint-Nicolas » répète au rythme de ses chapitres qu’elle doit son existence aux promoteurs des vins locaux qu’étaient Pierre de Ronsard et François Rabelais.
Ici les hottes des vignerons s’emplissent chaque année des cadeaux que leur octroient les vignes tourangelles. Et tels des enfants comblés, ils vont régulièrement chanter le vin de Rabelais et l’amour de Ronsard.

Le grand Chambellan de Saint-Nicolas adoube les futurs chevaliers par son cep rituel, souvent fin novembre, pendant que Saint Nicolas émerveille les enfants avec sa hotte remplie de cadeaux tous les 6 décembre.

Extrait « Confréries vineuses du Cœur de la France, Sylvie Blanchet


Saluons au passage, la Maison Nicolas qui présente à travers toutes les villes françaises l’enseigne d’une cave de renom.

 



341/ 7 Décembre

LA LUNE DE MIEL SANS VIN.

Saint Ambroise grand prédicateur, répandit la bonne parole entre Milan et Arles, au IVème siècle. Dans l’iconographie, on le représente souvent avec une ruche. On dit que son éloquence avait la douceur du miel des abeilles.
Il est le saint patron des apiculteurs. Et si l’on sait qu’Ambroise signifie en grec « immortel », on comprend mieux le lien avec le miel, dont est issu l’hydromel, boisson qui pouvait conduire à l’immortalité.

Avant le vin, il y avait l’hydromel et avant l’hydromel, le miel et le lait qui coulaient de toutes les pentes de la terre promise. Les saintes écritures attestent que la parole divine est du miel car il représente bonté, vertu et justice. Le Coran confirme que « le miel est le premier bienfait que Dieu a donné à la Terre. » Le miel de la connaissance fonde le bonheur de l’homme. D’où l‘importance de la présence d’hydromel dans les manifestations religieuses ou festives d’avant et du début de notre ère. Cette boisson a d’ailleurs résisté longtemps à l’invasion, puis à la suprématie du vin. Mais par la suite, l’économie rurale a vite reconnu comme une évidence que l’exploitation de la vigne était plus accessible que ne pouvait-être l’exploitation des ruchers.

Mais qu’est-ce que l’hydromel? Les spécialistes (www.hydromel.com) nous expliquent que :
« L’hydromel est une boisson faite uniquement d'eau et de miel, fermentée à l'aide de levures alcooliques soigneusement sélectionnées. Selon la proportion de miel introduite au départ, le produit obtenu sera sec, demi sec ou moelleux. »

Longtemps les Celtes et les Gaulois consommèrent l’hydromel avant de succomber au vin. Il nous fallait donc, à l’occasion de la fête de Saint Ambroise, parler de cette boisson, qui encore actuellement côtoie les poirés et autres boissons alcoolisées dans les textes législatifs français.
Dans certaines contrées, on recommande encore aux jeunes gens qui viennent de se marier de boire de l’hydromel, censé apporter à leur bonheur douceur et durée. C’est cela la lune de miel!

Ce 7 décembre est aussi, notre manière d’associer une région qui nous est chère et dépourvue de vignes, la Bretagne, dont l’hydromel reste une production locale appréciée.



342/ 8 Décembre


L’EUROPE DES RÉGIONS VITICOLES.


« L’Assemblée des Régions Européennes Viticoles (AREV) est une association de régions européennes productrices de vin, sans but lucratif ou politique. L’AREV a pour objet de promouvoir les intérêts communs des régions viticoles, dans l’économie européenne et mondiale, dans le cadre de la construction de l’Europe, l’œuvre de rapprochement des peuples et le culte commun du vin, fruit de la vigne et du travail des hommes.

Dans la poursuite de ses objectifs, l’AREV incite au dialogue de ses associés et des professionnels liés à la vitiviniculture avec les institutions nationales, européennes ou mondiales ayant des responsabilités dans ce secteur par le biais d’actions de concertation et de coopération. »

…./…

Fondée le 8 décembre 1987, à Bourg-sur-Gironde, sous l’impulsion d’Edgar Faure, alors premier Ministre et Ministre de l'Agriculture français, la Conférence Européenne des Régions Viticoles (CERV) est une émanation de l’Assemblée des Régions d’Europe (ARE). En 1994, elle a pris la forme de l’AREV qui est dépositaire de tout le patrimoine associatif, moral et organisationnel de la CERV.

L’AREV a son siège statutaire à Strasbourg (Alsace) et son siège administratif à Bordeaux (Aquitaine) et elle est constituée actuellement d’environ 50 régions de l’Union Européenne et de l’Europe Centrale et Orientale.

L’AREV se compose d’un "Collège des Régions" et d’un "Collège Professionnel". Le premier est constitué de représentants politiques ou administratifs des régions membres et le second, le CEPV (Conseil Européen Professionnel du Vin) de représentants des organismes professionnels du secteur vitivinicole des régions adhérentes.

Voir site: www.arev.org




343/ 9 Décembre

LES CAVES À VIN A L’ABRI DU FEU

A partir d’octobre 1944, après de rudes combats dans les Vosges entre Allemands et Américains,
L’Alsace était peu à peu libérée. Les récits de l’époque disent comment les villages de la route des vins ont connu, peu avant la délivrance, les atrocités de la guerre. Fin 1944, par un hiver glacial, une tête de pont allemande se formait autour de la capitale haut-rhinoise, que l’on nomma « la poche de Colmar » dans laquelle la colline de Sigolsheim allait jouer un grand rôle.
Parmi les témoignages recueillis dans les archives communales, beaucoup soulignent la façon dont s’organisait la survie dans les caves bien remplies de vin, et qui allaient en outre abriter tous les habitants encore en vie. A la surface en revanche, l’habitat vigneron allait totalement disparaître sous les bombardements.

Le 9 décembre 1944, Sigolsheim était libérée une première fois par les Américains. Ils occupaient le village et avaient établi leur quartier général dans la maison d‘un vigneron renommé. Ils avaient fait quelques prisonniers allemands qu’ils avaient enfermés dans la cave, en leur évitant l’accès aux rayons de vins.
Tous les jours, les hommes présents et valides, vignerons de leur métier, devaient éteindre des feux provoqués par les obus incendiaires. Comme la majorité des conduites d’eau étaient inutilisables, on se servit parfois de vin pour éteindre l’incendie. Un habitant réussit à combattre le feu avec du Traminer de 1943. Un tonneau de 12hl disparu ainsi en pure perte !
Certains érigeaient dans un coin de la cave, un petit lieu de prière, confectionné d’un tonneau recouvert d’une planche, sur lequel brûlait des cierges jour et nuit. Le recueillement permettait de faire face à la situation. Et un des vignerons de raconter que le crucifix tomba un jour dans le vin au moment où la maison brûlait. Ce crucifix fut sauvé du vin et est devenu une précieuse relique.
Ainsi, durant de longues semaines, les habitants de Sigolsheim, comme ceux des villages voisins, prenaient leur quartier d’hiver forcé, inconfortablement installés sur les tonneaux recouverts de planches.

L’incendie faisait rage autour du couvent de Sigolsheim. Pour sauver les maisons d’habitation, les villageois utilisaient bien sûr des seaux et même aussi des pulvérisateurs pour vignes.
Les comptes rendus de l’époque précisent que les Capucins avaient mis tout leur vin à la disposition des réfugiés. Il s’agissait de deux grands tonneaux, le premier d’une contenance de 5000 litres et l’autre de 2500 litres. Alors que les réfugiés commençaient à consommer le vin du petit tonneau, ils constatèrent que le vin avait un défaut de goût. Ils burent d’abord le vin du grand tonneau. Quand le grand tonneau fut vide, ils burent celui du petit tonneau, malgré le petit défaut. Les villageois réfugiés dans les caves du couvent ont largement exprimé leur reconnaissance envers les Capucins pour cette action désaltérante.

Le 24 décembre 1944, le clocher de l’église brûla à son tour. Mais il fallut attendre fin janvier 1945 pour enfin pouvoir fêter la joie de la libération définitive et le retour à la France.

Depuis cette tragique période, le village a été reconstruit entièrement et est fier de sa cave coopérative, centre de l’activité première de la commune. Sur les hauteurs, en arrière des pentes couvertes de vignes, se dresse la nécropole de Sigolsheim où reposent les sacrifiés de la libération pour le souvenir des générations à venir.



Les vignobles de Sigolsheim


344/ 10 Décembre

LE TONNEAU, L’HABIT NEUF DU VIN.

On utilise communément le terme de tonneau pour désigner en réalité la barrique. C’est ce que révèle la découverte de la tonnellerie qui est un monde en soi, dans le monde du vin. (166)

Il existe différents registres dans le métier de la tonnellerie, qui ont connu comme d’autres des évolutions, avec cependant une constance technique due à la spécificité du produit issu du bois de chêne.

Il y a les modes de fabrication des tonneaux, des barriques et des futailles,
Il y a le type de matériau en liaison avec la forêt d’origine,
Il y a les métiers de la tonnellerie: du doleur, du broquier au fûtainier…
Il y a tout ce qui a trait à la forme et à la capacité des contenants et leurs unités de mesure,
(Exemple l’ordonnance du 10 décembre 1744 de Jean Lenain, baron d’Asfeld réglementant le jaugeage des futailles)
Il y enfin et surtout le vocabulaire de la tonnellerie qui représente un lexique fort imposant.

Il y a surtout trois questions fondamentales qui intéressent le bon usage de la barrique:
? d’abord celle du choix du chêne (à l’exclusion d’autres essences) et son lieu d’origine parmi les forêts françaises;
? puis celle de l’utilisation annuelle ou pluri -annuelle des tonneaux neufs eu égard au goût boisé à donner au vin selon le souhait du consommateur;
? et enfin, celle du bon choix du tonnelier et du fabriquant de merrains par le vigneron .

Tout commence par le choix du bois de chêne, qui s’effectue entre les forêts du Limousin et de l’Allier (Tronçais) et celles de le Nièvre (Bertranges). 600 000 barriques sont produites en France dont 1/3 à peine pour les caves françaises. Selon les régions viticoles et les types de vins (de garde, rouges ou blancs) le choix des meilleurs bois est le privilège des grandes maisons comme par exemple: Taransaud (Cognac), François (Bourgogne) (voir 24 janvier) ou Jean Luc Sylvain (Bordeaux).

La fabrication même des barriques demeure un art et un spectacle où survivent les métiers ancestraux de la vigne. L’impressionnante gamme d’outillages relève des musées ethnologiques avec des noms qui chantent la forêt et sentent le bois brûlé.
Attention, les douelles qui forment la barrique sont fendues et non sciées. Puis elles sont assemblées à l’aide de cercles de fer parfaitement ajustés pour assurer l’étanchéité. Après c’est le cerclage, le brûlage puis le centrage et enfin le montage des fonds.

Formes, contenances, la gamme est large. Elles varient d’une région à l’autre et aussi selon le type de vinification, d’élevage et de vieillissement des vins.
Des pages entières seraient nécessaires pour expliquer toutes ces particularités. Fort heureusement pour les amateurs, il existe de bons ouvrages très didactiques, et pour les experts des colloques et des symposiums, qui examinent les façons d’accorder les essences des barriques et les différents vins, en vue de satisfaire le goût des consommateurs.

Mais attention, si sous le vocable « vieilli en fût de chêne » , il y a parfois de bon vins boisés qui garde leur typicité de terroir, il y a aussi des vins moins respectables, car dans certains cas, c’est l’arbre qui cache la forêt, ou plus simplement c’est le bois du tonneau qui masque le goût du vin.




345 / 11 Décembre


L’UNIVERSITE CONFIRME L’UNIVERSALITE DU VIN.


« Si la Civilisation du Vin mérite d’être chantée et célébrée, encore faut-il transmettre les connaissances qui la constituent à travers de multiples disciplines. Telle est l’ambition de l’Université du Vin. »

Cette ambition, nous la partageons, au point que chaque fois qu’il nous est donné de rouler sur l’autoroute du soleil, nous n’hésitons pas à faire un crochet pour se rendre à Suze-la-Rousse, où se dresse le château qui abrite la plus prestigieuse université dédiée au vin.

Ce fut le cas le samedi 11 décembre 1999, par une journée fraîche, et un ciel d’un bleu vif épuré de toute trace de nuage. Les chênes arboraient leur feuillage de saison, desséché, d’un brun ocre.
A notre arrivée devant l’imposante bâtisse, le parking désert nous invitait à une visite solitaire et favorable au ressourcement.

L’Université existe depuis 1978, et doit sa réalisation à diverses associations, syndicats et comités professionnels de la filière « Vin ». Les principales activités tournent autour de l’enseignement qui octroie des diplômes en viticulture ou œnologie, de la formation continue, des sessions et des conférences techniques. A cela s’ajoute un centre de documentation exceptionnel. On trouve également un centre de dégustation et une collection ampélographique.

Le fonds documentaire est pour moi le lieu où chaque fois je me laisse attirer par les nouvelles publications ou pour replonger dans des documents que je ne peux posséder.
On y trouve :
* plus de 6000 ouvrages, dont un fonds d’ouvrages anciens,
* des collections de périodiques, comme par exemple :
* la collection complète de la Journée Vinicole ou du Moniteur Vinicole
* et aussi, la possibilité de consulter plus d’une centaine de périodiques.

L’université de Suze-la-Rousse c’est le temple moderne de la culture vinique.

L’importance de ce haut lieu, c’est aussi sa situation géographique (en plein cœur de la Drôme provençale et des Côtes du Rhône), son château du XIIe siècle, son enseignement et ses richesses documentaires. Enfin, des expositions programmées régulièrement sont mises en valeur par l’architecture des salles médiévales.

NB: attention, la bibliothèque et le centre de documentation ne sont pas ouverts le samedi.



346/ 12 Décembre

DES REVUES DE VINS TRES SPECIALES

Nous ne voudrions pas atteindre la fin de l’année sans avoir évoqué les revues, hebdomadaires ou mensuels qui ont consacré un numéro spécial aux vins. Comme nous sommes arrivés au 12ème mois, et au 12ème jour de décembre, nous avons voulu faire une sélection de numéros de revues qui ont marqué les 80 dernières années. Nous les avons retenus pour leur originalité rédactionnelle et surtout pour leur richesse documentaire.

Notre choix ne s’est pas fait parmi la quantité impressionnante de revues spécialisées qui traitent du monde des vins et de leurs à-côtés, ni parmi les hebdomadaires ou mensuels qui publient régulièrement un numéro spécial annuel sur le vin (comme par exemple : Le Point, le Figaro Magazine, le Nouvel Observateur, VSD, Challenges, l’Express etc…..). Nous avons préféré retenir des revues plus extérieures au monde des vins.

Voici les 12 revues de notre sélection, avec leur numéro spécial et par ordre d’apparition:

1924 ( avril) L’Illustré de la Province et des Colonies : « A la gloire des vins de France ». On a noté que les vins d’Alsace et d’Algérie ont une place privilégiée.

1931 (août) Le Crapouillot : « Les vins de France ». Avec un texte original sur « le vin sans nom »

1937 (juillet) La Revue des Agriculteurs de France . « La vigne et le vin ». Beaucoup de grandes signatures accompagnées d’une iconographie exceptionnelle.

1949 (29°année) L’amour de l’Art : « Bacchus » . Une véritable anthologie historique.

1966 (juillet) Le Particulier: « Vins et Caves »; Un manuel synthétique à l’usage des amateurs.

1977 (septembre) L’Histoire : « La France des vignobles ». Un regard culturel pour comprendre cette spécifié française.

1986 ( septembre) 50 millions de consommateurs : « Spécial vin ». Une publication didactique et sobre, mais où persiste l’humour.

1987 (décembre) Que choisir: « Spécial vin ». Un an plus tard, la revue concurrente se lance dans un remake. A noter la série remarquable des dessins humoristiques de Brizemur.

1991 (avril) Le Canard Enchaîné: dossier intitulé « l’archipel du goulot ». C’est un numéro de collection dont la totalité des titres mérite d’être citée. Richement illustré, ce numéro est exceptionnel.

10° 1995 (septembre) GEO: « la France des vignobles ». Richement documenté avec de magnifiques photos.

11° 1999 (octobre/novembre) Sciences et Avenir : « le Guide du Vin ». L’approche est naturellement plus scientifique, mais n’en demeure pas moins originale et passionnante.

12° 2003 ( septembre/octobre) Senso, magazine des sens et des mots: « Ivresses » Approche originale, avec un zeste d’érotisme.

Il existe sans doute beaucoup d’autres revues intéressantes qui ont pu nous échapper. Il est vrai que le nombre de publications est imposant. Mais seules quelques revues spéciales, en nombre limité, sont dignes de faire partie de la bibliothèque de l’oenophile.


347/ 13 Décembre

SAINTE LUCE OU LE DÉBUT DU CYCLE DE NOËL.

Sainte Luce dont le nom signifie « lumière » ( lux), trouve sa place le 13 décembre à l’opposé zodiacal du 6 juillet où l’on fête Sainte Lucie. Il y aurait donc lieu de distinguer les deux prénoms. Pourtant la plupart des calendriers les confondent.

Le dicton connu dit:
« Pour Sainte Luce,
Les jours allongent d’un pas de puce »


En effet, commence l’allongement des jours, et comme nous sommes curieusement à 13 jours de Noël, Sainte Luce ouvre le cycle de Noël.

Depuis la période des vendanges, le vigneron est resté dans l’ombre de sa cave, pour effectuer tous les travaux de mise en fût du vin. Il va progressivement retrouver la lumière et regagner ses vignes. Malgré la faible amplitude du jour, il commence les longs travaux de taille de la vigne qui vont durer jusqu’à la fin février, début mars.

Il existe des communes qui portent le nom de Sainte-Lucie ou Sainte-Luce, dans des contrées très ensoleillées ( toujours la lumière ), comme les Caraïbes ou l’Afrique du Sud par exemple, avec quelques productions de vins. Mais cela reste anecdotique.



Sainte Lucie, 1473 de Francesco del Cossa, National Galerie Washington

Par allusion à son martyre, Sainte Lucie est souvent représentée avec ses yeux posés sur un plat




348/ 14 Décembre

SAINTE ODILE PATRONNE DU VIN.

Sainte Odile est la plus populaire parmi tous les saints d’Alsace. Du fameux Mont Sainte-Odile, sa statue domine toute la plaine d’Alsace.
Juste à ses pieds apparaît les vignes du célèbre Clos Sainte-Odile.



Isabelle Blanquis, déjà plusieurs fois citée (167) nous apporte quelques précisions historiques sur la légende de Sainte Odile.
Odile était fondatrice et abbesse du couvent de Hohenbourg. Un jour le vin qui avait été distribué aux pauvres et aux pèlerins, manqua.
« Quand la sommelière se plaignit du manque de vin, la sainte lui dit: « Ne vous affligez pas ma fille, ayez confiance, car celui qui avec cinq pains et deux poissons a nourri des milliers d’hommes, pourra, s’il le veut bien augmenter la petite mesure de vin qu’il daigna nous laisser ». Là- dessus, la sœur lui demanda sa bénédiction, s’en alla et trouva le fût rempli de vin ».

Ainsi, le 14 décembre est consacré à célébrer la fête de la patronne d’Alsace, et par ailleurs, il est coutume de voir associer la figure de la sainte à quelques produits de la vigne.



349/ 15 Décembre


LE CHAMPAGNE N’ÉTAIT PAS AU PARFUM.


Flacon YSL « Champagne » 50 cl

Même en l’absence de protection par un titre de propriété industrielle ( PI), les agissements dits
« parasitaires » constituent une faute dont la victime peut obtenir une réparation si elle a subi un préjudice, par exemple une baisse de son activité. C’est ainsi que l’on estimé les producteurs de Champagne qui ont demandé à Yves Saint Laurent de retirer le nom « Champagne » à un de ses parfums. Après une bataille juridique de plusieurs mois, la Cour d’Appel de Paris en date du 15 décembre 1993 a condamné pour parasitisme la société Yves Saint-Laurent Parfums, qui avait lancé le parfum « Champagne » début 1993. « En adoptant le nom Champagne pour le lancement d'un nouveau parfum, dans un flacon en forme de bouchon et en utilisant dans la publicité l'image de joie et de fête qu'il évoque, la société Yves Saint-Laurent a voulu créer un effet attractif emprunté au prestige de l'appellation Champagne ; ... de ce seul fait, elle a, par un procédé d'agissements parasitaires, détourné la notoriété dont seuls les acteurs et négociants en Champagne peuvent se prévaloir pour le vin ayant droit à cette appellation ».

Nous pensions pour notre part que le fait qu’un parfum puisse s’appeler Champagne était faire vraiment honneur au Champagne. Concilier un parfum français avec la marque des vins de Champagne, c’était en effet positionner le Champagne comme un produit exceptionnel, surtout avec la signature YSL.
Pourquoi alors accepte-t-on par ailleurs qu’une grande Maison de couture et de parfum ( par exemple LVMH ) puisse être propriétaire d’un très grand vin ?

A notre avis, Yves Saint Laurent, avec son nom sacro-saint, a eu une idée pleine de goût, mais a manqué d’un peu de nez.


Dommage, nous aurions bien apprécié cette association des vins et des parfums. Tout est fait pour que ces deux produits se découvrent mutuellement, car ils sont l’essence même de notre stimulation sensorielle. Dans les deux cas, on a besoin d’un flacon, dans les deux cas, nous sommes en présence d’un précieux liquide. Mais si, pour développer ses vertus, le parfum s’adresse limitativement au nez, le vin demande en outre à être bu.



350/ 16 Decembre


LES VINS TRÈS SAINS D’ADELAÏDE

Sainte Adélaïde nous fait quitter, pour un jour, les contrées viticoles françaises pour nous faire évader à l’autre bout du monde, en Australie


Adélaïde se situe en Australie méridionale et bénéficie d’un climat très favorable à la viticulture.
Ce sont les Anglais (Commonwealth oblige) qui entreprirent les premières plantations de vigne au sud d’Adélaïde vers les années 1836. Puis les caves se multiplièrent aux alentours. Hugh Johnson (165) nous rapporte qu’un médecin du Sussex arrivé à Adélaïde constata les bienfaits du vin local sur ses patients. Il décida de planter des vignes, qui aujourd’hui sont les plus renommées du pays.

On cite tout particulièrement le
« Grange Hermitage » issu des vignes de Penfold, comme étant l’un des plus grands vins d’Australie;


Cette évocation lointaine pour nous rappeler que la vigne et surtout les vins ont toujours attiré les Anglais. L’histoire est là pour nous rappeler les grands moments viticoles de la couronne britannique, depuis le temps où les anglais envahirent l’Aquitaine jusqu’aux conquêtes coloniales et le déploiement des grands vignobles d’Australie et d’Afrique du Sud entre autres.

La littérature témoigne d’aventures innombrables qui ont conduit de nombreux Anglais à s’implanter comme des « ceps conquérants et amoureux » au plus profond des terroirs français.



351/ 17 Décembre

LES MARCHES DE NOÊL ET LE MARCHE DES GRANDS CRUS D’ALSACE.


Noël approche et on ne sait quels marchés de Noël visiter en Alsace. Ils sont si nombreux et si beaux.
Il en est de même des vins d’Alsace Grand cru. Ils sont si variés et si bons. L’AOC en a dénombré 50, dont l’énumération oblige à quelques exercices phonétiques et dégustatifs. (168)
L’originalité de ces appellations, c’est la conciliation entre un cépage et un terroir. Ceci n’existe qu’en Alsace.
Quatre cépages sont autorisés pour les vins dits: « Alsace Grand Cru »: Riesling, Tokay Pinot Gris, Muscat et Gewurztraminer.
Il y eut un décret qui le 23 novembre 1983 a désigné 25 Grands Crus. Un deuxième décret a doublé la mise, en nommant 25 autres Grands Crus en date du 17 décembre 1992. Cette dernière réglementation a abrogé le fameux décret de novembre 1875 !
Ci-dessous la liste complète des 50 vins d’Alsace Grand Cru. Depuis 2006, l'Alsace compte un 51°: le Kaefferkopf d'Ammerschwihr


Extrait guide des grands crus d’Alsace


352/ 18 décembre

VIGNES ET HÔPITAUX FONT BON MÉNAGE.

Avec les Hospices de Beaune, nous avons quelle sorte de lien peut s’établir entre un établissement de santé et ses besoins de gestion. Parce que la vigne est une bonne source de revenus, il était courant de voir que grâce aux donations viticoles les hôpitaux survivaient aux malades.

Nous avons découvert un petit ouvrage qui s’est hasardé à faire un inventaire de ces hôpitaux viticoles, ceux-là mêmes qui tout en soignant les malades, veillent à la santé de leurs propres vignobles.(169)
On en dénombre 18. Le 18 décembre nous semblait constituer une date très appropriée pour signaler, comme nous le voulions, cette originalité patrimoniale.

Ces 18 demeures hospitalières se répartissent aux abords des principaux fleuves et cours d’eau français, là où sont censés se développer nos célèbres vignobles. Tour de France de ces vignobles hospitaliers dans le sens contraire des aiguilles d‘une montre:

La Seine et ses affluents l‘Yonne et de l’Amangon:

  • La Maison de retraite Renaudin à Sceaux et son Clos Renaudin qui comprend une dizaine de pieds justifiant le cru des centenaires (retraités obligent).
  • Centre hospitalier spécialisé d’Auxerre et le très célèbre « Clos de la Chaînette » qui a obtenu une AOC spéciale.
  • L’Hôpital Notre-Dame-de-Fontenille au centre de Tonnerre possède 1ha de vigne que tenait en son temps Marguerite de Bourgogne fondatrice du Prieuré. Le vin commercialisé est un Chardonnay (type Chablis) issu des caves d’Epineuil.


La Loire

  • les Hôpitaux de Nantes dont le Centre de La Placelière qui avec ses 20 ha peut espérer commercialiser 100 à 500 hl de Cabernet.
  • les Hospices de Saumur et son Clos de Champigny légué par Antoine Cristal, qui produit 10ha de Saumur Champigny exporté par la cave de Saint-Cyr-du-Bourg (voir aussi 16 juin)



La Garonne

  • Le CHU de Bordeaux et son domaine de Cholet à Talence. L’exploitation se fait par le Château Haut Brion. Rien que pour l’année 1997, la récolte a rapporté au CHU, 1,2 millions F (180 000€)!
  • Le Centre Hospitalier de Cadillac-sur-Garonne et ses 24 ha de Bordeaux rouge 1ères Côtes, Bordeaux blanc et Cadillac


Le Rhône

  • Maison de retraite-Résidence Gaston Brunel connue pour sa Cuvée des Hospices à Château-neuf -du-Pape.


La Saône

  • Les Hospices civils de Lyon qui possèdent un vignoble en Beaujolais à Perréon (7ha)
  • L’Hôtel-Dieu de Villefranche-sur-Saône et son Domaine du Mont Verrier en Beaujolais Villages (11ha)
  • L’Hôtel-Dieu de Belleville avec 4 ha de Brouilly, 2ha de Morgon et 6ha de Fleurie
  • L’Hôpital de l’Arbresle comprend 139 lits et 5 ha de Beaujolais jouxtant la maternité
  • Les Hospices de Beaujeu sont immergés dans 80 ha de vignes et s’illustrent par le magnifique cuvage de Grange-Charton.
  • Les Hospices de Beaune (voir 18 novembre)
  • Les Hospices de Nuits-Saint-Georges organisent leur vente aux enchères fin mars avec la célèbre cuvée du Dr Fagon et la fameuse « pièce de la charité »
  • Le domaine viticole des Hospices de Dijon dont les enchères se rapportent aux marques protégées « Hospices de Dijon » et « Chenove-Hermitage ».

Le Rhin

  • Le Vignoble des Hospices civils de Colmar (3ha) en cépages nobles et sa cave de l’Hôpital Louis Pasteur (800hl), et le vignoble du Centre Départemental de repos et de soins de Colmar géré par la cave viticole
    d’Ingersheim.
  • L’Hôpital civil de Strasbourg qui ne possède plus de vignes, mais assure la garde des vins moyennant un loyer au profit de l’hôpital dans sa célèbre Cave Historique des Hospices de Strasbourg. (à visiter absolument).






353/19 Décembre

URBAIN II ET URBAIN V, DES PASSIONNÉS DE VINS.


Urbain II, le 159ème Pape, est fêté le 25 mai comme protecteur des vignes contre les gelées. Nous sommes dans la période des saints de glace. Il était originaire de Champagne et est devenu évêque de Langres. Il est aussi à l’origine de la première croisade.
Une immense statue d’Urbain II surplombe le vignoble d’Aÿ.
Il est aussi le saint protecteur des vignerons du pays de Vaud en Suisse.

L’image de Saint Urbain est attachée à la Confrérie des Vignerons de Vevey en Suisse et celle moins connu des vignerons de Dambach-la-Ville (67).


Saint Urbain Vevey Suisse Saint Urbain Dambach-la-Ville Chapelle Saint -Sébastien


Et un clos « le Saint Urbain » lui est entièrement consacré en Alsace, dans le grand cru du Rangen à Thann.
Chaque année à Turckheim, le 19 décembre et non le 25 mai une procession est organisée par la paroisse afin de rappeler son rôle de protecteur des vignes contre les intempéries et des hommes contre les abus d’alcool.


L’histoire du Pape Urbain V (Guillaume de Grimoard) que l’on commémore le 19 décembre va être hasardeusement liée par nos soins à son itinéraire religieux et aux contrées viticoles correspondantes.

1310 né à Grisac en Lozère, il quitte ensuite la région dépourvue de vigne…
1352 Abbé de Saint-Germain à Auxerre, découvre les vignes du nord de la Bourgogne
1361 Abbé de la Basilique Saint-Victor à Marseille à côté des vins de Cassis
1362 Il est nommé Souverain Pontife (200ème ?) en Avignon et contribue à la renommée des vignobles de la papauté à Château Neuf
1364 Il fonde le monastère Saint-Benoît à Montpellier au cœur du vignoble languedocien.
1365 Urbain V reçoit l’empereur Charles IV et offre en son honneur un banquet où auraient été servis tous les meilleurs vins de la chrétienté
1370 Forcé de venir à Rome (7ème pape d‘Avignon), il ne put supporter cet exil et revint en France en Avignon pour y mourir le 19 décembre.



354/ 20 Décembre

DU CAVEAU MODERNE AU ROCHER DE CANCALE.

C’est le 20 décembre 1805 que naquit sous la houlette de Pierre Capelle, le Caveau Moderne qui se voulait être une société épicurienne. (170)

Dans l’esprit du Caveau, société bachique et chantante, le Caveau Moderne voulait renouveler un peu le style selon les propos mêmes de Pierre Capelle:

« Nos réunions, dont je devais faire tous les frais de table et de publication, en recevant en échange de chaque membre de a Société un article en prose ou une chanson à tous les dîners, nos réunions épicuriennes furent organisées. Un engagement fut fait et signé le 20 décembre 1805. On y décida que les séances, ou pour mieux dire les dîners, auraient lieu tous les mois, le 20 du mois au Rocher de Cancale, qui n’était alors qu’un modeste cabaret où l’on ne mangeait guère que des huîtres, mais ce cabaret était tenu par un honnête homme, appelé Balaine, dont la cave et les fourneaux furent bientôt mise en renom par les savants gastronomes et les joyeux chansonniers de cette Société vraiment française. »

Balaine, devenu le « Maître d’hôtel du Caveau » donnait souvent l’occasion de chanter en son honneur :
« Inaccessible à tout buveur d’eau claire
Ce rocher toujours fut l’écueil du chagrin,
Jamais ses flancs qui bravent le tonnerre
Ne sont battus que par des flots de vin. »

Donc le 20 du mois, les vingt membres ( nombre maxi) célébraient le vin (vingt) sous le portrait de Pannard, grand chansonnier devant l’éternelle bouteille.

Cette aventure épicurienne s’arrêta au lendemain des fameux « cent jours ». Les dernières séances de 1815 jettent le trouble, entre les partisans à thèmes politiques et les apolitiques.
Loin les chansons bachiques, joyeuses et paillardes, le Lys et la royauté font leur entrée. C’en est fini du Caveau Moderne, il aura vécu 10 ans.

On peut toujours se rendre en pèlerinage dans ce fameux restaurant situé vers la rue Montorgueil à côté des Halles.

Au Rocher de Cancale Paris 2°



355/ 21 décembre

MOTS CROISES DU VIN, DE LA VIGNE ET DES VENDANGES.

L’hiver s’installe, c’est la journée la plus courte, et la nuit la plus longue. Nous sommes quarante jours après la Saint Martin. La fête de Noël s’annonce heureuse. Pourquoi ne pas meubler un peu de temps libre avec un exercice de mots croisés ?
Nous avons reproduit intégralement la grille de 21 X 21 (21 décembre) trouvée par hasard dans une revue intitulée « Voilà !».
Il n’y aura pas de solutions communiquées, pour laisser le privilège à l’auteur inconnu. Qu’il en soit félicité et remercié.




356/ 22 Décembre

AUTOUR DE LA ROUE ZODIACALE.

Notre calendrier arrive bientôt à son terme, il ne reste plus que 10 jours pour boucler le tour complet de l’année. On a pu au fil des journées constater la prédominance du calendrier dans l’histoire de la vigne et du vin et donc de la vie des hommes. Quelle que soit l’approche, religieuse, historique, culturelle ou agraire, les saisons se révèlent déterminantes et l’interprétation des signes du zodiaque participe à la compréhension des évènements viniques de l’antiquité aux temps modernes.
Le livre d’ Edmond Outin (171) fait partie des ouvrages fondamentaux de cette aventure et c’est pourquoi en ce jour de solstice d’hiver fixé au 22 décembre, nous avons reproduit la roue zodiacale de Edmond .Outin, en y intégrant nos principaux éléments calendaires des « Saints et des Vins ».



357/ 23 Décembre


SAINTE VICTOIRE ILLUMINE LES VIGNES.


La lumière dominera les ténèbres expliquent les Saintes Ecritures. C’est la Victoire de la Lumière. Le Christ va naître.
A partir de ce jour calendaire, la nuit diminue d’une minute par jour. Le jour va progressivement vaincre la nuit.
La fête de Sainte Victoire placée en ce 23 décembre prend le nom de la vierge martyr pour annoncer l’anniversaire du grand événement religieux.

Mais pour rester fidèle à notre passion du vin et à sa célébration quotidienne, nous nous dirigeons sans hésiter vers cette prestigieuse colline que Cézanne a maintes fois célébrée. C’est la fameuse « Montagne Sainte Victoire » vaste façade blanche et lumineuse dont les pieds côté sud plongent dans de vastes lignées de vignes.

Un domaine se distingue par son nom : le château Coussin Sainte Victoire situé à proximité d‘Aix. Leurs Côtes de Provence issus des vignes abritées par la montagne sainte, donnent entre autres des rosés qui à la dégustation « sont comme le petit Jésus en caleçon de velours ».



La Sainte Victoire par Paul Cézanne (collection Barnes)




358/ 24 Décembre


LA PROCESSION DE BRANCION.


C’est toujours un moment d’effervescence dans chaque foyer lorsqu’on prépare la fête familiale selon les coutumes régionales, les croyances exprimées ou non, les habitudes de réception familiale, avec faste ou de façon très modeste. Il y a toujours ce moment de grâce gastronomique, où l’on prépare le dîner exceptionnellement festif.
Et selon les moyens et l’identité des convives, le maître de séance se sera procuré les vins de fête qui accompagneront ce temps de célébration.


La veillée de Noël et le 25 décembre sont deux moments de fêtes conviviaux autour de l’arbre de vie exprimé par le sapin, qui illuminé, symbolise la lumière renaissante. Voilà pour le côté païen. Et la participation à la messe de minuit, ainsi que l’exposition dans chaque foyer de la crèche, représentation du lieu de la naissance de Jésus. Voilà pour le côté religieux.


Eglise Saint-Pierre de Brancion : La Nativité

Une fête de la Nativité a lieu chaque année, le 24 décembre dans le village de Brancion (Saône et Loire), avec procession animée par la confrérie des vignerons de Saint Vincent qui tard dans la soirée vont fêter « le Noël des vins » à la messe de minuit au centre des magnifiques peintures murales de la Chapelle romane Saint-Pierre, dont celle de la Nativité.

Cette soirée originale appelée réveillon nous vient d’Espagne, où la tradition voulait qu’on jetât au feu une bûche bénie aspergée de vin. C’est la fameuse bûche de Noël qui s’est transform&e