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MOIS D'AVRIL

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91/1er Avril

POISSON D’AVRIL OU POISSON AU VIN AIGRE.

« Quand en avril il tonne

Apprêtez cercle et tonne. »

Aujourd’hui, 1er avril, c’est la symbolique du poisson qui prédomine.

Avec le printemps les éléments aquatiques se révèlent et nous entrons dans le signe du poisson.

Des traditions anciennes subsistent, dont celle de se raconter des histoires invraisemblables se terminant par « c’est un poisson d’avril ! ! »

Revenons en Alsace pour faire un lien gastronomique entre le poisson et le vinaigre. Un ouvrage ancien de Buchinger intitulé « Koch-Buch » (50) ( livre de cuisine) nous donne quelques recettes aigrelettes à base de poisson et de vin :

Les harengs grillés surmontant des choux verts relevés d’une forte sauce aigre aux oignons hachés.

Les anguilles au vin aigre agrémentées de bettes ou d’épinards.

Les quenelles de carpes cuites au vin puis grillées avec des pommes ou des poires…

En général, les poissons étaient présentés avec plusieurs saucières dont des vinaigres rosat ( Rosen Essig ), du vinaigre surard ou de sureau ( Holder Essig ) ou vinaigre violet ( Violen Essig ).

Dans la religion chrétienne c’est la période du jeûne. La consommation de viande est limitée, d‘où le recours aux plats de poissons.

Poisson et vinaigre ont une symbolique particulière qui nous renvoie au Vendredi Saint 13 avril.

Dessin de Avoine,


92/ 2 avril

TOUS LES CHEMINS DE VIGNE MENENT EN CORSE.

Sans nul doute les vins de Corse sont les plus méconnus de France. Et pourtant, auprès des œnologues, ils jouissent sur place d’une réputation digne des grands vins de la métropole.

C’est seulement le 2 avril 1976 que l’Institut National des Appellations contrôlées fit publier le décret donnant enfin les lettres de noblesse aux vins de Corse. Les principales appellation locales sont : Calvi, Sartène ,Cap Corse, Porto Vecchio, Figari, les deux AOC spécifiques sont : Ajaccio et Patrimonio et les deux régionaux dit « Vin de Corse » celui de la côte orientale et celui du sillon central.

On retiendra de par leur originalité, leur spécificité et leur qualité intrinsèque les trois principaux cépages de l’île :

Le Nielluccio qui caractérise les vins de Patrimonio, et donne d’excellents vins rouges racés aux arômes de fruits à noyau.

Le Vermentino, un cépage blanc au parfum de camomille ou de pomme, caractérisant les vins méditerrannéens.

Le Sciacarello, un cépage fait pour les cultures en coteaux élevés. C’est le cépage noir par excellence produit sur des sols cristallins et donnant un vin de garde laissant à la dégustation, une longueur en bouche qui en fait l’un des meilleurs vins rouges de l’Ile de Beauté.

Seulement 5% de la production de l’Ile peut se commercialiser en AOC, aussi la fameuse restructuration du vignoble corse, a-t-elle réduit les surfaces de production de 27 200 ha en 1976 à 9500 ha en 1990.

Enfin autre originalité locale : il n’existe pas de droit de régie en Corse suite au décret Miot de 1811 qui remonte à Napoléon favorisant le système de libre échange sur la totalité de l’Ile.

Aujourd’hui après bien des avatars au cours de ces deux derniers siècles, la Corse grâce au décret du 2 avril, peut rivaliser avec l’ensemble des pays et contrées producteurs de vins et offrir, surtout sur place, des moments de dégustation hors du commun.


93/3 avril

LES DEUX RICHARD DANS LEUR DOMAINE RESPECTIF.

Ils s’appellent tous les deux RICHARD et ont tous les deux le même prénom, Pierre, et tous les deux se passionnent pour le vin. L’un s’est installé au centre des Corbières dans le sud de la France et l’autre dans les Côtes du Jura .

Le premier est venu sur le tard, cherchant sans doute un dérivatif à sa vie d’homme public et d’artiste de cinéma. Il a voulu par cette retraite ensoleillée et goûteuse plonger dans les odeurs de terre et les arômes de fruits. Depuis plus de 10 ans, il met en barrique toutes les richesses que lui confie cette terre généreuse produisant des vins capiteux et aromatiques. Sa passion est sérieuse et le distrait de l’autre activité où tout aussi sérieusement il joue au distrait. Pierre Richard reste un vigneron modeste mais fier de ses 20 ha de Corbières et de ses 80 000 bouteilles an.

Le Domaine se nomme: Château Bel Évêque , Domaine de l’Evêque à Gruissan., mais pour porter le bonnet ( d’Evêque ) il fait appel à Véronique Gillet.

Le deuxième est un descendant d’une longue lignée de Richard. Aujourd’hui à la tête d’un vignoble de plusieurs hectares, Pierre s’enorgueillit de pouvoir offrir toute la gamme des vins du Jura, du Crémant au Vin Jaune.

Plusieurs fois médaillé, Pierre Richard s’est tout particulièrement distingué avec sa cuvée 20ème anniversaire en 1992.

Contrairement à son homonyme, il se donne peu en spectacle à l’exception des remises de prix.

Situé dans le Vermont du nord, le Domaine Pierre Richard (tout simplement) demeure au Vernois à quelques encablures de la célèbre cave viticole de Voiteur .

Nous citerons enfin juste pour mémoire, les Domaines RICHARD ( connus aussi pour la commercialisation des cafés ) qui s’étendent en plusieurs propriétés viticoles, dans le Bordelais, le Beaujolais, le Châteauneuf- du- Pape, et Côtes du Rhône Villages. (htpp://www.richard.fr).


94/4 avril/ mercredi saint

LE PRESSOIR MYSTIQUE.

En ce saint mercredi, le culte catholique nous invite à aborder le rite de la passion du Christ et de sa crucifixion.

La liturgie chrétienne évoque en ce jour une prophétie d’Isaïe ( 63,1-7 ) qui relate l’histoire d’un guerrier tout sanglant victorieux de ses ennemis :

« Quel est donc cet homme aux vêtements écarlates, qui arrive d’Edom, de Bosra ? » et lui de répondre :

« Je proclame la justice, et j’interviens pour sauver »

A la question de savoir pourquoi ce rouge sur ces vêtements comparables aux habits du fouleur au pressoir, il répond par ces mots :

« A la cuve j’ai foulé solitaire et de mon peuple personne n’était avec moi. Alors, je les ai foulés dans ma colère, je les ai piétinés dans ma fureur. Leur jus a giclé sur mes habits. J’ai regardé, personne ne m’a aidé, j’ai été abattu : personne pour me soutenir. Alors mon bras m’a sauvé….j’ai écrasé les peuples dans ma colère…J’ai fait couler à terre leur jus. »

Cette prophétie annonciatrice de la mort et de la résurrection du Christ, s’appuie sur la symbolique constante des fruits de la vigne, en l’occurrence pressurés pour donner le jus salvateur. Dans la parabole des vignerons homicides, les évangélistes font le parallèle entre le vin et le sang du Christ . A l’instar de l’histoire du guerrier d’Isaïe, le rachat des péchés est représenté par le foulage de la vendange, au cours duquel les grappes coupables ( l’ennemi ) sont anéanties mais produisent le sang régénérateur .

Le pressoir mystique (Pinaigrier) Eglise Saint-Etienne du Mont-Paris

Photo: Emmanuel Nicot - Jean-Claude Loty. Ville de Paris- S.O.A.E.

La symbolisation du pressoir mystique empruntée des Saintes Ecritures, nous démontre que Jésus-Christ est représenté par la grappe de raisin, dont le pressurage constitue un sacrifice volontaire, et dont le jus devient le sang rédempteur.


95/5avril/ jeudi saint

LA CÈNE OU LE DERNIER REPAS.

Nous sommes le Jeudi-Saint dans la liturgie catholique.

Après que les apôtres eurent préparé le repas pascal selon les instructions de Jésus, l’évangile de Luc nous relate ce qu’a été la dernière pâque juive de Jésus en compagnie de ses douze disciples.

…. » et ayant reçu une coupe, rendu grâce , Il dit : « prenez ceci et partagez entre vous, car je vous dis que je ne boirai plus désormais du produit de la vigne, jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu »

et ayant pris du pain ……

Et il prit la coupe…en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. »

Luc ch. 22, 17-20


95/6 avril/ vendredi saint

« J’AI SOIF… »

Semaine Sainte oblige, la Passion du Christ est à son paroxysme.

« Après cela, Jésus sachant que tout est consommé, afin que l’Ecriture fût accomplie, dit encore : J’ai soif. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge et, la fixant à un rameau d’hysope l’approchèrent de sa bouche.

Quand Jésus eût pris le vinaigre, il dit : Tout est consommé et inclinant la tête, il rendit l’esprit »

Dick Ket 1932, Stedelijk Museum, Amsterdam (*)

(*) La cuvette blanche évoque l’auréole au dessus de la tête de la Vierge, et la bouteille de vin, le calvaire et la mort du Christ

L’association du vinaigre au Vendredi Saint était autrefois, en Alsace, liée au fait que le partage de la « mère » qui consiste en un dépôt de saletés issu de la fabrication du vinaigre, se faisait à cette date, marquant ainsi la fin du cycle de l'évolution du vin.

Cette tradition de la fabrication du vin aigre, puis de son soutirage le vendredi saint était assurée par les femmes ( femme-cuisine ) alors que les hommes assuraient la fabrication du vin ( homme-cave).

Le vendredi saint est également le jour de tous les interdits, religieux pour la plupart . Il s’agit entre autres de faire maigre ( on mange du poisson et non de la viande .)


96/7 avril

CES ORGANISMES PROFESSIONNELS AU SERVICE DU VIN

L’ANIVIT (Association Nationale Interprofessionnelle des Vins de table et de pays ) a été créée par décret le 7 avril 1976 par le ministre de l’Agriculture Jacques Chirac, et regroupe trois familles professionnelles : le CNVF ( Comité National des Vins de France ),la FNPVIT ( Fédération Nationale des Producteurs de Vin de table et de pays) et la CNCVI (Confédération Nationale des Coopératives Viticoles). Figure à l’actif de ce regroupement moyennant agrément des pouvoirs publics, la promotion et la défense des vins français.

L’ONIVINS (Office National Interprofessionnel des Vins ) a été créé le 18 mars 1983. Cet organisme a pour but de préparer et d’exécuter les décisions européennes relatives aux vins et aux produits issus de la vigne et plus particulièrement tout ce qui touche à l’amélioration de la qualité et des rendements des productions viticoles.

L’INAO ( Institut National des Appellations d’Origine des vins et eaux de vie ) qui vit le jour en 1935.

Cet organisme est en charge de la délimitation des aires de production AOC ( Appellation Origine Contrôlée ).

Il organise également la défense des appellations et la lutte contre la fraude.

L’ITV ( Institut Technique de la Vigne et du Vin) est né en 1948.

Cet organisme s’occupe tout particulièrement de recherches, d’études ainsi que des analyses sur les références techniques du vin.

La CNAOC ( Confédération Nationale des producteurs de vins et eaux de vie de vin à Appellation d’Origine Contrôlée ). Ce groupement est constitué du syndicat des producteurs de crus et d’appellation. Il a pour mission de défendre les intérêts de la profession auprès de Bruxelles.

La CNCP ( Confédération Nationale des Producteurs des Caves particulières ) Elle compte plus de

20 000 adhérents originaires de toutes les régions viticoles de France. Cette association organise annuellement des foires permettant la vente directe aux particuliers ( Paris, Lille et Lyon ) ( voir aussi 2 décembre)

La CNCV ( Confédération Nationale des Coopératives Viticoles ) et qui regroupe toutes les fédérations régionales et départementales, soit plus de 1200 coopératives pour environ 250 000 adhérents.

L’OIV

Photo Marc Heimermann



97/8 avril/ Pâques

DU RITUEL PASCAL AU RITUEL DES VINS.

.Le tombeau est vide, mais la cave est pleine.

C’est le jour de la Lumière, celui de la résurrection du Seigneur.

Après que la vigne ( Le Seigneur ) a donné tout son vin ( son Sang ) . Après le repos, dans les ténèbres, la Vie renaît et donc la fête peut être consommée.

La dernière opération du vigneron dans sa cave est celle dite du « collage ». Cette opération est destinée à clarifier le vin (meilleure transparence) et donc à lui assurer une meilleure limpidité. Pour cela, on utilise des œufs (de Pâques !) battus en blanc que l’on verse dans les tonneaux de vin rouge.

Commence ensuite la mise en bouteille (qui est une forme de mise en bière) jusqu’au jour de la résurrection du vin par extraction du bouchon.

Le rituel de la cave, c’est le culte du vin, car tout est à l’image de la cérémonie pascale.

On part des fonds baptismaux (partie sombre de l’église), pour accéder sur l’autel, à la lumière festive (illumination du cierge pascal).

L’initié de la dive bouteille, après avoir, à l’aide d’une bougie scintillante, sélectionné celle qui sera l’heureuse élue d’un instant, quittera les fraîches profondeurs du cellier pour présenter à la lumière et ainsi « chambrer » le précieux liquide.

Le rituel du vin et de sa dégustation, consistera à ouvrir la bouteille pour laisser s’épanouir le nectar. Puis le maître de maison s’assurera qu’il est dépouillé de toutes impuretés odorantes (odeur de bouchon) avant de le verser dans le cristal, et de tourner inlassablement son verre pour en dégager les subtils arômes. C’est alors dans un moment de recueillement sacré qu’intervient le rite de la communion par absorption du vin.

Là la bouche effectue des mouvements de mastication dans un instant de concentration intime, pour voir ensuite s’illuminer le regard du converti.

La fête Pascale alliant le Sang ( le vin ) et la Lumière ( le feu ), donne toute sa dimension pour le passage de l’événement mystique au rituel du vin mythique.

La révélation divine consacre les différents rituels autour du vin.

Les rituels festifs : Tout en levant son verre, on chante en chœur et à l’unisson . C’est la communion dans le vin, à l’occasion d’une fête familiale, d’un départ en retraite, ou d’une cérémonie officielle.

Les rituels commémoratifs : Inaugurations, anniversaires, temps forts du calendrier, sont autant d’occasions de boire la coupe, de trinquer, de transmettre le vœu de « bonne santé ».

Enfin les rituels de fraternité et de convivialité, formes de contemplation et de recueillement communautaires, s’expriment dans des lieux consacrés à la seule boisson divine. C’est le pot de l’amitié, c’est la tournée du patron, c’est le coude sur le zinc, c’est la taste dans le caveau, c’est la fête qui commence….

Le rituel des vins confirme bien le rituel pascal et donc la fête par excellence.


99/9 avril

GAUTIER, L’HISTORIEN JURISTE DU VIN.

Jean François Gautier, docteur en droit, est chef du service juridique de l’OIV et membre fondateur de l’association des juristes pour le droit de la vigne et du vin.

Professeur aux universités de Paris et de Tours, il est l’auteur de nombreux ouvrages historiques et juridiques sur la vigne et le vin.

Ses écrits demeurent une référence, au point qu’il a su démontrer que le vin n’est pas seulement un agréable produit de consommation, mais reste aussi un breuvage civilisateur.

Le vin est une composante de notre identité. C’est ce qu’il a merveilleusement démontré dans son ouvrage :

« Le vin à travers les âges, de la mythologie à l’œnologie. » (55)

Pour lui le vin a connu plusieurs âges et donc plusieurs périodes de l’histoire :

  • L’âge mythique c’est le vin mythique
  • L’âge mystique c’est le vin mystique
  • L’âge historique c’est le vin historique
  • L’âge d’or c’est le vin contemporain

Dans son « Histoire du vin » (56), on découvre le vin comme vecteur de la civilisation, support de la religion, partenaire des Saints, référence pour les fêtes, produit de consommation, lien pour l’Europe.

Il est pour notre présent ouvrage une référence. Qu‘il en soit remercié en ce jour de la Saint Gautier.

C’est pourquoi nous lui offrons un breuvage issu des vignobles de l’ouest de la France qui une fois distillé et longuement conservé en fût donne ce produit aux alcools subtils qu’est le cognac.( voir aussi 1er mai)

Merci d’accepter ce remarquable cognac issu de la Maison Gautier Frères.


100/10 avril

LES CENT PREMIERS JOURS, LES CENT PREMIERS VINS

En ce mois d’avril , le dixième jour du mois, mais aussi le centième jour de l’année, notre dévotion dominicale fêtera les cent jours en l’honneur de 100 vins de légende.

Un ouvrage écrit par Sylvie Girard-Lagorce révélait le prestige des cent premiers vins mondiaux.(57)

Nous devons cette sélection à la Famille Vrinat et aux sommeliers du restaurant et des caves Taillevent.


101/11 avril (Isidore ex 4 avril)

LA BITURICA D’ISIDORE ET LES VINS DU BERRY.

Dans la lignée des Columelle et Pline, éminents spécialistes d’agronomie, nous pouvons en ce jour de la Saint Isidore, évoquer Isidore de Séville, illustre savant espagnol qui mourut dans la plénitude religieuse dans sa cathédrale le 4 avril 636.

Ce grand érudit écrivait sur quasiment tous les domaines, ce qui faisait de lui un véritable encyclopédiste. On retiendra entre autres son « Etymologies » ouvrage entièrement consacré à la botanique et celui, intitulé : « Origines » qui traite plus particulièrement des différents types de vigne.

C’est ainsi que 500 ans après Pline et Columelle, Isidore de Séville, parlant de la vigne biturige donne à celle-ci son « rapport géographique. »
Enumérant les différentes espèces de vigne, il dit au chapitre V du Livre XVII :

« La biturica tire son nom du pays qui la produit » signalant par ailleurs que le plant en question brave facilement les intempéries, les pluies et les chaleurs, et ne dégénère pas dans un sol maigre.(51)

Aujourd’hui, parler des vins du Berry, c’est évoquer les plus célèbres que sont ceux du Sancerrois ou du Pouilly ou du Ménétou.

Mais dans le Berry profond on garde le souvenir des vignes du passé en maintenant la tradition des récits et dictons telle cette devise que fait sienne la société vigneronne de l’arrondissement d’Issoudun fondée le 14 avril 1864 à savoir : « Amour et bon vin chassent le chagrin ». (52)

Comme quoi, c’est bien en faisant appel à la tradition que l’on atteint la qualité d’un vin


102/12 avril (ex 5avril)

LE SOMMELIER AU SOMMET DES MÉTIERS DU VIN.

Il y a plus de vingt ans , au gré de mes incursions chez les bouquinistes, je tombai sur un petit ouvrage quasi neuf parmi les vieux livres, dont la couverture jaune pâle pouvait faire penser à la couleur des blancs d’Alsace.

Son titre réducteur attira ma curiosité : « Sommelier » ; Il s’agissait là d’une simple réédition de 1985 d’un ouvrage vieux de 160 ans intitulé : « Nouveau manuel complet du Sommelier et du marchand de vins contenant des notions succinctes sur les vins rouges, blancs et mousseux. » par W.Maigne, un des nombreux ouvrages de la longue série des manuels Roret.

Or deux ans plus tôt en 1983, fut désigné le premier « Meilleur Sommelier du monde », à savoir le plus connu des sommeliers français : Jean Luc Pouteau.

Deux ans après la parution de cet ouvrage, j’ai retenu les conclusions d’une dégustation mémorable organisée par Pierre Coste (grand dégustateur). C’était un 5 avril 1987. un vin exceptionnel fut promu: le Gewürtztraminer Hengst 1979 de chez Josmeyer à Wintzenheim. « de couleur jaune pâle ….. »

La boucle dorée est bouclée. Un ouvrage ( le manuel Roret ), un métier ( le sommelier ), un vin (le Gewürtztraminer ) étaient à cette période les symboles qui m’encouragèrent à m’intéresser au monde du vin et à rassembler le plus d’écrits sur cet univers fantastique et riche d’enseignements sans fin.

Je suis d’ailleurs en admiration sur la culture impressionnante que peut déployer un sommelier.

Preuve en est , les questions aux réponses presque impossibles ( voir plus loin ).

Insigne du sommelier

Etre sommelier c’est endosser l’habit de la noblesse vigneronne. Ils sont nombreux ceux qui se présentent aux plus prestigieux concours/

· Concours mondial des Sommeliers pour le titre du « Meilleur Sommelier du monde »

1983 Jean Luc Pouteau ( France ) …….

1992 Philippe Faure Brac ( France )

1995 Shinya Tasaki ( Japon )

1998 Markus Del Monego ( Allemagne )

2000 Olivier Poussier ( France )

Après son échec de 1998, Olivier redonne le blason à la France

· Grand prix Sopexa du sommelier ou concours international de sommellerie en vins et spiritueux de France

· Trophée Ruinart du meilleur jeune sommelier de France

· Grand prix Michel Chapoutier ou concours du meilleur étudiant sommelier en vins et spiritueux de France

· Concours du meilleur ouvrier de France

· Prix Marie Stuart etc….

Qu’en cette journée du 5 avril, journée que nous dévouons à la dégustation des vins, cinq éminent (e)s sommeliers soient honorés au nom de toute la confrérie des sommeliers français qui exercent tous dans les plus prestigieux restaurants . La liste serait très longue. Retenons symboliquement :

· Le père d’entres tous, et le plus ancien : Jean Luc Pouteau, meilleur sommelier du Monde 1983

· Le plus brillant des lauréats mondiaux : Olivier Poussier meilleur sommelier du Monde 2000

· Le plus représentatif des sommeliers : ( président de l’association )

· La plus ravissante des sommelières : Nathalie Guiltat reine des sommelières 1999

· La plus féminine dans les métiers du vin : Céline Viany « meilleur ouvrier de France 1999 »

Terminons cet hommage, en vous soumettant deux questions issues du concours mondial 2000 :

A) Sur une étiquette de vin autrichien, quel est le mot qui indique une parcelle unique de production de ce vin ?

B) A partir de quel cépage croate sont élaborés le Dingac et le Postub, et quelle en est la couleur ?

REPONSES :

A) Ried

B) Plavac-mali, rouge


103/13 avril( Marcelin ex 6avril)

MARCELIN, L’APÔTRE DE LA VITICULTURE.

Tout a commencé au début de l’année 1903, lorsque la loi sur les fraudes laissait encore l’avantage aux producteurs de sucre du Nord et aux fabricants de verjus du Centre, provoquant ainsi la crise des viticulteurs du Sud incapables de produire les quantités de vins nécessaires à leur survie. (53)

Photo Sallis-Bouscarle

En mars 1907, Marcelin ALBERT adresse à Georges Clemenceau une missive qui exprime tout le désarroi d’un peuple :

« Midi se meurt. Au nom de tous, ouvriers, commerçants, viticulteurs, maris sans espoir, mères prêtes au déshonneur, enfants sans pain, pitié !

Pitié encore pour nobles défenseurs républicains du Midi qui vont s’entredéchirer dans combat sanglant.

Preuve fraude est faite.

La loi du 28 janvier 1903 la favorise. Abroger cette loi, voilà l’honnêteté, car nul ne doit avoir droit falsifier produits alimentaires.
Devoir gouvernement empêcher choc.

S’il se produit, les clés qui ouvriront portes prison ne pourront jamais rouvrir tombeaux. »

P .ordre Marcelin Albert

Le ton est donné, et le 5 mai comme l’a promis Marcelin Albert 100 000 hommes défilent à Narbonne.

250 000 le 26 mai à Carcassonne et de 600 000 à 800 000 à Montpellier le 9 juin 1907( voir 9 juin ).

Tout ce monde uni acclame l’apôtre de la viticulture…

Puis c’est l’engrenage infernal, la répression, les folles nuits de Narbonne et de Montpellier, les démissions des municipalités, l’attaque du 17° régiment d’infanterie, puis sa mutinerie, puis les morts…

Ce n’est que le 29 juin qu’une loi nouvelle promulgue la prévenance du mouillage des vins et les abus du sucrage.
Le calme général ne reviendra qu’une fois les prisonniers libérés, et paru d’un nouveau décret sur l’administration publique des vins et spiritueux.

Devant des tiraillements politiques incessants entre leaders syndicaux, élus, députés, gouvernement, Marcelin Albert se voit contesté par ses propres « troupes ».

Une fois libéré, il retrouve glorification à Alger où il débarque le 7 novembre 1910 pour défendre la cause des vignerons locaux.

Il meurt le 12 décembre 1920 au milieu de quelques fidèles qui l’accompagnent jusqu’à son ultime demeure et ce peu avant son rival de la cause paysanne, le maire de Narbonne Ernest FERROUL à qui la ville rendit un hommage sans pareil par des funérailles grandioses.

Marcelin le modeste, à la gloire déchue peut rester dans la mémoire de tous ces gueux du midi, car il leur ressemblait . En témoignent les paroles de cette chanson :

HOMMAGE A MARCELIN ALBERT ( air : le champ du départ )

La victoire viendra Refrain

Pour la viticulture Vignerons, nous aimons la vigne

Grâce à toi Marcelin Albert Pour elle , nous saurons mourir

Hélas !depuis six ans Marcelin ? nous serons toujours dignes (bis)

La misère était dure L’aider voilà notre désir.

A ces maux,

Ton cœur grand s’est ouvert

Prenant pitié de nos souffrances

Tu te dresses comme un géant.

Vigneron de toute la France,

Nous te suivons petits et grands


104/14avril

VIN UNIQUE, BOUTEILLE UNIQUE.

Le vin jaune du Jura trouve refuge dans un flacon de 62 cl. Cette bouteille est une modification de la bouteille dite « anglaise ». Elle était fabriquée dès les années 1850 aux verreries de la Vielle-Loye. Par la suite, la production se fit rare. Et dans un ouvrage célèbre intitulé « Gamay noir et Savagnin » , Daniel Bienmuller nous indique l’origine du mot « clavelin », nom donné à cette forme de bouteille trapue rehaussée d’un cachet gravé et dont l’utilisation est exclusivement destinée au Vin Jaune (voir 31 mai ).(58)

On nous relate qu’un certain Paul Clavelin , résidant 31 rue des prés à Saint-Claude réitère une commande datée du 14 avril 1914 , jour de la Saint Maxime. Il avait deux ans plus tôt exigé que l’on mentionnât son nom sur le cachet des deux cent bouteilles commandées.

Depuis, la bouteille de Vin Jaune s’appelle le Clavelin, et pour être précis sa contenance correspond à la quantité restante d’un litre de vin après six ans d’élevage en fût.

Evolution des bouteilles de vin jaune ( Clavelin de collection de Robert Aviet)

Une variété unique de vins, une variété unique de flacons,

En effet, le Jura peut se targuer d’avoir des produits originaux qui peuvent accompagner tous les plats d’un menu pantagruélique ;

Outre le vin jaune issu du cépage Savagnin au goût de noix, noisette et amande verte et récolté après la Toussaint , on trouve le vin de paille, vin liquoreux conditionné dans des bouteilles de 37,5 cl et issu de 4 à 5 ans de conservation en petits tonneaux de chêne. Il peut se conserver plus de 30 ans ( une génération ! )

Le Château-Chalon , les blancs secs, les vins rosés poulsard, les vins rouges trousseau, les mousseux ou crémants sont autant de produits différents moyennant une palette aux couleurs automnales.

Si on ajoute la bouteille de macvin qui contient un mélange de moût de raisin et de marc du Jura, et la bouteille de marc du Jura, on aura l’ensemble de la collection prestigieuse des 9 bouteilles du Jura.

Nulle autre région ne peut présenter une pareille variété qui transforme les caves des vignerons locaux en véritables cavernes d’Ali Baba.


105/15 avril( Constance ex 8avril)

DE LA DISPARITION DE CONSTANCE A SA RÉSURRECTION.

Le 8 avril on célèbre ou Constance ou Julie selon l’origine du calendrier.

Malgré l’existence d’un Château Julie en Bordeaux Supérieur sur la commune de Virsac, nous avons préféré quitter exceptionnellement la terre de France pour parler d’un vin extraordinaire et exceptionnel, appelé Constance ou Constancia.

Pour cela, il nous faut nous rendre dans l’hémisphère sud, en Afrique du sud.

Célébré par Alexandre Dumas et Beaudelaire, Constance trôna sur les tables de Napoléon à Sainte Hélène, de Georges IV à Londres ou sur celles des familles royales des Pays Bas ou du Danemark.

Vers 1685, un hollandais du nom de van Riebeck établit un domaine du nom de Constantia. Le domaine passa au gré des successions et rachats entre des mains anglaises, autrichiennes pour se terminer par une vente aux enchères vers la fin des années 1800.

Constance serait un vin liquoreux à base de Muscat d’Alexandrie associé à de multiples cépages originaires de France, d’Allemagne, de Perse, d’Arménie ou autres contrées éloignées.

L’occasion fut donnée à Hugh Johnson ( célèbre œnologue anglais ) en 1970 de goûter un Constance de 1830 qu’il trouva : « couleur d’ambre pâle, avec des senteurs d’orange fumée et de résines balsamiques ».

C’était en effet un vin proche des malagas, décrit comme fantomatique. En existe-t-il encore quelques exemplaires au plus profond des caves de quelques richissimes collectionneurs ?

Depuis 1982, ce secteur est à nouveau réhabilité moyennant un nouvel encépagement à l’instar des contrées limitrophes. Mais l’importation du cépage Muscat de Frontignan devrait , sous la houlette du nouveau maître des lieux, faire rêver au Constance.

Robert de Goulaine dans son ouvrage « Vins rares ou disparus », nous dit avoir dégusté un « Klein Constantia 1990 » prétendument « superbe au nez , mais à qui manque en bouche l’harmonieux fondu que seul le temps sera capable de lui donner. » (54)

Avec un peu de constance et avec la bénédiction de Julie, patientons quelques années pour voir ressusciter le saint nectar .

Photo Philippe Hurli


106/16 avril

SAINT FRUCTUEUX SOUS UNE PLUIE DE DICTONS.

Le mois d’avril, en général propice aux pluies, offre une longue série de dictons qui font et la pluie et le beau temps.

On invoque d’ailleurs le 16 avril, la Saint Fructueux , évêque espagnol du III ème siècle, tout particulièrement pour qu’il éloigne la pluie.

Dans notre langage courant, « fructueux » signifie « qui produit des fruits ». Ainsi, en est-il de la vigne comme toute plante devant produire des fruits. Le souci du vigneron est assurément de voir ses ceps de vigne porter des rameaux fructueux, pour donner suffisamment de fruits pour la vendange.

Voici à titre d’exemples quelques dictons populaires :

Pluies d’avril

Remplissent caves et barils.

Quand en avril il tonne

Apprêtez cercles et tonnes.

Quand il pleut en avril

Tu peux réparer le fond du tonneau.

Bourgeon qui pousse en avril,

Met peu de vin en baril.

Quand en avril partout il gèle

Le vigneron est en cervelle

C’est à dire qu’il est fou de joie.

En avril, prépare tes barils,

En mai prépare ton grenier.

Quand il tonne en avril

Le vigneron se réjouit

Et le laboureur aussi.

.

Photo Marc Heimermann

On commémore également le 16 avril, Saint Benoît Joseph Labre, un ermite originaire du Nord de la France qui choisit au milieu des années 1700 , de sillonner toute l’Europe pieds nus. Il termina son périple à Rome pour mourir à l’âge de 33 ans.

Pour lui ce dicton :

« A la saint Benoît

De chanter le coucou a droit

A moins qu’il ne soit mort de froid. »


107/17 avril

LA GRANDE FÊTE DES VINS DE BRIGNOLES.

Le 17 avril, soit la mi avril, Brignoles, située dans les Coteaux Varois, organise le dimanche, une grande foire exposition à la gloire du vin. Cette manifestation unique dans la région permet de déguster tous les produits du terroir et bien entendu tous les vins produits dans ce secteur.

Ces vins ont d’ailleurs leur propre sanctuaire situé à quelques kilomètres de Brignoles, plus précisément à La Celle. C’est dans un monastère ( le plus ancien monastère féminin de la région fermé définitivement par Mazarin ) entièrement restauré à la gloire du vin que sont rassemblées les riches collections vinicoles.

Sur une des parcelles de terre de l’abbaye Royale de La Celle ont peut découvrir les 88 cépages qui ont marqué le sol de la région.

A partir de ce centre vinique, on peut sillonner toute la région et découvrir ainsi les différents AOC des Coteaux Varois.

Centre minier pour l’extraction de la bauxite, aujourd’hui épuisé, Brignoles se donne dorénavant une image agraire orientée vers la viticulture et se positionne comme le haut lieu du Haut Var !

On peut poursuivre ses dévotions bachiques vers d’autres saints lieux tels que le massif de la Sainte- Baume et son pèlerinage à la basilique Royale de Saint- Maximin.

Grenache et Syrah pour les rouges, Rolle pour les blancs, font des vins du Cellier de la Sainte- Baume au centre de Saint- Maximin un lieu d’achat privilégié.

A signaler enfin la Cave de Saint -André à Seillon-Sources-d‘Argence, où le vin ne provient pas de la source mais est vinifié dans les cuveaux de cette agréable domaine au cœur des plantes aromatiques de la Provence intérieure.

Brignoles mérite le détour. Pour cela, il faut quitter l’Autoroute A7, car au moment de la fête des vins, outre les nombreux vins venus d’ailleurs, il vous sera proposé des AOC Coteaux Varois provenant des 28 communes environnantes, des 15 caves coopératives et des 65 caves particulières pour une production annuelle de 70 000 hl issus des 1750 hectares de vignes .


108/18 avril

LE CLASSEMENT DES VINS DE BORDEAUX.

C’est pour la première exposition universelle organisée à Paris sous Napoléon III, que fut établi le premier classement officiel des grands vins de Bordeaux, soit le 18 avril 1855.L’initiative en revient à la Chambre de Commerce de Bordeaux qui confectionna la liste officielle des vins, ceux là mêmes qui allaient représenter la production locale à la Foire exposition mondiale de 1855.

Ernst Lami de Nozan, détail de la vue panoramique

de l’exposition universelle de Bordeaux. Archives Explorer

Vouloir classer ou hiérarchiser, « c’est par nature susciter la polémique » affirmait J.P Kaufmann en introduisant le numéro spécial de la revue des vins de Bordeaux de juin 1993 consacrée « aux classements et à leur remise en cause ».

Dès qu’un classement est dressé, il suscite la controverse.

D’ailleurs pour nous limiter à la classification des vins de Bordeaux, le premier classement remonte au 27 octobre 1647, établi par la Jurade de Bordeaux. Arrivaient en tête, les Graves et les Médoc. (59)

C’est bien celui du 18 avril 1855 qui restera la référence plaçant en tête de tous les grands vins le célèbre quatuor du Médoc : Lafite , Latour, Margaux, et Haut-Brion.

Les 57 vins rouges sont divisés en cinq classes du 1er au 5° cru et les blancs en trois niveaux : un seul premier cru supérieur : Yquem, puis les 9 premiers crus et les 11 deuxièmes crus.

Ce classement restera quasi immuable, malgré des contestations fréquentes ;

La plus célèbre des contestations, porte sur l’absence de Mouton- Rotschild qui valut des démarches incessante de la part de la famille Rotschild. Leur ténacité trouva une issue grâce au jeune ministre de l’agriculture, Jacques Chirac, qui en 1973, décréta par voie réglementaire la promotion de Mouton Rotschild, au rang de premier cru.

Il existe bien d’autres classements.

A côté du classement des vins du Médoc, il y a eu ceux des vins de Graves, celui d’Alexis Lichine qui tenta de classer la totalité des vins de Bordeaux en 1959.

Le classement des Vins de Saint-Emilion, qui est revu tous les dix ans et ce depuis 1954. La tête d’affiche immuable étant Cheval Blanc.

Les vins de Pomerol, quant à eux refusent tout classement. Ils tiennent à faire corps derrière leur vénérable et intouchable Pétrus.

Même si depuis 1932, il existait un classement des crus dits « bourgeois », il n’ y a pas aujourd’hui de classement officiel, cependant nous pouvons nous appuyer sur un référencement de près de 400 noms.

Il existe également des classements dans d’autres régions viticoles.

Ces classements s’appuient soit sur des références de prix ( Champagne ), soit des terroirs ( Bourgogne ), soit des lieux dits ( Alsace) , soit des sélections de domaines ( Côtes de Provence ).

Le 18 avril 2005, les Bordelais et tous les amateurs de Bordeaux ont fêté le cent cinquantenaire du premier classement officiel des vins en évoquant le saint du jour Saint Parfait.

Cela manifeste une belle constance dans la célèbre hiérarchie des vins français, même si quelques grandes figures mondiales de la dégustation tentent régulièrement avec un fond de provocation, de s’assurer de la fiabilité de cette hiérarchie.

Comme quoi rien ne pourra jamais être parfait en ce bas monde, même si nous devons rechercher la perfection.



109/19 avril

SAINT VERNIER PROTEGE LES VINS DE FRANCHE-COMTÉ.

L’histoire ancienne situe les origines de Saint Vernier( Werner ) Outre- Rhin où l’on aurait trouvé son cadavre en 1287. Après avoir tenté sa canonisation , Claude Royer, ethnologue franc-comtois, nous informe que ses reliques furent apportées dans la Collégiale Sainte Madeleine de Besançon en 1548.

Saint Vernier devient alors le saint protecteur des vignerons locaux.

Célébré le 19 avril, des contrées de l’Ain méridional jusqu’aux limites du Doubs supérieur. On ne compte plus les évocations figuratives : statues, peintures, vitraux, étendards, sculptures dont bon nombre sont classés monuments historiques..

Généralement Saint Vernier est représenté tenant un rameau de vigne portant des grappes de raisins alors que son condisciple Saint Vincent tient une grappe. ( voir 22 janvier )

C’est dans les contrées au sud de la Franche-Comté que se situent les plus belles représentations. A signaler plus particulièrement :

· une statue en bois polychrome dans l’église de Verantois à côté de Lons-le-Saulnier

· un des plus beaux vitraux en l’église de Montigny-les-Azures

· une statuette en bois originaire de la chapelle Notre Dame Libératrice de Salins conservée au musée.

· Bois polychrome du XVIème siècle au musée du vin de Beaune (voir photo ci dessous)

Aujourd’hui Saint Vernier plagie Saint Vincent au profit des communes de la vallée de la Loue . Il est dorénavant organisé chaque année à la Saint Vincent, la célébration de la « Saint Vernier tournante » dans les communes de Lods, Vuillafans, Mouthier, Ornans, Scey, Maisières.

Gustave Courbet a même écrit un « Choeurs des vignerons d’Ornans » :

« Pourquoi nos vignerons pur sang

Ont-ils pour patron, pour compère,

Le glorieux martyr Vincent ?

La raison en est toute claire :

C’est qu’avant d’être ce bon vin

Que dans nos verres l’on voit luire,

Il a fallu que le raisin

Du pressoir subît le martyre.

Donc, célébrons la Saint Vincent

Et le cep toujours renaissant,

La sève qui dort sous le givre

Au premier soleil va revivre (bis)

La vallée de la Loue (affluent du Doubs) compte comme tous les grands vignobles sa confrérie, celle de Saint Vernier à l’instar de celle de Château-Châlon, (voir 31 Mai) qui chaque année, depuis 1982 organise une procession.



110/20 avril

NAPOLÉON SOUS L’EMPIRE DES VINS.

Le 20 avril 1814 à Fontainebleau, Napoléon fit ses adieux à sa garde impériale , avant de partir définitivement en déportation. Le même jour, mais six ans plus tôt, naissait aux Tuileries, le petit Louis Napoléon Bonaparte, fils de Louis, frère de Bonaparte.

Que cette journée des souvenirs napoléoniens nous donne l’occasion sans doute risquée d’associer l’Aigle au monde des vins et pourtant….

Le vin a poursuivi Napoléon, à sa façon.

Originaire de Corse, Bonaparte était déjà marqué par l’histoire des vins corses, qui le lui ont bien rendu. Pour preuve les noms et effigies de certains flacons insulaires.

Lorsqu’il séjourna à l’île d’Elbe ( Italie ), il choisit une noble demeure située sur les hauteurs entourées des fameux vignobles du Val San Martino.

Etait-il un fin amateur de vins ? En tant que personnage de prestige, il pouvait se permettre de faire apporter sur ses tables impériales, ou ses bivouacs de campagne nombre de vins des plus communs aux plus sophistiqués. Mais Napoléon, contrairement aux grands Rois qui l’ont précédé ne peut s’enorgueillir d’être un grand amateur de vins. On dit même qu’il ajoutait sans vergogne de l’eau dans ses breuvages bourguignons.( voir aussi 18 août )

Cependant, son nom reste aujourd’hui essentiellement associé au Cognac.

L’histoire a surtout cherché a utiliser son nom et son image pour faciliter la commercialisation des vins et alcools de par le monde et tout particulièrement et paradoxalement à destination des îles Britanniques.

Le monde du Cognac a su remarquablement exploiter l’image impériale, surtout celle de Napoléon III, celui là même qui est né ce 20 avril 1808.

Toutes les grandes Maisons du Cognac ont reproduit soit le portrait de Bonaparte ( « Bisquit 1890 » et son « First Consul Brandy » ) soit l’ombre de la silhouette de Napoléon ( Courvoisier ) qui obtint un succès commercial extraordinaire.

Quelques associations locales avec Napoléon font de certains vins une référence à l’histoire impériale.

· Fixin en Bourgogne possède un climat appelé « Les Cheusots » et qui a été baptisé « Clos Napoléon » par Noisot en l’honneur de l’Empereur . Noisot était son grognard et commandant du bataillon des grenadiers de l’île d'Elbe. Un parc et un musée sont consacrés aux souvenirs napoléoniens, faisant de cette commune viticole une référence impériale. On y découvrira également une statue sculptée par Rude qui porte l’inscription « Le réveil de Napoléon ou Napoléon s’éveillant à l’immortalité. » Une plaque commémorative rappelle que ce lieu a été inauguré le 13 août 1850 par Napoléon III.

· Bernouil dans l’Yonne, héberge « une vigne de l’Empereur » plantée en 1736 et qui n’a jamais été arrachée. C’est ce que nous confirme Henri Cannard, qui explique que cette vigne est privilégiée et de par son exposition excentrée et de par son sol sablonneux. (60)

Dufouleur Père et fils, Chapuis 1919



111/21 avril

QUELQUES VERS À PROPOS DE VERRES.