EPILOGUE
:
LA TOUSSAINT DE TOUS LES VINS
Enfin
nous ne pouvons conclure cette litanie sans avoir une dévote
pensée vers toutes ces communes viticoles qui portent
le nom de saints totalement oubliés et qui méritent
une célébration que nous pourrions célébrer
lors de la journée du 1er novembre : fête de
tous les saints, mais aussi de tous les vins . Cette date
pourrait être le point d’orgue de toutes les célébrations
bachiques qui se déroulent plus particulièrement
sur les mois d’octobre et de novembre et au travers
de toutes les contrées viticoles.
C’est
le jour de la consécration de toutes les communes,
châteaux, clos, domaines, caves du monde viticole qui
ont adopté un nom de saint, mais qui ne figure pas
dans le calendrier romain. Nous en citerons quelques unes
dont l’évocation religieuse demeure singulière,
tout en espérant ne pas froisser les communes viticoles
qui échappent à l’énumération.
(par
ordre alphabétique)
Saint-Aigulin,
canton de Montguyon, Charente Cognac
Saint-Oriol,Château
Corbières
Saint-Baldoph,
région Revermont Jura
Saint-
Boil, vins de Buxy Bourgogne
Saint-Cybard,
canton de Montmoreau Cognac
Saint-Ferme,
pays de Sauveterre Bordeaux
Saint-Forgeux,
Bourgogne
Saint-Gein,
canton de Villeneuve-de-Marsan Armagnac
Saint-Géréon,
région de Saint-Florent-le-Vieil Muscadet
Saint-Gondon,
région de Montargis Loire
Saint-Huruge,
Charolais Macon
Sainte-Hune,
clos à Hunawihr Alsace
Saint-Imer,
clos à Gueberschwihr Alsace
Saint-Landelin,
clos de la vallée Noble Alsace
Saint-Mihiel,
Région de Commercy Meuse
Saint-Ost,
région de Mirande Armagnac
Saint-
Polycarpe, vers Saint-Hilaire Languedoc
Saint-
Racho, Bourgogne
Saint-Trélody,
Bordeaux
Saint-Viatre,
dans le Blaisois Loire et Cher
Saint
Ythaire, Charolais Macon
Dans
le calendrier viticole, le 1er novembre c’est
le premier jour de la mise en cuve.
Le
temps végétal de la vigne est derrière
nous. Place au travail du vigneron et à l’élaboration
du vin.
Cet
hymne à tous les saints, c’est la fête
de tous les vins. Ceux qui vont naître de la vinification
mystérieuse pour ensuite être contenus, rangés,
déposés et empilés au plus profond des
caves, là où le repos s’impose. La nuit
tombe sur le royaume des vins, mais ce n’est que pour
leur permettre de mieux exploser à la lumière
future de la dégustation.
Le
lendemain 2 novembre, le calendrier situe
la fête des morts, l’occasion de se rappeler aux
bons souvenirs de nos disparus en allant se recueillir sur
leur tombe. C’est comme si la veille réservée
à la louange de tous les vins, on se rendait le lendemain
nous recueillir devant les précieuses bouteilles qui
reposent au plus profond des caveaux.
En
conclusion…
Cette
découverte singulière d’une partie du
monde des vins par l’intercession des origines de la
vie des saints montre à quel point ces personnages
réels ou fictifs ont marqué l’histoire
religieuse, agraire et viticole de notre pays.
Il
s’agit d’un inventaire non exhaustif ou d’une
litanie bachique en l’honneur de la boisson la plus
mystique. Qu’il s’agisse des saints issus de l’origine
de l’histoire de la religion chrétienne, ou des
saints succédant aux dieux antiques, ou tous ces noms
sanctifiés dans le cadre de légendes ou de récits
mythiques, ou ces saints météorologues et guérisseurs
ainsi que tous les saints imaginaires. Toutes ces identifications
ont servit à baptiser et donner un nom correspondant
à celui vers qui l’on cherchait une protection
mystique.
Ainsi
depuis le début de l’ère chrétienne,
les générations successives selon leur engagement
religieux ont baptisé d’appellations saintes
des personnes, des villages et communes, des édifices
ainsi que des produits nobles de consommation comme le vin.
Porter un nom saint ou le prénom d’un saint c’est
une forme de valorisation spirituelle ou de référence
au mystère de la croyance. La sanctification nominative
d’une commune viticole, d’une vigne, d’un
cru, d’un domaine ou d’un vin c’est rendre
tout un chacun désireux de vivre du ou pour le monde
du vin . Cet élan vers une croyance particulière,
c’est celle de la foi dans le vin et de son bienfait
éternel si tant est on respecte l’absorption
intelligente et modérée de cette boisson ancestrale
et magique fruit des efforts de toute une profession dévouée.
Cet
inventaire s’inscrit dans un devoir de mémoire
du patrimoine moyennant un regard original s’appuyant
sur la concordance et les alliances toponymiques, historiques,
religieuses ou mythologiques. Une façon d’adorer
le mystère du vin, l’esprit des vignerons, la
sanctification des caves, la multiplication des appellations
saintes ou profanes.
Buvons
à notre santé et sous la haute protection du
di-vin et de tous les saints pour la prospérité
d’une des plus belles richesses de notre pays.
Bas relief à Pragues, la Grappe de Canaan. photo Marc
Heimermann |